Scène d'intérieur
l l'KlysOe. — Dans t c salon jaune. — M. Cnsintir-Perier i/ui «V inm i/tie du Frnnyois I” tlans le snny, mais ‘/ai fi retend aussi imiter Ilenri I 1 ’, s'entretient nrer ses enfants.
Para. — Allons, petit Casimir, mon garçon, réeitez-moi ma circula (vu d'adieu aux électeurs de Nogont-suixSuiue.
Petit Casuuii- — J’sais pas, p'pa!
Pava. — Et poli lu?
La mm: kiu,k. — Moi son plus, nu.
P a va. - Vous êtes charmants, ou vérité. Si c'osi ainsi qui: vous espérez vous faire une place dans le monde...
Peter UasUOH. — Pas besoin déplacé, papa: avons des millions. Uv petite vu, le. — Ile» millions! (Kilo saule ou lapant dans sus mains.) Dus millions!
Pava (se poussant du col). — ('.'est entendu, voua aurez dos-millions. Mais vous auriez pu apprendre pur ciuur mu circulaire, rien que pour mu latte plaisir. Je vais vous la lire.
(Il lit sut uu Ion solennel, mais rauque, la leltro (ju'il vient d'adresser à ses chers eoncituyens pour leur annoncer sa démission, T, es o-nfants cherchent il comprendre et su mettent lus doigts dans lu nez,) Pava. — Voyons. Casimir, laissez vos mains tranquilles, le y es le manque de noblesse; vous ressemblez fi an mineur à la recherche du charbon.
I , a i'ktiit. ville. — OU! le vilain!
(lu) petit Casimir rougit de honte.)
P*i'A- — Vous avez entendu que j'annonce à mes électeurs notre prochaine visite. Je leur dis que je vous apprendrai à les connaître el & les aimer. Et d'abord, qu'est-co qu'un électeur?
Peti i- Gasimih. — C'est quelqu'un qui vote pour que papa soit président de la République.
La petite fille. — C'est un homme qui crie : Vive le président) Papa. — Très bien ! (L’orgueil paternel brillo dans ses yeux.) Mai» oas gens uo votent pua toujours. Que font-ils quand ils n'ont pas à nommer papa président do la République ou à l'acclamer,
Petit Caslmik. — Tiens! Ils travaillent, donc, pour que papa ail des millions,,,
La petite mxy, — El maman îles bijoux,
Petit Casimih. - Ri moi des jouets,, ,
Ii.a petite eiklb, — El moi dus lielîus robes,
Papa, — Los aimez-vous, nu moins?
Peut Casiuiii (avec une moue). — Pourquoi?
Papa, — Mais je leur ni promis.
Petit lUuimn. — Je veux Idon les aimer... mais de loin.
La PETITE Hii-u;, — Oh! oui, de loin: ils suai si laids I Petit (Usisrnt. — Ils sentent la sueur. . . Pouah!
Papa. — Enfin, il faut leur pardonner: loui lu monde ne peut pus sentir la peu» d'Rspagne.. .
Petit Casiuih Rt la petite uiLLiqunsemblu). — Eh bien ! pupa. nous leur pardonnons pour tu faire plaisir. . ,
Papa (attendri). — Adorables enfants! Voyez-vous, le peuple, il n'y
LE TOUSSEUR JAUNE
Il est, dans le Marais, des familles bretonnes Que la fièvre décime et qui, tous les automnes,
Quand le débordement prévu des basses eaux Envahit pas à pas leurs huttes de roseaux,
N’ont pour y reposer leur misère profonde,
Qu'un vain bateau flottant sur les reflux de l’onde.
A l’heure où dans le ciel la lune ronde luit.
Or, un vieux médecin visitait une nuit Sur un de ces bateaux une pauvre fiévreuse.
Elle râlait. Sa joue était polie et creuse.
