‹ Le chambard socialisteChapitre 318 sur 412 · COIN DE BATAILLE · texte numérisé non relu

COIN DE BATAILLE

Sur la boulevard Saint-Michel. — Vieux souvenir. — Le dinde du siège. — Ait café d' Parcourt. — Dernière entrer ue avec Rigaull. — La défense du cinquième arrondissement . — Terrible confidence. — La cour martiale de la Monnaie. — Place du Panthéon. — Les deux barricades de la rue Soufflai. — La poudrière du Luxembourg. — Le Panthéon va sauter ! — Les chasseurs au rond-point de Médicis. — Les femmes à la barricade de la rue des Ecoles. — La mort de Raoul Rigaull. — Le cada vre du procureur de ta Commune. — Le fourgon.

...Mercredi de la Semaine sanglante, onze heures du matin. Je descends le boulevard Saint-Michel, longeant le côté gauche, un peu à l'abri des balles qui viennent déjà de l'Observatoire, occupé dans la matinéo par les troupes. Vieille habitude de prudence du siège, quand nous rentrions le soir, sous le bombardement des batteries prussiennes de Fontenny-aux-Roses. Et je me rappelle, dans ma pensée reportée quelques mois eu arrière, cette soirée de Noël que nous avions passée, quelques amis el moi, Io ventre très creux, à nous promener mélancoliquement sur le boulevard, cherchant un réveillon quo personne no pouvait, bien entendu, nous offrir. Et cependant, û la devanture d'une boutique de charcutier, pas très loin de la rue Cujas, un dinde énorme, paré comme un saint, le ventre meurtri de truffes, une fleur au bcc et une gigantesque plume do paon au croupion, trônait, insolent, étalant ses grâces à vendre. L'étiquette portait : 500 francs !

Et qui diable de nous pouvait, avoir cinq cents francs ! Pauvres « trente sous » qui dînions le soir, dans un gargot do la rue Saint- Jacques, soldats, officiers et commandant — notre commandant Longuet — d'une semelle do cheval et d'une croûte do pain dont ne voudraient pas aujourd'hui les chiens affamés des routes. Cinq cents francs! Oh! ce dinde du boulevard ! Ce que j'aurais donné pour qu'il fût bombardé, haché, mis en poussière comme un gros et gras Prus-

Et il le fut, bombardé, la nuit môme, cetto uuit fameuse oû un oljus troua la calollc du Panthéon, il eut cette suprême gloire, le dinde pavé

des plumes du paon, d'êlre frappé, quelques minules après, en plein cœur. Lo lendemain malin, j'eus l’étrange et indicible satisfaction de

poinia cette décliarge vengeresse, reçois ici mes compliments. Ce dinde, vraiment, avait dépassé les limites permises de la provocation.

Pourquoi pousaîs-je à cela ? Depuis quatre mois, les batteries prussiennes étaient éteintes. C’étaient de bons ei solides obus français qui picuvaienl en ce moment sur nos tètes, de genîillos peliles balles, françaises aussi, qui résonnaient à mes oreilles en détresse. Dzing ! Dzing !... Une note claire el charmante, comme la vibration prolongée d’un diapason. Dame! il no fallait pas se irotiver dans la trajectoire...

— Dzing ! Dzing ! Dzing !

J'étais arrivé à la hauteur de la place de la Sorbonne.

— Eli ! Vions-lu ? Allons, traverse !

J'avais déjà reconnu la voix sonore do Rigaull. 11 était arrêté sur la place, en compagnie de quelques camarades. Parmi eux, mon excellent et vieil ami M. . . — quo c'esl, ennuyeux de ne pouvoir nommer encore tout le monde — qui avait commandé, pondant les jours de l'inexorable Intte. les braves du 205" û Issy.

Eus-je un brin d’hésilatiou ? La musique des balles me dansai! toujours dans l’oreille. Dzing ! Dzing! Si j'allais croiser la trajectoire! Allons ! Ayons de la tenue ! Et d’un coup je h'averse, pendant que Rigaull et M... me considèrent avec tranquillité.

