‹ Le chambard socialisteChapitre 363 sur 412 · SAMEDI 30 JUIN I8M · texte numérisé non relu

SAMEDI 30 JUIN I8M

BUREAUX SOCIALISTE ABONNEMENTS

ON AN « fr.

123, rue Montmartre Satirique — Illustré — paraissant tous les (Samedis SIX MOIS 3 fr.

° TROIS MOIS 3 fr.

PARIS Rédacteur en Chef: GÉRAULT-RICHARD ÉTRANGER LE PORT EN SUS

— Des mots! des mots: Encore un qui mettra autre chose que du beurre dans '.otre soupe....

LE CIIAMBARD

Sur un cadavre

Ah! les bons cœurs! le malheureux Carnot avait à peine exhalé son dernier souffle, que ses héritiers improvisés se disputaient son graitjj cordon de la Légion d’hon-

I.'un quittait brusquement les côtés de la princesse pour rallier ses rabatteurs : l'autre abandonnait le cadavre encore chaud du président et accourait d’une traite à Paris.

Il leur fallut cependant montrer triste mine le lendemain. La plus vulgaire bienséance, leur intérêt même, commandaient une certaine retenue.

On les vit arborant, à des yeux brûlés de convoitise, une larme artificielle, tirée de quelque, oignon de la nouvelln récolte. Avec maints efforts ils la retinrent au bord de leur paupière et, l’oraison funèbre du défunt achevée, ils la laissèrent choir sur le vernis de leurs souliers.

La comédie était jouée : commençait le drame. Et pendant quarante-huit heures, ce fut un jeu de cache-cache, d’attrape nigaud, effréné. Quand l’un gagnait deux voix, l’autre en achetait quatre à n’importe quel prix.

Si âpre était la curée, que le corps de Carnot ne trouva aucun ministre, aucun député, à la gare. Les employés des pompes funèbres le chargèrent dans la voiture et fouette cocher !

Pendant ce temps, les chers amis, ceux qui remplissaient la France de leurs déchirements, la veille, mettaient la succession aux enchères. Casimir-Perier faisait célébrer ses vertus aristocratiques, sa poigqe de grand exploiteur d’hommes ; Dupuy roulait son ventre dans tous les partis, espérant prouver qu’il possédait l’éloquence de la chair.

Au Sénat, les graves détenteurs du pouvoir se jetaient à leurs têtes respectives et peu respectables, des encriers et des urnes.

Les voûtes de la salle antique, en ouïrent de propres !

Cette mise à l’encan d’une fonction que les bourgeois voudraient nous faire prendre pour sacrée, en dit long sur la moralité des politiciens opportunistes.

Tout s’achète daus ce monde-là.

Quand la fortune des eompétitenrs le permet, c’est l’argent qui décide en dernier ressort. Autrement la manne des sinécures et des honneurs, les promesses de concessions et de grasses prébendes font leur œufbe de corruption.

Toute cette foire aux consciences, tout ce déballage de malpropretés morales, tout ce pillage des grands principes qu’ils essaient d'imposer à la vénération stupide de la France, tout cela s’étale le plus cyniquement du monde, entre deux strophes lyriques célébrant les' bienfaits de l’ordre et de l’honnêteté.

Quel dommage que le peuple ne puisse glisser un rapide coup d’œil dans ces officines de débauches politiques !

Il serait vite édifié et corrigé. Il saurait ce que veulent dire au juste les mots sonores dont ou l’étourdit. Il connaîtrait la signification exacte des formules courantes que ses maîtres actuels mijotent pour son abrutissement progressif. Quand il entendrait leurs vitupérations contre les factieux, il hausserait les épaules et d’un coup de revers leur imposerait silence. ^

Nous n’en sommes pas encore là, malheureusement. N’empêche que l’idée marche à une bonne allure. Si les réacteurs se flattent, en acclamant un des leurs, de faire taire la voix de la révolte qui gronde dans le cœur de l’ouvrier, il raisonnent, bien mal.

Ce n’est point Casimir-Perier ni Dupuy qui pourront jamais, môme en étranglant la République, arrêter une seule minute l’élan du peuple vers sa libération.

On nous annonce une ère de répression à outrance.

Soit ! Qu’ils aiguisent leurs baïonnettes, qu’ils agrandissent leurs prisons, qu’ils forgent de nouvelles muselières, qu'ils massacrent encore la liberté !

Ils n’auront commis qu’un crime de plus.

Mais leur perte n’en sera pas moins fatale. 11 y a des échéances irrémissibles. De celles-là, est la révolution. Les épreuves trempent les caractères et ramollissement des Français nécessite peut-être un bain de ce genre.