Comme si chaque pleur soys sa paupière avait Voulu laisser sa trace humide. A son chevqt,
Un enfant de dix ans, aux longs cheveux d’ébène.
Et dont les beaux pieds nus auraient dù, francs de gêne. Avec ceux des oiseaux courir dans les galets Debout, déjà pensif, recousait des filets,
Ce petit être, fait homme par la misère;
Levait de temps en temps de grands yeux vers sa mère. Joignait ses mains en croix et, sans quitter ses fils,
Secouait un larme attachée à ses cils Ou ramenait du doigt quelque haillon sur elle,
Immobile, craignant qu'un choc de la nacelle Ne prit la vie au cœur de la malade.
— Eh bien !
La mère, qu’avons-nous! dit le docteur,
— Oh ! rien,
Murmura-t-elle. J’ai qu’il faut que je m’en aille.
La fiévreuse s'était sur sa couche de paille Lentement soulevée.
— Et pourquoi pensez-vous Que vous allez mourir? Les temps seront plus doux.
L’eau se retirera de vutre maisonnette,
Alors elle lui dit :
— Vous êtes bien honnête.
Monsieur le médecin, de me parler ainsi.
Mais, vous ne savez pas, vous n’étes pas d’ici.
Non, vous ne savez pas que je suis condamnée A m’en aller, avant que finisse l’année.
On raconte chez nous qu'on ne vit pas longtemps.
Quand on a vu passer le spectre des étangs.
Le Tousseur Jaune a\'ee sa barque. C’est la fièvre De la mort qui vous prend au soufie de sa lèvre.
Moi je l'ai vu, monsieur, tout comme je vous vois,
Pas plus tard que dimanche, en cherchant dans le bois Des vers dont le petit se sert pour notre pêche :
Un bruit rauque sortait de sa poitrine sèche:
Ses dents claquaient ; ses yeux étaient creux ; ses longs doigts Tremblotaient : il me semble encor que je le vois I Des tas d’oiseaux de nuit, sautant de branche en branche, Le suivaient. Il avait sur sa nacelle blanche Etendu le linceni où je serai demain.
Pourquoi n'avais-je pas évité ce chemin ?
Son grand corps se pliait sous le vent comme un saule.
Ses cheveux noirs pendaient autour de son épaule.
Le front environné d’un bleu rayonnement,
Il glissait sous les eaux, doucement, doucement.
Vous voyez bien qu'il faut que je parte. La lutte Est inutile. Adieu, l'enfant! Adieu, la hutte!
La maisonnette et toi vous allez rester seuls.
Sois sage, ne t’assieds jamais sous les tilleuls.
Tu me comprendras mieux quand tu seras un homme :
« Le Tousseur te prendrait, mon pauvre agnelet «.
....... „ . Comme
Elle disait ces mois, un frisson parcourut Son corps, elle pencha son front pâle et mourut.
L’enfant sortit.
Le vieux docteur fit vers la porte Voguer le frêle esquif où reposait la morte;
Car sur un lit moins dur il voulait qu’au hameau- La barque déposât son funèbre fardeau.
I! ramait.
Tout à coup, dans le feuillage sombre D’un tilleul, sur le bord de l’étang, il vit l'ombre D’un enfant s’arrêter.
Il cria : — Qui va là !
Une voix répondit doucement : — Me voilà.
Prends-moi. Je te connais : c'est toi le Tousseur jaune ». Quand on est trop petit pour demander l’aumône.
On est plus malheureux que les petits des loups.
Vois, je suis le docteur. Je te cherche.
Et ma mère ? - Ah ! C’est vous ?
— Elle est là, Descends.
Je ne la verrai plus, ma mère : on mt - Allons, hàte-toi, viens.
— Oh t no
J’attends le bon Tousseur, pour qu'il
— Ma mère est morte.
: l'emporte I
n, je reste Ici.
m’emporte aussi
Olovis Hugues.
Prison cellulaire du Tours, octobre IN7->.
Propos le Tliomas Virelope