Rigaull était, ce jour-lù, on grand costume do commandant fédéré. Tunique à cote! revers rouges, galons d'argent. Sabre à garde d'acier, revolver à la ceinture. Sur la bande rouge du képi, une grenade

— Entrons au café, nous dit-il, dès que je l'eus rejoinl.

Le café d’Harcourt, en face de nous, élail hermétiquement clos. O malheureux café devait professer la plus sainte horreur des obus et des balles. Un soir de décembre du siège, un quart d’heure après que les consommateurs avaient plié bagage, un gigantesque projectile était venu s'abattre, dans les ténèbres, comme un sinistre oiseau de nuit, au milieu des tables do marbre el des glaces, écrasant les carafons, semant le plancher de débris et do plâtras. Quand nous vînmes voir cela le malin, c’était d'une navrante tristesse.

Rigaull frappa la porte du pommeau de son sabre. Le patron mollira sa face blanche entre deux volets entrebâillés.

— Ah ! monsieur Riganlt — nous étions depuis longtemps connus au d'Harcourt — ça n'est pas possible... Vous entendez les balles...

El l'infortuné, avançant la lèto, embrassa d’un long regard d’angoisse la place de la Sorbonne, oit les pavés monlaient, fermant les rues adjacentes, et où flamboient mi soleil les faisceaux des fusils.

— On dit que la Croix-Rouge brûle, hasarda-t-il dans un sanglol. Et qn'on va aussi meltre le feu ici? Hein! monsieur Rîgault?

Le bon homme nous ouvrit cependant la porte. Nous nous assîmes ù l'une, des tables blanches. Par les jointures, passaient des traînées de lumière. La canonnade faisait trembler les glaces...

— Et l'Hôtel-de-VilJe? Et la Préfecture? Tout cela brûle. Ab! Qu'est-ce que nous allons devenir? soupirait to jours le patron. Jamais on n'aurait pu s'attendre à cela...

— Allons, fons-nous la paix, dit Rîgault, nerveux.

On nous avait servi quatre consommations quelconques.

— 11 csl midi, reprit Rigaull. Dans deux heures, d'après ce que je sais, nous serons attaqués. Tridon ost malade. Jourdoost au onzième. Je. n'ai pus vu Ledroil. Le fils do Régère doit être à la mairie. Pour|lR i'«t ,IU clou. Voilà lo bilan des membres de la Commune du cinquième. Ma foi, j'y rosie, .le crois bien que j'ai lo droit de défendre le PauflU1'' mi°UX ‘iUOlCUl aulro"' Dans une demi-heure, je serai au

Et il nous résuma, en quelques mots rapides, la défense: la place Saint-Michel fermée par la grosse barricade de lu fontaine, la ruo Saiul-Severin hérissée de pavés, la rue des Ecoles, le boulevard coupé ‘le fosses, la ruo Racine, la rue de l'Ecolo-do-Mêdecine, el, en avant forteresse colossale, la barricade de la place Haubert,' protégeant la’ onzième 131 1,0nl d’Ausll:rlilz- vors la rive droite et la mairie du

— Allons, filons, <

■e levant brusquement.

Tu sais, celle nuit... eh bien !... J'ai fait fusiller...

— Qui?... Où?... demandai-je anxieusement, le cœur serré

— Qui ?... Où ?... Eh bien ! A Pélagie...

J'étais atterré Quelques jours auparavant, j'avais encore vu Flotte, qui, après avoir teatel ecliangeentre l’archevêque et Blanqui, avait, aussi lonlé île sauver Gustave Charnier. J'ai retrouvé ces jours derniers

«lansmespapierslobiilotaucrayonqueFlottem’avail laissé, un jour qu'il

èail venu pour me voir à ce sujet, ù mon logis de la rue du Sommerard. Rigaull no paraissait pas alors hostile A ces pourparlers. Jamais «. "«"M.j cm à cetto tragique déterm’— ’

! Soufflet. Tu

— Fusillé? répétais-je en remontant avi pouvais bien attendre...

nôtres comme des chiens? Et puis, n'ns-tu pas vil l'autre jour encore la veuve de Sapin, l'ami tombé, avenue Victqrin, sous les halles du 22 janvier?

