LA COUR MARTIALE
Jeudi, 25 mai 1871. — La cour du Sénat. — Premiers feux de peloton. — IJ internationale! — Le danger de s appeler citoyen. — Le pied dans le cul. — Ce doit cire un bon ■ Tristes penser s. — Monsieur Langlois.— Une montre dont il faut se débarrasser. — Arrêtés pour un livre. — L aumônier des fusillés. — Chez Foyol. — Ce qu ils voulaient nous foutre dans le centre.' — Enfer et maternité. - Le général de Cissey. — Debout e‘ —•
i .,. vu-tête!— IJhomme t,
m'anchelles' — Le grand prévôt de la cour martiale.
La cour du Sénat — je parle de la pelile cour de la rue de Vauoirard et non de la grande cour d'honneur qui donne sur la rue rie Tournon — est pleine do soldats, d’hommes do police, de gens do tout Ago et do tous costumes. Des groupes sont parqués dans les encoignures. immobiles, ayant sur le visage une indéfinissable et navrante tristesse. D'autres passent en courant, entoures do lignards, bayonnetle au canon. Dos officiers, en tenue de campagno, revolver à la ceinture, sont accoudés à la muraille ou se promènent en fumant. Dans un coin, un homme à brassard tricolore cause avec animation, il est entouré’ de trois ou quatre soldats, dont un sergent-major, auxquels il semble donner des ordres. Du doigt, il indique los bosquets dont los feuilles tremblent comme le ferait un grand rideau vert. Je po saurai que tont-à-l'heure quel effroyable spectacle me cache ce rideau infâme.
Un feu do peloton éclate à droite. J’ai la sensation rapide que
-i- -» — «-ni.Atre bien dans ces bosquets
î retourne. Mais,
n qui in'a empoigné il y a deux
quf viennent de passer devant ma prunelle. Je i brusquement, je me sens pousser par 1 épaule, d un pesante, certainement cette même main qui m a empt minutes :
— Allons, allons I Qu'on ne traîne pas...
Et nous sommes tous deux dans une petite salle obscure, où, confusément ie sens que s'agitent des choses mystérieuses et cruelles à - ■ - i™„in R’mivrir longtemps les yeux pour que,
.a fois. Je n'
u besoin d
rapidement, se détache, pour jie jamais plus me quitter désormais, une vision d'horreur et de sang.
AU ! voilà bien cette cour martiale dont, depuis la défaite, un ne prononce le nom qu'avec des sanglots. Je ne suis qu'à l'antichambre. C’est déjà l’abattoir, avec des paquets grands ouverts étalés sur le sol, et d'où s'échappent des vêtements tout sanglants encore, des vêtements qui la veille, la nuit dernière, couvraient des morts, des fusillés. . .
Tout-à-l'heure on nous déshabillera, nous aussi . . . Mais pourquoi ces tas de loques rougios ? Qu’en font-ils ? Cas pièces à conviction s’en vont-elles aller, défroques du crime, chez le fripier voisin, et se con verlir on triples rasades sur le zinc ?
Je suis debout, attendant jo ne sais quoi. L’homme au brassard nous a quittés. Il ne m’a rien demandé, ni à mon ami non plus- Pourquoi diable nous u-t-il donc mis la main au collet? Certainement nous n’étions pas dénoncés d’avance? Il no nous connaissait ni l'un ni l'autre. C'est une erreur, et bien sûr, dès que nous allons donner nos noms — de faux noms comme de juste — on va nous rendre à la liberté.
Devant moi, j'aperçois mon homme au brassard qui revient. II se dirige vers nous. Il est seul. Un autre, porteur coWrno ini du ruban tricolore, le rejoint. Ils entrent.
— Mais, me dis-jo en les regardant, ils n’ont pas l'air si canailles que cola!
L'un d’eux a même une bonne grosse face réjouio, avec une lignasse brune touto frisée, et dos yenx noirs d’une relative douceur. L'autre, blond, est plus dur de visage, avec une moustache eu croc qui me le fait prendre pour un gendarme déguisé. Ce gendarme, jo ne lui parlerai jamais. Mais l'autre? Si j'essayais ? Précisément, il s'approche. C'est lui qui prend la parole :
— Qu'ost-co qne vous avez là, au bras ?
— C’est un brassard de la convention de Genève.
— Qu’est-ce que c'est que ça? Connais pas ce brassard, reprend- il.
Pour lui, Mon sûr, il n'y a pas d’autre brassard que celui qu’il
porte fièrement à la manche do sa redingote noire. Une redingote ample, toute neuve, qui lui donne l'air tranquille et cossu d'un compagnon du devoir. Ce mot do Genève l'a du roslo embêté. Jo l’ai vu à son froncement de sourcils. Genève? Genève? Il no doit pas être bien ferré sur la géographie. ..
— Allons, décidément, qu’est-ce que c'est que ça? reprend-il.
— C’est, dis-je on mettant dans ma phraso tout mon plus insinuant accen t de sincérité, e'ost — et j’appuie bien snr les mots pour vaincra son doute — c’est le brassard de la convention « internationale» deGe-
Ali I ce qu’il bondit, mou homme :
— Internationale I internationale I hurie-t-il avec une rage qui ie fait presque écuiner. Ah! tu es do l'Internationale t Ah! nom de
Et il se retourne, triomphant, vers les gendarmes, que je vois, assis sur los banquettes, donner des signes d'approbation. Et il gueule
— L'intornationaio !
Je veux répliquer. J'essaye encore do plaider ma cause. De quelle façon, hélas :
— Mais, citoyen, dis-jo doucement, l'Intern. . .
