‹ Le chambard socialisteChapitre 372 sur 412 · ENFIN, SEULS · texte numérisé non relu

ENFIN, SEULS

QHÉ! CASIMIR!

Eh bien! Casimir, mon garçon, vous voilà arrive! oii no peut plus arrivé, puisque, vous ôtes sur la pointe du sommel. Asseyez-vous, mon garçon, et prenez garde que ça ne vous écorche.

Alors, comme ça, vous êtes le chef de votre pays, quelque chose comme le sergent-major de la compagnie.

Vous allez disposer en maître de trente-huit millions do Français, vous qui disposiez déjà de pas mal de millions

Ali ! vous êtes. un heureux coquin..., dans le sens aimable du mot, s'entend ; car je ne voudrais pas me permettre des termes désobligeants à votre égard. Je nourris un très grand respect pour vous, depuis que la loi me l’ordonnesous peine d’amende et de prison.

( l’est donc en humble sujet que je vous parle. La crainte du Seigneur est le copimencement de la sagesse. Je resle-

On dit que vous nous réservez une série de coups de trique, et que sous votre règne les libres citoyens de la République française devront marcher au doigt et à l'œil. On dit que Vous vous promettez de mater les socialistes turbulents: que vous maintiendrez l’ordre, que vous rétablirez le principe d’autorité.

Tout cela est très joli, mou garçon, mon vieux Casimir! mais, croyez-moi, ne promettez pas tant. Si vous saviez comme la France a changé depuis Louis-Phillippe !

si votre grand-père vivait encore, il vous te dirait, lui qui s’y connaissait.

Il uo suffit pas de- vouloir, il faut pouvoir. Pourrez-vous, Casimir, mon garçon ?

Prenez garde de vous casser les reins, de vous démancher inutilement les bras et de rester quinaud avant la lin de la partie.

Vous avez de mauvaises fréquentations, mon vieux Casimir. Des gens vous conseillent, qui se moquent do votre félicité personnelle, qui se rient des Catastrophes que l’avenir vous réserve.

I ls ont des appétits et pas le sou, ou pas assez de sous. Ils en veulent de gros tas; et ils comptent sur vous pour leur en fournir. -

Vous, Casimir! qui êtes riche, vous le millionnaire, pourquoi vous embarrasseriez- vous de ces mauvais par-

lis vous vaudront des ennuis, si vous les écoutez.

Ne les écoutez pas, Casimir, mon garçon. Jouissez en paix de vos millions. Grisez-vous des ivresses de la toutepuissance. Mais, Casimir, ne. faites pas le malin: ça finit toujours par jouer de viiains tours, ce petit jeu-là. Un beau matin, la France vous donnerait congé, et vous seriez obligé de déménager sans tambour ni trompette, de prendre un fiacre, comme un vulgaire Louis-Philippe,

A votre place, Casimir, je sais bien ce que je ferais.

Je... Mais, est-il besoin que je dépense à l’aveuglette mon expérience et mes conseils?

Mi' lirez- vous ? Je parie que vous Tètes seulement pas abonné au Chambord.

A quoi pensez-vous, Casimir ? Il faut vous abonner, mon garçon. On vous fera mie remise et, toutes les semaines, vous vous flanquerez une pinte de bon sang. A moins que vous ne nous preniez au sérieux. Dans ce cas, ne lisez pas h; Chambord. Casimir: sa lecture vous serait désagréable, car lui ne vous marchandera pas les quolibets...

Ah! vous voulez manger tout, .mon garçon! Eh bien, nous tâcherons qu’il y ait des arêtes, dussions-nous en emprunter à votre ami Chaudey.

Gérault-Richard .

I V FAMILI.K

Si vous saviez comme ils s'entendent bien entre eux tous les dévorants de la’ République, vous comprendriez leur haine des gêneurs, des empêcheurs de se gaffer en rond I

Par exemple, je suis sûr que vous ignorez que les conseillers d’Elat, ceux de la Gourdes comptes, les contrôleurs dus finances, chargés de vérifier les comptes des Compagnies de chemins de 1er, jouissent du parcours gratuit sur toutes les lignes.

C’est déjà joli, n’est-ce pas ? Et vous jugez, par là, du zèle qu’ils apportent à défendre les intérêts dont iis ont la charge.

Mais ce n'est pas tout. Comme si l’on craignait de la part de ces contrôleurs quelque velléité d’ingratitude, on a soin de les choisir dans les familles des chefs de Compagnies. Le père contrôle le fils et vice versa.

De cette façon, il n’y a pas à redouter la moindre querelle. Contrôlés et contrôleurs s'entendent comme larrons en foire et le public paie.

Pauvre Casimir!

Casimir-Perier fait bien de pleurer lui-même sur son sort, car c'est une pensée qui ne viendrait à personne. Quand on songo que ce malheureux est affligé d’un demi-million de rentes, quand on songe que ses nouvelles fonctions vont lui fournir douze cents mille francs de revenus et que pour gagner cet argent il n'a que la peine de se laisser vivre, il devient, en vérité, bien difficile de trouver dans le coin de sou cœur la moindre commisération .

Un extrait du rapport annuel présenté le 25 juin dernier .aux actionnaires d'Anzin va vous montrer toute l'horreur do l’existence du pauvre Casimir.

Il résulte do ce rapport que la production totale des mines pendant le dernier exercice a été de 2,075,091 tonnes.

Dans L'ensemble, l'extraction de 1893 a été supérieure de 137,162 tonnes à celle de l'année précédente,

Au 1" janvier 1891, le stock en charbon était de 151 ,330 tonnes : on y ajoutant les 2,975,691 tonnes extraites on 181)3. on atteint le total de 3.127,024 tonnes sur lesquelles 1,980,200 tonnes ont été ven-

dues en nature, 862,300 tonnes livrées aux lavoirs et aux usines et 206,059 tonnes consommées par les services.

Le bénéfice net do l'exploitation des mines, des usines et des, cite lions de fer, ainsi que les revenus des valeurs mobilières et immobilières ont Clé, en 189:1, do cinq millions sept cent douze mille lient' cent soixante-dix-ueur francs quarante-deux centimes. (tMuctioii faite dns dépenses /'ailes pour travaux c.elraordiiiaires i/ni ont , pn'ae Ô.V.j.ü.02 francs.

Ce bénéfice, complète par un prélèvement non répfu-li de 47.1)20 fr. 58 sur les bénéfices des années antérieures, s’élève ainsi à

Un dj -ses familiers lui rappela son projet tic villégiature, ce qui lui inspira celle réminiscence classique :

— 11 n'y a plus de Pyrénées.

Propos de Tliomas Virelomie

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