MON JOURNAL
à la façon de M. Goncourt
Samedi 2 juin. — Mauvais réveil, après une mauvaise nuit. L’affaire Turpiu me turlupine. Ces engins terribles vendus à l'étranger, cette force exterminatrice mise à la disposition de nos ennemis... Cola fait frémir. J'ai eu des cauchemars. Turpin m'apparaissait comme l’ange de la défaite. Il embrassait Roinnch et Galliffet, pendant que Mercier cousait des boutons à une capote anglaise ou allemande, je ne sais pas au juste. Le soir, au dîner, j'ai raconté ma nuit à la princesse qui s'est écriée : Zut, alors !
Lundi 4 juin. — Tantôt, en me promenant sur les boulevards, j'ai entendu crier par les camelots : la Pairie ! L’invention de Turpin rendue à la France! cinq centimes!
Oh ! quel soulagement ! Jo vais donc pouvoir dormir tranquille. Brave Turpin ! quel poids il m'enlève de la poitrine. Reinacb il qui j'en parlais tout à l’heure m'a dit en homme pratique qn'il est :
— Si vraiment une puissance étrangère olTre it Turpin la somme qu'il prétend, il a bien tort de ne pas traiter avec elle.
Ah ! ce Roinacli, il n’y a vraiment que lui pour comprendre le patriotisme.
Le Figaro déborde d’enthousiasme. Encore un peu, et il demanderait qu'on nom m fit Turpin successeur de Jeanne d’Arc.
Mardi s juin. — Je vais tout à fait bien, décidément. Turpin a déposé ses brevets, le général Mercier est plein de confiance... Qu'ils y viennent !
Mercredi 6 juin. — Mon cor me fait souffrir. S'il élait d'argent, j'irais l'offrir à Raynal, qui me le prendrait sûrement.
Jeudi 7 juin. — Jo viens de rencontrer Dnpuy, le nouveau président du Conseil. 11 m'apprend que Mme Dnpny est aux anges parce que M. Sèvres lui a envoyé un service do porcelaiue de sa fabri-
Vendredi... Mais c’est un peu tôt.