‹ Le chambard socialisteChapitre 325 sur 412 · COMMUNISME · texte numérisé non relu

COMMUNISME

— Mon Dieu, mon cher monsieur Vireloque,..

— D’abord, je ne suis ni votre cher ni votre monsieur... je suis un vieux ramasseur do cochonneries qui n’a pas besoin que vous fourriez votre nez dans ses affaires... lit puis vous pourriez bien vous dispenser de nous servir votre Dieu !

Ça se passe sur un banc où Thomas cause avec Totp. Un bourgeois s'est assis, ventru, à bajoues qui font ressembler son visage à un derrière. Il a entendu la conversation et cherche à. s’en mêler. Rabroué, il sourit béatement :

— Vous avez bien tort de me parler ainsi, répond-il, vous croyez avoir affaire à un adversaire... Je suis un ami, un véritable ami du peuple...

— Ouais! fait Vireloque en le regardant de côté... ami du peuple., comme de la côtelette que vous mangez...

— Mais noq... je vous jure. Fh bien, quand je vous entendais, là, tout à l’heure, je me disais que vous disiez des choses bien justes... Le peuple, le travailleur souffre... C’est très exact... On l’exploite vraiment trop... C’est désolant, et cela amènera des représailles violentes, ce qu’il faut éviter... Car enfin, vous êtes un homme de cœur, vous n'aimez pas le

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A de Vireloque caresse nerveusement son gourdin.

i bourgeois, que le devoir de tout homme de sens est d’alléger les souffrances du peuple... Oui, il faut que chacun jouisse du produit de son travail... il faut que personne ne meure de faim... Seulement ce qu’il faut étudier, ce sont les moyens pratiques... Et puis encore il faut avant tout — cela c’est indispensable — respecter la liberté de tous...

— La liberté de crever...

— Ne vous emportez pas. Le calme sied aux hommes de votre âge...

— Mon âge, gronde Vireloque, est-ce que vous l’avez avalé en travers pour qu'il vous gêne. . .

L’autre, imperturbable, continue :

— La liberté... la Li-ber-té !... cela d'abord... Ainsi, en vous écoutant, j'ai compris que vous étiez cornmunsite... Oh! cher monsieur ! (geste de Vireloque) Pardon !... citoyen !... le communisme, c’est la négation même de la liberté... Vous ue voudriez pas un réfectoire public, l'obligation de manger ensemble, à heure fixe... Vous n’admettriez pas le dortoir civique... Pourquoi pas les cos lorries tous pareils? Voyons. . . de la bonne foi I . . . chacun a la liberté de faire ce qui lui plaît...

Vireloque l’interrompt narJfjftseul mot :

— Andouille!...

— Mais... mais... pourtant, la raison, la dignité humaine...

— Andouille!...

— Vous ne me ferez pas accepter qu'un homme aliène sa liberté, fût-ce pour vivre... Les esclaves, alors! les nègres 1

— Andouille!...

— Mais...

— Vas-tu me foutre la paix, à la fin ! La liberté, sais-tu ce que c’esl... c’est pour toi et tes pareils de fsdre ce que vous voulez, en empêchant les autres de vivre... L'a liberté, c’est celle d’exploiter les miséreux et délirer de lejj{È sang et de leurs cervelles l’extrait de capital qjji vous engraisse... Liberté, oui, pour les riches, pour les possédants.... Mais où est notre liberté, à nous? Tu parles d’escla^s, triple bourgeois bâté que t u es, H u'y a pas de nègre qui soit plus cinglé par la misère que l’ouvrier; pas de brute qui porte des chaînes plus lourdes que celles que nous met au cou et aux épaules la faim, l’horrible et sinistre faim,., à laquelle nous n’avons pas la liberté do nous soustraire, grâce à les prisons, à tes bagnes et à tes fusillades...

— Vous exagérez!... Je vous jure que...

— Ferme ta boite. Misère et corde! il n'y a de vraiment libre que l'homme qui a mangé, mange et est certain de manger tous les jours... Et sois tranquille, le jour où nous serions certains d’avoir la panse remplie, nous ne serions plus à les ordres, esclaves de l’atelier, de la mine, de la carrière... Nous, hommes libres! nous sommes forcés par la faim de nous vendre, de détailler noire viande et notre sang eu échange desquels tu nous jettes l’os dont tes chiens n'ont plus voulu !... Toi, tu es libre, bourgeois, parce que tu as le gésier gonflé... Nous, nous sommes des bêtes de somme que la misère chasse devant elle, à coups de trique. . Ta liberté, andouille, c’est le droit de nous exploiter et ae nous tuer... Notre liberté, c’est celle de mourir.. .

— Je vous jure... je ne veux pas dire !...

— Assez! Tu clames contre le communisme... tu ne sais seulement pas ce que c’est, et pourtant tu l’as dans le sang et tu en uses tous les jours... Quand lu montes en chemin de for, réfléchis-tu à ceci ? Pourrais-tu aller tout seul de Paris à Marseille pour cent francs, s’il te fallait faire chauffer une locomotive à tes frais?, Eh bien, crétin, que fais-tu? tu divises la dépense totale entre cent, deux cents voyageurs... tu te fourres avec tes compagnons dans des voitures communes... Communisme I Tes théâtres, qu'est-ce, sinon l’application dqcommunisme à tes plaisirs?... Tes cafés, tes brasserie.s... comment aurais-tu ce luxe et ces consommations à bon marché si vous ne vo us mettiez pas tous ensemble dans une salle commune... Communisme!...

« Et tu ne voudrais pas que pour lés choses de la vie pratique, pour le manger, le boire, le logement, le vêtement, nous nous entendions aussi tous ensemble?... Tu n’admets le communisme que quand il s'agit du superflu... Toi et tes pareils, vous vous mettez û dix pour payer une maîtresse... Nous, nous voulons le communisme — c'est-à-dire la vraie fraternité — pour le nécessaire... et quand tout sera organisé de telle sorte que le communisme nous aura donné la certitude de vivre... je

LS CHAMBAR1

te. fous mou billet que nous serons vraiment libres... particulièrement de te donner du pied au cul, ce qui nous sera fort

« La-dessus, bourgeois, tu n’as pas besoin de me regarder avec tes yeux de chouette.. . Si tu n'as pas compris, c'est que ton crétinisme est incurable... Toto, il nous embête... sème le bonhomme.

Et. Toto empoigne le bourgeois d’uue main par le collet, de l’autre par le fond de la culotte et l’envoie rebondir à quinze pas-

Jules Lermina.

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