TRISTES SIRES
Le prince régent de Bavière en a assez de son rôle de maire du palais, — ce qui ne veut pas dire qu’il soit le père de son penple, —il demande la déposition du roi Olhon pour le compte duquel il règne.
Olhon est fou. 11 Tétait déjà en 'montant sur le trône, si bien que, même maintenant, il ne peut s'empêcher de faire ses gros et petits besoins dans son pantalon.
Ce que les Bavarois doivent se sentir fiers d'entretenir nn coco comme celui-là
Le canieide Lozé continue de traiter toute la haute Société d'Autriche. Ses salons sont toujours pleins; lui aussi. An milieu de toutes ces fraternelles ribotos, cela n'a rien d’étonnant ! Oh I nous avons là un ambassadeur d'un rnde tonneau !
Caprice de roi :
Dans son exil, Behanzin soupire et rêve à deux choses. Il voudrait que son fils reçût une bonne instruction et ses femmes des robes françaises.
Ounepeut pas lui refuser ça et Spolier se fora certainement un plaisir do servir de précepteur an petit Behanzin. Pour les robes de ses femmes, l'ancien tyran du Dahomey pourrait s’adresser ùM. d'Hulstz, qui en possède quelques-unes de rechange.
Dos géns heureux, c'est les Serbes. Ils ont Utl roi, une reine mère, nn roi père. Tout ce monde-lâ s’en donne ù ventre déboutonné au compte du bon populo.
En ce moment, on parle d’une révolution dans ce malheureux pays.
T-uns veulent garder Milan, ce père de roi, les antres n'en veulent On n’est pas pins bête, ma parole.
Pour manifester su sympathie à ia République française, le czar va prochainement marier un de ses frères ù une fille du comte de
Paris.
Qui paiera la noce? Nous, parblcn! L'emprunt marche toujours.
Eugénie l'Espagnole, la veuve do Badingnet, vient de temps A antre rendre visite A ce lion peuple français qu'elle exploita si bellemenl. Elle ferait mieux de lui rendre ce quelle a pris. Mais allez donc demander d'être honnêtes à ces femelies-la.
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La Revue Socialiste
L'on sait que la direction de la Revue socialiste vient d’être confiée A M. Georges Renard. La livraison de mai contient une importante déclaration de son nouveau directeur. Le programme do M. (■eorges Renard, tout en se réclamant du Socialisme intégral et en confirmant la ligne de conduite tracée par Benoît Maion, développe et précise avec un grand bonheur d'expression le but poursuivi par la Revue Socialiste à laquelle un nouvel essor semble
Parmi les autres arlicles du numéro de mai de la Revue Socialiste, nous cilerons : La Monogamie et V Union libre, de M. Fernand Pellontier; une étude sur l'esprit général do la Manifestation du Premier-Mai, de M. Adrien Véber ; Un beau jour, nouvelle par .Mlle Judith Cladelt le Salon de 1891 au Champ-de-Mars et a ua Champs-Elysées (l"r article), par M. Gustave GelTroy ; le Socialisme en Allemagne, par Thurane.
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), BoüLd POISSONNIÈRE (Coin de la rue du Sentier) PARIS. ENVOI FRANCO du TARIF-ALBUM
armées de mitrailleuses coupaient la rue Soufilot. Une autre fermait la rue Gay-Lussac.
Nous avions franchi la grille du monument. Du haut de l’escalier, nous guettions le Luxembourg, où la fusillade crépitait. C’est par là qu'ils allaient nous envahir...
Tout à coup, une formidable explosion nous secoue. Les vitres sonnent sur les pavés. Les bataillons, effarés, courent aux issues. Le cri lugubre retentit : n Ouvrez les persiennes, fermez les fenêtres ». Des groupes d'hommes en armes inspectent les maisons, le fusil en arrêt, prêt à descendre la première tête suspecte qui paraîtra. A l'entrée des longs couloirs sombres des vieilles maisons; des groupes de femmes se tiennent, tremblantes. Leurs maris se battent. Les reverront-elles ?
