AU CONSEIL DES MINISTRES
Un s'y est entretenu hier clés jeux olympiques. Cetle solennité renouvelée des anciens permettra aux Parisiens d’admirer les formes des contemporains qui vont se livrer aux douceurs de la gymnastique daus le plus simple appareil.
Ce qui inquiétait les minisiros, c’esl que Dupuy-Pélard est appelé à présider celle cérémonie, el que, pour s'acqui lier de celle fonction en toute conscience, il lui fallait paraître en public casque en tôle, ait petit bouclier sur le ventre et des sandales aux pieds.
Une discussion des plus violentes s’est élevée û propos de ce déguisement que Carnot jugeait Irop rudimentaire.
.. Il est inadmissible, déclara le président de la République, qu'un ministre aussi bien portant que l'est Dupuy, expose à la risée d'un public ironique des fosses, loyales sans doute, mais que le fi'Otleiilcnt des bancs législatifs et du fauteuil présidentiel ont dû rendre impro» pj-es aux effets esthétiques. »
Dupuy, furieux, a protesté, disant qu Hercule ôtait, lui aussi, un
gaillard el qu'aprés loul la grosseur 11'excluait pus l'élégance.
Par simple fumisterie. Itartliou a demandé l'expertise, et le général Mercier a été chargé de passer ce conseil de révision d'un nouveau
A runaniiuilé, Dupuy a été reconnu impropre aux, iiiainfeslaUuus
cslhéLiuuus. J, es ministres se sont bien amusés de ce '' X0\ âge I a bine » moins Vigcr. qui est devenu aveugle. Quant à.Carnot. il est
rassuré sur. Ja sial, ilité ministérielle de son président diQirnûseil. 1 1
lui/ sculeméji! conseillé d'assister aux jeux olyminque^çn. luniq'U-
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Faille d'une organisation fondée sur une pensée morale, l'homme n'est rien de plus qu'un instrument de production, un petit engin naturellement insigiiilianl à côté des machines gigantesques dont se sert l'industrie. -fm n'emploie plus cét engin animé qu'en attendant : jus-
qu'à ee qu'on ail trouvé un autre engin tout malériol qui coûte moins cher. ..
H y .g luuildfBC lüiil'e'lé. tou'geo.is d'une .pari, le paysan et l'ouvrier "(le l’autre. Le bourgeois ne sont rien de commun entre lui et le prolétaire. Il est convenu de regarder ce dernier comme une machine qu ou loue, dont 011 se sert, el que .l'on paie tout juste pendant le temps
Nous bourgeois, bis d'nll'rnncbis. nous croyons que les prolétaires, (Us d'esclaves, sont d'une autre nature que nous. -Nous avons encore au fond du cœur un reste de vieux levant païen. Nous ne professons plus avec Aristote qu’il y a deux natures distinctes, la nature libre et In nature esclave : maïs nous faisons comme si lions étions nourris de
colle doclrme.
DANS ÏjK MON Di,
" Monsieur Thomas Yireloquc.
1. Itien qttêjioüs ne. partagions pas les mômes idées, cependant il est certains points sur lesquels nous sommes nécessairement d'accord. Gomme nous, vous voulez la moralisation des élusses pauvre*: comme nous, vous voulez que la société écarte d’elles les tentations mauvaises et délétères.
,< C'est pourquoi je viens vous prier d’assister à la réunion solennelle de la Ligue contre, leu parût et jeu." (le courses qui se tiendra en mon hôtel, avenue de Yilliers,- 80, le samedi -JO du courant, à neuf heures du soir. .
Veuillez agréer l’expression de. ma haute considération.
Duchesse. du Tnor r»K Monti'hont, née do la Boucanoi:.
Dans la salle, décorée de drapeaux de soie tricolore — avec au fond le bureau où siège la duchesse, grasse et gorge haut moulée, entre deux vieillards, dont l’un, maigre, a la lôte d'un .vieux chacal attendri; l’autre des bajoues fâcheuses où la mauvaise graisse fait sac. une foule select se presse, cul à cul, sur les banquettes de velours.
Des gens bien, très bien. Dames et jeunes filles en toilettes de persil de bon ton, cheveux odorants et teints d’émail, messieurs de tout ûge — depuis le sénateur vulturie» jusqu’au décadent de salon. Aux habits noirs, les piqûres de décorations donnent l’idée de coquelicots dans du charbon...
Au moment où entre Thomas, qui a fait toilette — il a mis à i'eiivers les trous de son manteau qui étaient à l’endroit — il y a de petits cris étouffés, voire môme des murmures gloussants. Décidément la duchesse du Trou de Montrant se démocratise un peu trop!...
Mais silence, M. Frédéric Passy-Bourse a la parole. Lyriquement. au nom de la morale publique, il officie...
— Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, le jeu! Oh! le jeu!... Jean Jacques a dit : — Le jeu est né de l’avarice et de l'ennui 1 Passion funeste qui... vice navrant que... et combien plus terrible encore quand il pénétre dans les classes déshéritées... Quoi !... ce salaire si diiîicilemeut gagné, au prix de combien de fatigues et de sueurs, on irait le risquer sur le tapis vert du hasard, polir se le voir enlever par l'aveugle fortune... Kt s'il est perdu, que deviennent la femme, les enfants... C’est plus que la misère qui s’assied au foyer... c'est lu corruption... c’esl le fils excité au vol. c'est la fille jetée dans la déhanche... Ali ! mesdames, mesdemoiselles, messieurs, unissez-vous à nous pour obtenir des Pouvoirs Publics, du Gouvernement tutélaire* de la République la suppression, l'extirpation de ce Mal, le plus sinistre des fléaux... Sauvons les pauvres! sauvons lés petits!... Au nom delà solidarité, au nom de la conscience ! :V.
Les petites daincàfkpiücées au cœur par l’orateur — ailleurs nar leurs voisins — so pâment. Oui! o.ui! bravo! Les vieux tiraillent la tète, n'eu pouvant pas davantage. Los jeunes ont des airs de coqs de combat. Sus au vice!... et un relent de morale passe dans l'atmosphère,' rappelant l’odeur caractéristique des maisons publiques... 1
Passy-liourso a fini. Les applaudissements éclatent. Ou voit presque la moitié des mains. C’est un triomphe. Satan est ter-
Kt la duchesse du Trou de Montrant a une inspiration sublime. Elle s’avance sur le devant' de l’estrade, et d’une voix vibrante — tandis que ses tétons sursautent — elle s’écrie :
— Citoyen Yireloquc (ho ! bol citoyen 1.'.) J’ai dit citoyen !... Qui de nous ici ne se sent pas citoyen de la grando patrie ! (Bravo!)... Donc, citoyen Yireloquc, vous avez entendu... Je voudrais qu’à la voix de l’illustre orateur qui vient de défendre W termes plus qu’éloquents la cause des prolétaires, la vôtre "succédât... Oui, plus puissante encore sera celle de l'homme du peuple parlant au peuple... Mesdames, messieurs, faites silence! le citoyen Yireloquc a la parole...
Lui, très maître de lui, dit.
— Tout ça, c’est de la merde !...
— Ho! hô ! silence, écoutez !...
— J'ai dit de la merde!... Fausse éloquence, fausse morale, fausse conscience... Misère et corde! Vous déclamez contre le jeu, las de .tricheurs qui n’avez sur vous rien que de volé au jeu de hasard qui est la société et la civilisation !... Supprimer le jeu ! Alors commencez donc par rendre ce que vous y avez volé, votre nom ronflant, madame du Trou de je ne sais quoi, vos millions, la graisse de vos bergingeons, le plâtrage de votre vieux museau... Où avez-vous gagné tout cela! En turbinant? Allons donc... Vous avez inventé le jeu de la naissance
LE CHAMBARL)
(lufvous (ai'!’ 'riclïes cf'giCs, qui' iîouê râft miscivus et maigres... Le jeu, vous ne naissez, vous ne vivez que par lui...
« Mauvais pour les autres, bon pour vous, n’est-ce pas ï l'.stee que tout n’est pas jeu en vous et autour de vous... Votre politique, abattage de cartes biseautées où les plus grecs gagnent la timbale... Votre religion, jeu de casse-cou avec le paradis pour fiche de consolation..; La propriété, jeu île filouterie où on prend tout et où 'on né rond "rien !... La famille, jeu de Moquette Où les liilk's'tombCnt au hasard dans m'importe quel trou... et cela crée des droits !...
« Encore est-ce là le. jeu inconscient! Mais avant de prêcher contre le jeu, fermez donc votre Bourse, où les aigrefins plument les imbéciles!... Qu’est-ce que votre industrie, siuon un Truc énorme, où l'on cherche à foutre dedans les autres... Qu’est-ce que -vos banques, vos usines, vos entreprises de toute nature, sinon l’épanouissement brutal et féroce de vos passions de joueurs acharnés.
c Et parce qu’un pauvre bougre poule vingt sous sur un canasson maigre, vous gueulez comme des haleines !... Si c est un vice, qui donc a donné l'exemple! Misère et corde, je vous le dis, le vice, c’est vous. Il sue de toutes vos lois, il transpire de toute votre organisation sociale... Supprimez le jeu. soit. Alqrs supprimez-vous vous-mêmes, tas de tricheurs et de voleurs qui allez dans la vie, la main pleine de dés pipes, qui volez l’argent, la sueur, la vie, la conscience des malheureux el des faibles...
« Votre morale, égoïste et puante, je m’en torche le nez ... Vous criez au vice pour faire Croire que vous êtes la vertu .... Vertu de mon... front, comme madame la duchesse!... De la société, vous avez fait une immense table de tripot... El vous osez parler d'honnêteté !... . ,
« Seulement, en un point vous avez raison. Les miséreux ont tort de jouer aux courses. . . ils cherchent a s illusionner de fausses espérances, tandis que ce jour-là seulemen t ils auront raison truand ils auront démoli à coups de trique l'immense bouge à tricheries et à' vois qui s’appelle la société bourgeoise...
•• Et sur ce. bonsoir! Ne me dérangez plus ou je cogne!...
Un piaille, on miaule, .on, glapit... .Quelques-Uns font mine de couper la retraite à Vircloquo qui, nouveau Turpiu. lance un pet formidable dont l’éventail fait reculer cette foule...
Et il sort, majestueux. • .
Jules Lermina.