BONS CŒURS
Sous la pluie d'orage, aux largos gouttes lourdes et chaudes, un môme — dix ans peut-être — se promène.
Vêtu à peine, il va, insouciant.
Sautillant, de scs pieds nus il frappe le bitume — les gouttelettes d'eau ainsi rejetées en l’air l’amusent énormément.
A sa vue, une jeune maman fuyant sons l'averse, s’arrête; et. mettant un sou dans la main de son (ils, bambin du même âge, l’envoie faire l'aumône au pe:it va-nu-pieds.
Elle les contemple, attendrie et heureuse du beau rôle joué par son enfant.
Mais son plaisir devient un ahurissement indigné, car le petit voyou, après un regard indéfinissable jeté sur ce subit bienfaiteur, lui a dit simplement : « Merde ! » el, dédaigneux do l'offrande, il s'éloigne doucement, les mains dans les poches, la tête renversée en arrière pour mieux savourer la pluie d’orage aux larges gouttes si lourdes et si chaudes.
Dans un salon bourgeois, à l’heure oti la maîtresse de maison, souriante el radieuse, veille à la profusion du thé et dos gâteaux
Un monsieur âgé, du type du « Vieux monsieur très bien », cause avec un espoir-de- la- littérature qui vient de lui être présonté.
Courtoisement il s’informe des œuvres du jeune homme ; — celui-ci déplorant le griffonnage de ses manuscrits, griffonnage qui on rond l’édition pénible et lopgue — et il lui propose un copiste :
— Cela vous sera très utile; et en même temps vous soulagerez une misère réelle, car le pauvre diable que je vous indique a rarement du
Et, baignant à coups menus, nn petit beurre dans le thé parfumé, il ajoute, inconscient do son ignominie :
— An fait, vous pouvez no pas trop le payer, ce brave homme est habitué à 11e gagner que vingt sous pur jour.
Louis DtiFJ.OT.