L'explosion formidable, c'est la poudrière du Luxembourg, que nos hommes ont lait sauter en se repliant de la rue Vavin.
Affolés, les habitants quittent les maisons.
— Le Panthéon va sauter I Le Paulhéon va sauter !
Et on voit fuir des gens avec des paquets où ils ont emballé à la hâte leurs objets précieux. Ils savent que le Panthéon est plein de munitions. Si on y mettait le feu! Le monument s'effondrerait dans les catacombes. Et tout ie quartier avec lui...
Oh i Le moment d'indicible horreur !
Nous étions toujours au pied de la colonnade. Subilement, un coup do fusil pète à travers les arbres du Luxembourg, comme un signal. La barricade répond par une décharge. Et voici que, derrière les grilles, paraissent et se massent les chasseurs.
On se bat depuis un quart d’heure quand la grille s'ouvre. Un bataillon traverse au pas de charge le rond-point. Quelques tirailleurs s'arrêtent à la fontaine, se couchant au fond du bassin pour faire feu. Les mitrailleuses se mettent de la partie. Les chasseurs se rangent précipitamment le long des maisons. Le rond-point est vide en un clin d’œil. Une vingtaine de petits soldats gris restent sur la ■chaussée, étendus. Malheureux petits pioupious, victimes comme les nôtres de l'effroyable lutte. Ce qu’il en resta à ce rond-point ! Le lendemain, repassant à ce même endroit, je vis leurs pauvres petits cadavres. empilés dans le bassin resté à soc, attendant l’horrible voiture qui les emportera, côte ù côte, avec les fusillés, à la fosse
Une estafette- arriva au grand galop de son cheval. Elle nous donne des nouvelles. En ce moment mémo la rue d'Ulm est attaquée, et an bas, vers le fleuve, la rue des Ecoles et le boulevard Saint-Gcr-
— Us se battent comme deslions à la ruedes Ecoles, nous dit l’officier. J'en arrive. Sous le fou même, les femmes remplissent les sacsù terre et vont boucher les trous que l'ont les obus dans la barricade. Deux ont été tuées sous mes yeux. A Saint-Séverin, c'est déjà fini. La place Mauhert attend, l'ariue au pied. On en a pour la soirée...
Les chasseurs étaient revenus en masse, tirant à la fois sur la ha rricade de la rue Soufilot et sur celle do la rue Gay-Lussac. Enfin, nous les vîmes qui s'élançaient ot disparaissaient à gauche... Nous allions être tournés. I! fallait baltro vile en retraite...
Et en redescendant derrière le Panthéon, par-dessus les murs des
jardins, nous aperçûmes, à travers les arbres, les pantalons rouges des lignards qui allaient nous prendre à revers.
A quatre heures, le Panthéon était occupé. Vingt-deux ans auparavant, il avait fallu crever à coup do boulets ses portos de bronze pour en déloger les insurgés de Juin.
Je ne devais revoir Rigault que dans la matinée du lendemain, mort, étendu dans cet angle de terrain qui formait alors l’entrée do la e Royer-Collard, au pied do la barricade encore lâchée du sang
cille.
•t de Rigault a été maintes fois racontée. Plusieurs versions ont circulé. Celle que je vais donner ici est faite de tous les renseignements que j’ai pu recueillir on exil et qui m’ont semblé dignes do loi. Les souvenirs étaient, du reste, fort peu précis. Pendant dos mois, beaucoup crurent même que Rigault n’avait point été tué, et qu'il allait un jour les surprendre, comme l'avaient déjà fait d'autres que la bataille avait épargnés.
Rigault était mort et bien mort. Je sus qu’en mo quittant pour se diriger vers la rue des Fossés-Saint-Jacques, il s'était avancé jusqu'au carrefour de la rue Gay-Lussac, longeant le haut mur qui clôt le couvent des Dames Saint-Michel. 11 entra au 29 de la rue Saint- Jacques, ù l'hôtel Gay-Lussac. J’ai déjà dit qu'il était vêtu do l'uniforme de commandant fédéré.
