I-NN SICILE
S’ajoutant aux mille misères qui désolent la Sicile, une grève monstre vient d’éclater dans les raines de soufre. Trente mille hommes et enfants ont déserté le travail, à la suite, d’une baisse que leurs exploiteurs voulaient opérer sur les salaires qui varient entre 0,15 centimes pour les enfants et 0,75 centimes pour les hommes.
En retour de ce gain de famine, ces malheureux sont con- damnés à une besogne qui égale, en horreur, tout ce que l’imagination humaine peut concevoir.
Voici le tableau navrant qu’eu a tracé M. Roger Lambelin au sortir d’une de ces mines :
« Des équipes d’enfants à demi nus, portant sur la tête de .< lourds paniers chargés de minerai vous croisent dans « l’escalier, et rien n’est horrible comme le spectacle de « ces martyrs au teint jaune, aux yeux hagards, maigres « comme dès squelettes, inondés (le sueur, qui escaladent pé- « niblement les degrés trop hauts pour leurs petites jambes, c. Dans le fond, de petites lampes éclairent un groupe âecarusi « écrasés sous le poids de leur Charge.
« Nous percevons des lamentations, des râles douloureux.
« Ce sont ees pauvres petits qui toussent, qui gémissent, tré- « bûchent, tombent, se relèvent et reprennent l'ascension de h leur calvaire, car derrière eux marche le picconniere, armé « d’un bâton ferré, qui les pique comme des ânes lorsqu’ils « ralentissent leur allure, ou leur brûle les mollets avec sa « lampe fumeuse. »
Après avoir lu cos horreurs, on comprend. la révolution farouche de ces damnés de l’enfer social qui préfèrent mourir sous les balles que d’unduror plus longtemps leur supplice.
Aux Camarades de Marseille
Je prie les camarades de Marseille do bien Vouloir m'indiquer un correspondant sérieux. Le sieur Berhiguiés. nie de l'Amidonnerio, auquel j'expédiais le Chambord a jugé prolilab v de ne pas régler son compte et de refuser même mes lettres de nv ainafion, tout en continuant de retirer du chemin de fer les envois de chaque semaine. Gclte façon d'agir, la plus propre à tuer notre journal qui ne vit que dos sacrifices que ses collaborateurs s'imposent, est malheureusement pratiquée par plusieurs autres correspondants surin moralité desquels je n'ai pu demander des renseignement* aux groupes socialistes.
Dans le fou du lancement il est permis de ne pas songer à tout. Mais ces gens peu scrupuleux, qui so font ainsi les auxiliaires de la reaction opportuniste en essayant do miner un organe de combat, auront leur tour. Je tes signalerai successivement aux amis du Chambcml avec prière de leur désigner dos remplaçants.
D’après .^lalherbr
Ta douleur, ô Perier! comme les belles choses, N"a pas compté deux jours;
Et, pose, elle a duré ce que durent les poses, L’espace d’uu discours.
Les Sergots de la Mlip
Tragi-comédie en plusieurs- actes et un nombre incalculable de tableaux, jouée pour la première fois à Paris, le 27 mai 1885, sur la pelouse du Père-Lachaise, el reprise avec, succès au Quarlier-Latin. en juillet 1893.
Nous assistons à la répétition générale qui a lieu à la préfecture de police, dans des locaux aménagés ad hoc.
Le régisseur général, M. Lépino, s'assure que chacun Connaît bien son râle, esl en possession do loue ses moyens, el ne cherche pas il
Il questionne d'abord les premiers rôles, costumés eu commissaires dç police et officiers de paix. ^
M. Lépisé. — Messieurs (Itÿaillants subordonnés, vous savez qu’un grand jour se prépare.
(Ici tous les vaillants subordonnés portent une maiu iuquièto sur la partie la moins noble de leur individu pour s'assurer que leur pantalon ne vu pas leur jouer quelque tour de lâche. Indifférent, M. Lépi rie continue).
La représentation que nous avons donnée l’année dernière, au milieu des chaleurs étouffantes de juillet, sur la scène si propice du boulevard Saint-Michel, va peut-être nous être redemandée. Nous avons obtenu alors les félicitations de toutes les personnalités aristocratiques ou bourgeoises auxquelles nous devons notre vie' préfectorale el policière, et notamment celle de Sa très gracieuse Personne, Son Excellence M. Dupuy, alors comme aujourd’hui, président du conseil. Nous devons aspirer à les mériter de nouveau, et sans nous dissimuler les difficultés de cette tâche, nous nous efforcerons de nous surpasser pous-rnêmes. {Murmures d'approbation.)
Persuadés que vous files pénétrés de l'importance de votre mission, et que vous n’y faillirez pas, je laisse à votre initiative personnelle le soin de régler les petits détails d’action, lès arrestations imprévues, les passages a tabac rapides et discrets, en un mot, tout ce qui peut animer et égayer la pièce en répétition. Je me contenterai pour aujourd’hui de vous interroger sur quelques points d’un intérêt plus général.
{Plus bref et plus sec). — Voyons, vous, monsieur Delagucnon, que feriez-vous si, par exemple, on vous amenait au poste, à la suite d’une èchauffourrée, un député socialiste.
M. D Et. Au u ex on . — Mort f Ou vivant?
M. Lépixe, après une hésitation. — Supposons-le vivant.
M. Délai;'- ex on. — Je l’interrogerais immédiatement, je...
M. Lépixe, V interrompant brusquemeut, d’un air sévère. — Assez, monsieur, taisez-vous. Répondez à ma question, vous, M. Cordatieux. . .
M. (jniDANEi: intimidé. — Ma loi, Monsieur le Préfet... si l’on m’amenait un député socialiste. . .
M. Lépixe, nerveux. — Vivant... Je connais la question, ne la répétez pas. Répondez.
M. Corhax'I'Xx. — Je. . . le ferais fouiller . . .
M. Lépixe, frappant du pied. — Taisez-vous — V un autre...
M. Qüknoutte, apostrophant le préfet, sur an tonviclorieur' — Moi, je menacerais l’individu de la prison, du bagne, de l’échafaud, je l'intimiderais. . .
M. Lépixe. — Vous vous êtes bien pressé, monsieur, pour dire une bêtise !... A un autre.
(L'interrogatoire continue ainsi pendant un temps indéterminé. Aucun dos personnages ne répond d’une façon satisfaisante au régisseur général qui, furieux, tempêtant, frappant du pied, s'arrachant les cheveux, les jette tous à la porte, fis sortent navrés, en s'écrasant un pou dans leur hâte. M. Lépino reste seul, les Bras croisés, le regard chargé de colère dirigé vers la porte. Un long silenco.Tremolo ù l'orchestre. Puis brusquement, M. I.épine s’écria) ;
— Les imbéciles !... les brutes ! Pas un qui ait eu l’idée do
SOUVENIRS D'UN VIEIL INSURGÉ