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LES COLONS

Il y eu a de toutes races. Des Espagnols, des Italiens, des Maltais, des Français. De nouveaux débarqués, la face rubiconde et joyeuse, de la vie plein les yeux, de l'espérance plein le cœur.

D’autres, déjà éprouvés par les lièvres, la mort des enfants et de la femme tues par le climat meurtrier; d'autres encore, pris par l’usurier, enserrés dans l’étau du youddiin, sombres, mornes, préoccupés de l'échéance prochaine des billets souscrits, de la venue des sauterelles et de l’huissier. Enfin, ceuxlà, accablés par le malheur, mangés par les multiples lléaux, complètement grignotés, secs comme des éclialas : ils ont un sentiment de souffrance qui courbe tout leur être.

Un long vieillard, assis devant une table de cantine, prépare méthodiquement son absinthe. Le paletot, primitivement blanc, est jauni par les coups de soleil, maculé du taches par les nombreuses averses, rapiécé aux coudes. Par l’entrebâillement de la chemise, ou aperçoit la peau hàlée de la poitrine, semée do touffes de poils revêches. Autour du large chapeau de feutre gris, se déroule un ruban de graisse, et les bords lamentables de ce vieux galurin prennent des airs de gouttières tordues par la violence des ven Is. .

C’est la dernière incarnation du colon algérien, soldat de l’armée roulante, sans gite, il mendie le long des routes, non pour le pain, mais pour l'absinthe, pour la liqueur de l'apaisement et de l’oubli. Les yeux, petits, enfiévrés, dardent une lueur suprême sur le verre mi-plein de vert-de-gris; le tnmardeur ramasse tout ce qui lui reste de vie, de forces, d energte,

pour le donner à la sublime maîtresse, à la satanique enjôleuse, d la Verte!...

E. Violard.

.4 ces Messieurs du Panama.

En plein Paris, sur le grand boulevard.

Passe un monsieur, à tout pouvant prétendre ; 11 dit bonjour et cause, très bavard,

A cent amis qui veulent bien l’entendre.

Il fut pourtant le héros d’un esclandre! Qu’importe 1 11 est d’utile liaison ;

Même beaucoup voudraient être son gendre : Tous les voleurs ne sont pas en prison.

Dans un bureau d’un luxe trop criard,

Un Tel, banquier, se laisse condescendre A recevoir, fort de son milliard.

Ses obligés trop contents de l’attendre.

11 ne vaut pas la corde pour le pendre.

Cet enrichi dont la combinaison Laissa partout la ruine et la cendre :

Tous les voleurs ne sont pas en prison.

Les pauvres gens en ont leur grande part ;

Car avec eux le juge n’est pas tendre.

Contre la loi l’argent est un rempart :

Des fournisseurs que l’on devrait pourfendre Pour nos soldats sont arrivés à vendre De la bidoche égale à du poison 1 Les pots de vin sont là pour les défendre: Tous les voleurs ne sont pas en prison!

Peuple trop mou, béte comme un Cassandre, Autour de toi règne la trahison ;

C’est ton travail que tu te laisses prendre, Tous les voleurs ne sont pas en prison 1

La Gigue.

Les Bienfaits de la Gloire

Décidément, nous payons la gloire plus cher qu’au marché. Veut-on savoir combien, depuis le l«r janvier 1872, date à laquelle les services ont repris leurs marche régulière, il a été dépensé pour le seul budget de la guerre? Voici ce compte

Ce qui doim ■ h., tutu de plus de quatorze milliard* ■ exactement ;

14, 311,712, 617 francs.

Si, à ce chiffre, on ajoute la somme dépensée pour la reconstitution du matériel et les approvisionnements anéantis par la guerre, somme qui s’élève à plus de quinze cents millions, on arrive au total formidable de près de seize milliards de francs.

D’autre part, de 1872 à 1894, la marine y compris les dépenses de reconstitution du matériel, a dépensé environ six milliards. C’est donc un total d’environ vingt-deux milliards que la France a dépensés depuis 1872, pour son armée et sa marine.

Hâtons-nous de dire que, dans ees chiffres, ne sont pas compris les dépenses des expéditions de Tunisie, du Toukin, de l’Annam et du Cambodge, de la guerre avec la Chine, des campagnes de Madagascar, du Soudan et du Dahomey, etc.

L’expédition de Tunisie, eu 1881-82, a coûté plus de quatre-vingt millions; celle du Tonkin, pendant la période difficile, de 1883 à 1888, a coûté près de trois oent millions ; celle du Sénégal et du Soudan, de 1881 à 1888, plus de cinquante millions, etc.

Ah l qu’on est fier d’être Français quand ou regarde ces colonnes... de chiffres!

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