‹ Le chambard socialisteChapitre 381 sur 412 · ÉTRANGER LE PORT EN SUS · texte numérisé non relu

ÉTRANGER LE PORT EN SUS

- Oh! papa, comme ça serait beau, la fête, si nous avions de quoi manger!

Où êtes-vous donc, les vieux républicains? Que faitesvous des nobles indignations qui soulevaient vos barbes argentées dans le ronflement dos périodes?

AJi! que vous étiez beaux, lorsque vous invoquiez les droits imprescriptible* du peuple! Quelle allure était la Vôtre, lorsque vous entraîniez lus niasses démocratiques à l’assaut des iniquités politiques, et de quels gestes homériques vous montriez lit-bas, là-bas, à l'horizon de l’avenir, le paradis social, suprême étape du douloureux pèlerinage entrepris depuis tant de siècles !

Vous olamiez : « Debout, citoyens! Eu avant, toujours en avant pour la République! Elle seule vous donnera la liberté! Seule elle leru disparaître les tyrannies multiples qui vous étreignent; elle vous rendra l’exercice de votre souveraineté; elle établira enfin, parmi nous, le règne bienfaisant de la fraternité; elle apprendra à tous l’amour et le culte de la Justice !

» Travailleurs, elle vous émancipera; femmes, elle assurera la paix de vos foyers: enfants, elle fécondera vos cerveaux et fera de vous des citoyens indépendants.

La République, c'est le progrès ininterrompu, poursuivant sa marche sans à-coup, sans reculs, sans secousses. Elle réanimait oommo loi primordiale la réalisation progressive de vos espérances proscrites par les tyrans; elle assurera en peu île temps l’existence de chacun; elle protégera la vieillesse contre les rigueurs des autans.

» Et surtout, oh! surtout, elle respectera la dignité des citoyens. Ce n’est pas elle qui touchera jamais à aucune de vos prérogatives. Sans cesse, elle étendra votre puissance, elle augmentera vos garanties contre l’oppression du pouvoir... >■

Vieux ut superbes refrains qui frénéljsaient le peuple!

.le les ai entendus, plus tard, sous le Seize-Mai, alors que je naissais à la vie politique.

.l’avais quinze ans alors. Un souvenir, voulez-vous? Quand furent placardées sur les murs du Mans, où je commençais mon apprentissage de tapissier, les affiches du gouvernement de l'Ordre Moral. îles groupes mécontents se formèrent. Je revenais ec soir-là, vers sept heures, avec un camarade, de quelque besogne en ville. Nous nous arrêtâmes, nous aussi devant les placards blancs.

— Petit, me dit l'ouvrier, iis ces noms-là et apprends à les haïr. Ce sont des noms maudits; ceux qui les portent veulent, tuer la République et perpétuer notre misère.

Je lisais : De Ui'Oglie, Brunet, Eourlou, Caillaux, Péris, Ifeille., Decazes.

L'ouvrier reprit :

— C’vst la iiûhJiîaee qui revieul : les oliouaus vont être lies maîtres; nous ne pourrons plus parler librement, nous lie pourrons plus nous instruire en lisant ; la prison prendra ceux d'entre lions qui élèvornnl la voix autrement que poil!1 invoquer le ciel et. adorer les seigneurs, il ajouta tout Ims, car un policier rôdait autour de nous :

— Mais il faudra qu'il nous massue relit avant de toucher à la République...

t', et ouvrier, mon premier tmiHro d'école, paya de deux mois de prison les espérances et loa haines qu’il voulait partager avec moi. U me conduisit aux réunions, où j'allai bientôt seul... ( loin bien d'uutres dévouements, méconnus ou ignorés, éclatèrent alors dans J^us dos coins de la Frauey,

On sauva la République. On acquit quelques bribes de liberté...

Et voilà qu’un tourbillon de folie nous ramène à eus temps abhorrés. Où est de Broglio? où est Raille? où est Deeazes? où est Fourtou? Les uns gardent dans la tombe le secret de leurs abominables forfaits. Lus autres collaborent à dos crimes identiques avec eeux-là mêmes qui lus dénonçaient jadis à la vindicte populaire.

Et vous, les vioux républicains, vous, les champions du progrès irrémissible, vous, les apôtres aux voix retentissantes, aux vestes démosthénions, aux barbes antiques, vous, les prometteurs de paradis, vous, les organisateurs de révoltes, que faites-vous?

ils répondent : « Nous, sauvons la République eu étranglant la liberté.

« La réaction est la salut, Oasimlr-Perlur est son prophète. o

Misérables imposteurs !

GÉRAULT-RICHARD

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