— Mais, sans jugement...

— Tais-toi.Taîs-toi...Et je sentis qu'il me serrait lit main àl'écraser.

Nous étions arrivés place du Panthéon. Par dessus les hauts Inb

timents de l'Ecole de droit, dépassant la toiture de la Bibliothèque Saiiiie-Genevieve, un nuage énorme otlourd moulait, dans lequel brillaient dos éclairs. L'IIôlel-de- Ville flambait. Et, derrière lamasso verte du Luxembourg, ou devinait la bataille acharnée. Toute proche, la rue Vavm on ruines, la retraite désespérée, les morts couvrant les trottoirs. les blessés râlants, assassinés, toute la grandiose horreur de l'insurrection formidable.

— Tu ue sais donc pas qu'ils fusillent en masse tout près de nous reprit Rîgault; Vinoy a installé une cour martiale à la Monnaie. Dans quelques heures peut-être, ce sera notre tour au Luxembourg. Allons, a tout à 1 heure, me dit Rigault en se dirigeant vers la ruo dus Fossés- Sninl- Jacques. Ou à ce soir... à demain... au onzième. J’y serai.

pris is is soixante pour cent intérêts 1 n lient, pour pau au vre petit emprunt 1 lieu! lieu! lieu! (Il crache le reste de su phrase.)

M. Pi.om-Lévy. — Vous cxacliérez, marquis. Tailleurs les avaires

M. Pansu. — Vous avez absolument raison, baron. Moi je ne rennais que ça : gagner de l’argent, afin de vivre honnêtement. Cela n'empêche pas les sentiments comme on dit. Ainsi mon sang n’a fait qu'un tour quand j'ai lu l'interview de ce gênerai, dans le Figaro, un journal bien pensant, patriote, où l'on montre les néfastes' théories des sans-patrie.

De Chimpanzé. — Sans-patrie, sans hihou ! hibou ! Idéal et après ? Cens abominables. Des drôôftles. Moi pàAAlrioôôto. Bon patriote. Quand servais impératrice, dnns an an la garde AAArde. (Il baille,) Mo serais fait hà lui (il baille encore) bêcher tout vif pour la patrie.

De Vidame. — Permettez, messieurs. Je no trouve rien do blâmable dans l'article on question. Que dit le général interviewé? Qu'il a trop de soldats à nourrir, que la guerre lui semble impossible, qu'il lui semble préférable do désarmer, que nous sommes battus d'avance...

M. Pansu. — Voilà justement ce que je trouve d’excessif. Ça u’ost pas à un général à dire ces choses-là. Alors, qne diront les soidats?

De Chimpanzé. — Soooldats? Diront rien. Silence dans an ans les rangs! Doit oie oie oie pas broncher soldais, sans quoi fous ou ou

Pi.um-I,éw. — Pien barlé, marquis. A la ponno heure. Le soldat doit sé vairo duer, sans tire ouv ! Il est bayé pour ça.

Le VlBAMF, — Oh! un son par jour.

Plum-Léw. — Comment, Fidame! fous aussi, fous êtes pour l'auclimentation dos salaires. Où allons-nous, mon Tieu! Un sou, c'est dédia pien choli. Et puis, on le nourrit avec ça. Tailleurs il dévend sa patrie. Foilà une noble garrière. Moi, si che m'égoutais, cli'anrais dédia rebris l’Alsace et la Lorraine. Mais che n'ai bas le temps. Faut que je soyo à lq Bourse tous les cliours.