Nous irons en prison, nous traînerons sur les routes de l’exil. Derrière nous, d’autres se lèveront aussi vigoureux, plus neufs, qui reprendront l’œuvre un instant interrompue.

On ne ligote pas un peuple, comme on entrave un cheval emporté, parce qu’un peuple finit toujours par recouvrer son énergie et par reprendre conscience de sa force.

Donc en attendant que l'élu des comtesses s’offre notre peau, payons-nous sa tète. Elle est assez vilaine pour ne pas faire d’envieux.

Meyer, l’Arthur du Gaulois, recommandait chaleureu semenl la candidature de Casimir-Perier.

— C’est l’homme qu’il nous faut, à nous autres aristocrates, disait-il.

Quelqu’un qui connaît les états de service d’Arthur auprès de Blanche d’Antigny, l'hétaïre célèbre, hasarda celte question :

— A quelle aristocratie appartenez-vous donc ?

— Moi, monsieur, répondit le louangeur de Casimir d’Anzin, j’appartiens à l’aristocratie des salons...

— Vous voulez dire des salins, répartit l’autre.

Dupuy, très énervé, reprochait à son concurrent Perier d'ètre un homme prétentieux :

— 11 est, grincait-il, gonflé d’ambition.

Et pendant ce temps-là, l'amant de cette fille Assis dans un café borgne de la Courlille,

Le front épanoui, l’œil fier, le verre haut,

Pimpant, la bouche en cœur, dit : — Garçon, servez chaud !

Clovis Hugues.

Prison de Tours, août 1873.

Propos de Thomas Yirelooue

Dans le cabaret, verdoyant de marronniers fleuris, où Vireloqiie, chaque matin, l’étè, venait prendre, depujs tant d’années, le cognac à l’eau qui était sa seule gourmandise, à côté de lui dos gens causaient — mi ouvriers, mi bourgeois — de ce qu’on appelle dos bien-pensants, idées tempérées — acceptant à la condition qu’on n’allàt pas trop loin — la liberté, pas la licence.

Lui, l’œil mi-clos, rêvait.

Un des buveurs dit :

— .le suis un bon républicain. Personne ne peut dire que joue suis pas un hou républicain...

— Pour sûr, répliqua un autre.

— Eh bien, je dis que pour que la République soye la République, faut qu’elle soit juste... Peut pas être injuste, la République...

— Ça serait pas à faire...

— Alors pourquoi que dos gens comme ce député... Vivian i, qu’il s’appelle... viennent saper... oui, saper les bases de la

— Alt bah! il a sapé... sapé quoi ?

— Le mariage! rien que oa...

— Ohi...

— Le mariage, c’est la famille, pas vrai ? Et qu’est-ce qui est, la base de la famille? La vertu de l’épouse...

— (la, c’est bien vrai... Sans la vertu de l’épouse, pas de fa-

— Et ce Viviani qui veut qu’on n’emprisonne plus les femmes adultères... Eli bien, ça serait du propre !... C'est comme, si on me retirait le droit de tuer ma conjointe, si je la trouve on fringant délit... Mais alors, qu’est-ce que je serais!... Plus le maître donc... Ma femme m’a juré fidélité... Si elle me trompe. je la fais fourrer au bloc, à moins que je ne la descende dans les grands prix. Voilà la vérité. On dira à ça : elles hommes !... Mais les hommes et les femmes, c’est pas la- même chose...

— Pour sûr !...

— Moi, vertueux, pas vertueux... c'est mon affaire. Je suis le chef de la communauté... Ma femiüe est à moi, des pieds à la tête... Et puis alors, avec ce Viviani... ousque résiderait l'honneur...

Depuis un instant, Thomas écoutait. Il se tourna vers les causeurs...

• — Bougres d'imbéciles ! lit-il entre les dénis.

— Avec vous qui n’ètes pas précisément dégonflé, ça fait une jolie paire d’outre... euidants.

■ On annonce que Casimir, voulant donner satisiaclionà ses amis les aristocrates, aurait l'intention de prendre un litre nobiliaire.- Il s’appelerait M. Casimir de. Perier.

D’Epervier serait plus exact : car il tient beaucoup du vautour, cet homme de proie.

Si je suis élu, soupirait Dupuy à l'oreille de Mme Dupuy, mardi soir, je me ferai couronner.

— Mais, citer ami, vous l'êtes déjà...

— N’êtes-vons pas tombé à genoux devant-moi ?

GÉRAULT-RICHARD

Les Rimes Socialistes

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