Les soldats débouchaient alors de la ruo des Feuillantines, et en mémo toinps, do la rue Saint-Jacques, ouverte par la prise do la barricade de la ruo de l’Abbé-de-l'Epée. La rue Royer-Collard était envahie en même temps. Rigault était cerné. Il avait, été signalé. Lignards et chasseurs firent aussitôt irruption dans l’hôtel :
— Vous allez nous livrer l'officier que nous avons vu à nne fenêtre
Et en même temps, ils saisissent le propriétaire de l'hôtel, malgré les explications que cherche à donner sur son innocence un chirurgien aide-major qui habite la maison.
— Eh bien alors, l’officier — ou le mur.
Le propriétaire monta. 11 rencontra Rigault, qui était accompagné
— C’est bien, dit Rigault. Je no suis e.... Je descends. El toi, dit-il, s’adressa peine do te faire fusiller avec moi.
Aussitôt descendu, aussitôt pris, entouré, désarmé. L'un lui preud
— Allons, au Luxembourg t
Et lo cortège, grossi à chaque pas d'officiers et de soldats, prend la ruo Gay-Lussac. Riganit marche tête haute, le lorgnon vissé à l'œil, tranquille et sans peur. An coin de la rue Royer-Collard, on croise un groupe, d’où se détache un officier :
— Quel est cet homme?
— Je suis, répond netlement le prisonnier, je suis Raoul Rigault,
s Rigault. Eli bien! Vous allez
ihauiuulte, le procureur soldat do
ment suprême, l'ombre de son prédi delà Grande Commune, passa deva
U tomba, le crâne fracassé. L'officier, disent les l’escorte disent les autres, lui avait brûlé la cervelle.
Cette fin tragique et héroïque à la fois de Rigault mécontenta, assure-t-on, les vainqueurs, qui eussent voulu faire figurer le procureur de la Commune au procès en conseil de guerre.
Lo lendemain joudi, ayant été cerné pendant la nuit, je remontai vers le Panthéon. Une heure avant d’être; cneilli rue de Vaugirard pour être jeté ù la Cour martiale, je passais ruo Gay-
Je ris de loin un rassemblement. Hommes, femmes, soldats, gesticulant, criant. Je m’approchai, et je glissai un regard à travers la foule.
Adossé au mur, un officier fédéré, la tête couverte d'un linge ensanglanté. Les mains blanches souillées de sang. La tuniquo ouverte, les galons arrachés. -Sons le gilet noir déboutonné, la chemise, d'une irréprochable finesse, était ouverte. La peau était trouée do larges taches grises. Je fixai ces taches, qui étaient dos blessures, des coups de revolver tirés après la mort, lorsque le cadavre était déjà exsangue.
Un soldat leva le coin du linge qui couvrait lo visage. Je me sentis trembler d’épouvante... J’avais cru reconnaître le mort. L'homme dont la cervelle saignait contre ce mur n'était-il pas Rigault? C'était sa barbe, raide de poussière et de sang. Oui, c'était bien lui...
Je pressai le pas. Tout ie jour, dans mon effroyable station sous los bosquets du Luxombeurg, cctto vision de Rigault mort me poursuivit...
On m’a dit encore que dans l'après-midi de ce jeudi, écomréo dus injures que Ton adressait à ce pauvre cadavre, une fomine qui avait connu Rigault vint jeter sur lui une couverture.
Le fourgon passa dans la soirée, et emporta ce qui restait du procureur de la commun ).
DEUXIÈME ANNÉE. — N° 25 ÎO OOJatïIXXOS SAMEDI 2 JUIN 18J4
UN AN «fr.
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123, rue Montmartre Satirique — (Illustré — paraissant tous les (Samedis SIX MOIS * fr.
TROIS MOIS * fr.
123, rue Montmartre Satirique — /Illustré — paraissant tous les (Samedis SIX MOIS * fr.
TROIS MOIS * fr.
PARIS Rédacteur en Chef: GÉRAULT-RICHARD ÉTRANGER LE PORT EN SUS
AU MU11 DES FÉDÉRÉS. — Il faut des régiments entiers pour garder ces morts-là.