M. Pansu. — Encore une abomination que je relève dans la conversation du générai. Lui n’csl pas pour reprendre nos chères provinces perdues. Il en demande la neutralité. Cela mo fend l'Ame. Oh! messieurs. où allons-nous, si les chefs de notre armée eux-mêmes perdent la noble émulation qui valut ù la Franco tant de gloirieux lauriers. La patrie, messieurs, quoi de plus beau, de plus noble. Il faut l’aimer, messieurs, la chérir, mourir pour elle au besoin.

Pi.um-Lévy. — Bardon ! baron. Gomme fous y allez. Nous n’afons pas ù nous vairo duer. Buisquo nous bayons des gens pour çà. Les millionnaires toivent rester chez eux. Car s'ils se vaisaient duer, il n'y aurait blus de riches et alors qui vernit dravaillor les bauvres ?

M. Pansu. — Vous parlez d'or, cher baron. Mais que voulez-vous ? Je m'emballe, je m'emballe, je ne sais plus de quel héroïsme je suis capable quand je parle de patrie... Pour en revenir ù ce générai, je prétends qn'il n'aurait pas dû semer ainsi ie découragement...

* 5t. vi.,V',‘Lkw. — Il n'est bas bayé bour çù.

plxst?. w Ail contraire. Cependant. Je l'excuse en raison de ses dernières phraséâ,

DU Chimpanzés — Ah! Ah!..i M, Pansu. — Quoi donc?

Le vidamk. — Faites pas attention, il dort. Fatigué pauvre marquis, il vient de loin, pensez donc : descendant de croisés!

Plum-Léw. — Ello ost pien ponne ! et aurais gru hlutôt qu'il descend des zingos, gomme l'indique son nom.

Le vidame. — Monsieur ! vous insultez en lui l'aristocratie tout entière. Vous m'en rendrez raison.

M. Plum-Léw.— Eh pien, fidame ! renlez-moi les drois mille francs que fous ine tevez.

Le vm ame, ricanant. — Ali ! du moment que vous le prenez sur ce ton-lil, je n'ai plus rien à dire, sinon que je partage les fiers sentiments de notre ami Pansu. Achevez donc, ami Pansu.

M. Pansu. — Voici ce que je voulais dire : le général du Figaro propose un désarmement général, tout en reservant le droit ù chaque nation de conserver une armée permanente qui n'aurait plus d’autre but que de réprimer la faction socialiste. U ajoute même sette narolq très sage : « Si nous devions nous battre demain, nous serions beaucoup plus inquiets de ce qui se passerait derrière nous que devant nous. » Je comprends ça. Avec tous ces misérables qui veulent bouleverser l'ordre social, déshonorer la Pairie, on n est jamais tranquille. De Chimpanzé, se réveillant. — Pa A arfois. Ainsi Bazaine...

Ah ! ah ! Bazaine était inquiet de e e o ce e 0 e qui i i se passait à Pnris. L'ordre, l'o ordre à maintenir.

M. Pansu, vivement. — Ce n'est pas la même chose, cher marquis! Bazaine songeait à l’Empire. Nous, nous songeons ù la Pairie, rien qu'ù la Patrie. Nous ne voulons pas que ces misérables, ces hâbleurs, ces fainéants d'ouvriers qui veulent nous prendre noire argent, notre argent 1 ces bandits, ces crève-la-faim ! nous ne voulons pas qu’ils manquent aux plus sacrés des devoirs sociaux, au respect qu’ils doivent au capital.

M. Plum-Lêvy. — Très pien ! très pien I Prafo ! prafo !

M. Pansu. — Donc le général a raison. Il faut une armée de gendarmes pour maintenir Tordre ot garder la Pairie grande, la Pairie glorieuse.

M. Plum-Léw. — Prafissimo !

De Chimpanzé. — Vi vi vi vi ve la PA A A... U éternue et s’endort.

Le vidame. — Vive M. Pansu !

lera le dernier. ’ ’ ' I,neU

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