— Citoyen ! citoyen ! hurle-t-il encore plus violemment. Ah ! nom de Dieu! ça, c'est encore plus fort. Ne m'appelle pas citoyen... ouj» te fous ma botte dans le cul.
Et d'une formidable poussée de sa large patio, il m'assied sur la banquette, où je m'écrase, vaincu, atterré.
D’un geste violent, hantain, l’homme au brassard ajoute :
— Et soignez-le, celui-là. Ce doit être un bon!
A cette apostrophe, deux gendarmes se détachent de la longue banquette sur laquelle ils font commo une grosse tache bleue, semée de points brillants qui sont los boutons d’uniforme, les pommeaux des sabres. Ils viennent m'encadrer, si étroitement que je sens leurs corps épais me serrer comme dans un étau.
Et je pense à part moi :
— Je suis foutu, cette fois. Tout-à-l'heure je pouvais encore m’en tirer. Pris par hasard dans la rue, sans indication aucune, avec ma figure do blanc-bec où poinle un semblant de moustache, pas l'air d'un insurgé du tout, il m’eût suffi de m'oxpliquer. do faire l'étonné. Mais maintenant, c'est une autre affaire. Me voici signalé. J'ai appelé cet homme « citoyen ». Je no puis être autre chose qu'un dangereux coquin... Citoyen! Quelle mauvaise habitude nous avons prise vraiment pendant le siège I Sapristi I Pourquoi ma langue m’a-t-elie fourché,. . Et dire que ma peau se trouve compromise pour un seul mol, trois simples syllabes. . . Comment me tirer do là?. .
11 est à peu près dix heures. .Te n'ai rien pris depuis la veille. Voici quatre grandes lioures que jo cours les rues. Et avec quelles émotions! Je revois un instant devant moi lo cadavre dn fédéré de la barricade do la rue Racine, et, alignés, des goulots de bouteilles fichés entre leurs mâchoires saignantes, les morts de la barricade de la place Saint- André-des-Arts...
Un autre feu de peloton coupe mes rêveries. J'examine la salle, l'antichambre où j'attends. Qu’est-ce que j’attends, du reste? .Ts l'ignore encore. Une salle nue, avec dos boiseries d'un gris sale. Tout autour, des bancs. Et, sur ces bancs, d’autres gens, arrêtés comme moi, comme moi serrés aux flancs par des gendarmes. Pas un mot. pas un souffle.
À deux pas. mon ami A... J'envie presque son sort. Il n'a pas parlé de « citoyen ». Si ou allait le relâcher et ine garder, moi tout seul. J'ai comme un frisson d'envie, de jalousie en songeant qne, dans une heure, il pourra être libre. Oà serai-je?
Et voilà que grandit en moi le sentiment do la conservation. Je me mets à songer à tout ce qui peut me sauver. D'abord, ce qui peut me perdre. Je vais tout à llieurq donner un faux nom. Comment vais-je m'appeler? Un nom bien bourgeois, qui n'éveille aucun soupçon. Et je songe au nom d'un camarade do collège, qui se présonlo à mon esprit. Je me la rappelle : Langlois. Je me suis appelé Langlois, en
replacer au parc Montsouris la statue de Marat que Constans avait fait enlever.
U Ami du peuple offusquait la vue de V Ami des trente-six betes.
En gagnant, l'aulre jour, le banc des ministres, l'énorme Dupuy sa le pied de Berger, qui ne put réprimi
e douleur et de
colère.
— Maladroit !
Alors Dupuy, indigné :
— C'est bien, monsieur, donnez-moi votre adresse.
Vous êtes assez maladroit pour en avoir besoin ; mais je me
contente de la blessure que vous venez de me faire.
L'étique Barthou n'arrive pas tout seul aux honneurs. Il amène avec lui sa famille. Un de ses frères est nommé chef-adjoint de son cabinet; un autre chef du secrétariat, etc...
Que les Barthous qui se trouveraient sans place en prennent bonne note I Des places les attendent au ministère de la rue de Grenelle.
En somme, c'est une façon comme une antre de faire aller le commerce.
Burdeau et Boulanger sont tombés du pouvoir dans la commission de la marine.
La marée baisse, alors.
La Compagnie do Graissessac ayant renvoyé 300 ouvriers, le gouvernement. soucieux d'assurer la liberté du travail, a immédiatement expédié en cette ville deux escadrons de chasseurs casernes à Bé-
Ces militaires ont sans doute pour mission d'empêcher les travailleurs jetés il la porte do mourir de faim en les tuant à coups de sabre. . . . .
L’ami Baudin, appelé par les grévistes, est parmi eux depuis nuit jours. Vous verrez que les députés du centre trouveront sa présence là-bas scandaleuse. Pour eux, les représentants du peuple ne doivent manifester leur sympathie aux électeurs que par l’intermédiaire des gendarmes et des soldats.
La Croise des Ardennes annonce qu’un congrès des ouvriers chrétiens se réunira à Charleville dans le courant du mois d'août. On y prêchera la résignation, la patience dans ce monde et le bonheur dans
Allons, bons dadais, qui veut prendre ses billets pour le paradis ou... pour Charenton ? C’est un peu la mémo destination.
Evénement inouï 1 l’Académie française est au grand complet. Us sont là quarante qui font du travail comme quatre, disait un malin plaisant.
Je trouve, moi, que c’est encore trop.
La Justice signale une erreur assez volumineuse du Grand dictionnaire Larousse, qui place les Hautes-Fagnes en Suisse, alors qu’elles sont situées en Belgique.