‹ Le chambard socialisteChapitre 388 sur 412 · AVENTURES DE DEUX PARISIENS · texte numérisé non relu

AVENTURES DE DEUX PARISIENS

Yilltil/ittiitre /‘tiirèr. — La maison du Jardinier, — J-es 'Ira.'' Parisiens. — L'apparition '.lu yarde-ehampêlru. — Xhsenca île passeports. — l’n brave hum me du maire. — Saucés en- '■i ire une fois. — Fuite sur les roulas. — Arrivée d T rayes. — l.’iiMitpation prussienne, — L'nuberye. — Un dinar d contre-cœur. — Récits (le table d'hôte. — Les lieux yendarmes. — Toujours pus de passeport.

... Ce que jo vais raconter ici est presque en entier du domnine de la comédie, .le nui du reste qu’û m'eu féliciter, et j'adresse, après vingt-trois «ns d'un ingrat mutisme, toutes mes meilleures félicita lions aux excellents fonctionnaires qui ont raté si minablemunt leur coup on me laissant passer de gré ou de force à travers les mailles de leur Met. Les péripéties de mon voyage d'un mois de Paris û Genève. à travers la France soumise au régime de l'étal de siège, n'intéressent à la vérité que moi. J'aurais peut-être pu les passer sous silence. Co n'est toutefois point pour le plaisir d'une misérable réclame que je consigne ici ces souvenirs déjà lointains. Ils donneront la note exacte do co qu'était la liberté et la facilité do voyager en 1871.

Depuis uno huitaine, nous étions, l'ami R--- et moi, admirablement installés dans une merveilleuse propriété, château, parc et dépendances. d'un petit village do Seinu-ül-Mnrne. la: propriétaire dudit ollàleuu, gros industriel parisien, nous avait offert In plus large ut lu plus courageuse hospitalité. Dante! il un fallait si pou pour être taxé de complicité, arrêté, emprisonné, jeté aux pontons, aux conseils de guerre, ut ousuito on nu savait on, que purniollru à deux fugitifs d'nbrlter leur pauvre peuu sous le toit d'uno chaut hretle, pouvait être considéré comme uu crimo de lése-modération, conduisant directetnuiit à tontes lus représailles, cl pnr cela même comme un ucle du •‘«Ut et estimable courage.

Nous logions chez le jardinier du château pour ne point éveiller les soupçons. Le jour, nous le passions dans celle prison superbe qui était le parc aux feuillages discrets, devisant dus jours de lutte, de la défaite, dos amis disparus, dont nous n’avions pas do nouvelles,., Lorsque, au cours de nos promenades, nous passions devant l'une

" "M'uis lesquelles se iiuroultut la campaguo, il nous vult Ue nous arrêter, d'attendre lu pussnge de quelque voyageur, nous lixait, étonné do voir, dans co pare vénéré, deux jeunes inconnus, fumant tranquillement leur pipe.

— Ce n'est pns prudent de vous mettre i un soir, nu souper, la tille du jardinier... l lage qui vous êtes,,. Je crois bien qu'on Parisiens...

Des Parisiens ! Etre « des Parisiens »! Cola si.riisalt pour êU'O ro- «ur.lv. on ces jours cruels, comme des liâtes touves, qu'il étnit bon do Iraquur et de livrer- sans merci.

N'avait-oii pas dit et répété sur tous les tons - cela n’avaU-il pas été a fti, -lie a la porte .le toutes les mairies - que res scélérals de Pansions avaient pille, brûlé, assnssiné, qu'ils versaient aux soldats dus breuvages empoisonnés, et mille autres histoires dont lu moindre valait la mort. Pas de pitié pour ces Parisiens maudits !

Eh bien! nous étions propres, l'ami B... et moi ! Bien sûr, cola allait mms arriver un jour, qu’un emballé du village, le soir, aux heures de causerie, sous le porche île l'église ou à la porto de la mairie, lèverait eu lièvre : Qui diable sont cos deux individus qui, depuis

jours, restent enfermés dans le pure du château ? Personne

les « jamais vus. Sûr. co doit être des Parisii eu qu'ils ont dans le ventre eos cocos-là !

su demande dans le vjldoute que vous êtes des

ht ils y vinrent, lus bravos gens. Du du moins, ils y envoyèrent le représentant le plus élevé du la magistrature do Jour village, qui du reste, nous allons le voir, remporta uno veste la plus mémorable quaitpa endosser un gardo-cltampèlre, sûr de sa prise et de sa victoire.

Une belle mutinée do juillet, nous étions attablés autour d'un déjeûner frugal, mais appétissant, quand la cloche de la grand’povte du château tint» doucement. Lu jeune fille se dirigea vers la cour pour ouvrir. Subitement, je vis les deux yeux du brave jurdinier qui me fixaient, avec un geste étonné. Je mu retournai. Au miliou de la cour, le képi vert à lu main, un homme que jo reconnus, que je sentis plutût être le garde-champêtre... Il causait à lu jeune fille, qui rentra aussitôt :

— C'est pour ces messieurs, dit-elle au papa.

Le jardinier et sh fille — lus bravos et excellentes gens, comme je voudrais les revoir — étaient dans le suerai. L'asile nous avait été procuré par l’intermédiaire de A.... mon compagnon dans |it r„»c<bru journée passée a la cour martiale du Luxembourg, A,., hubiluit le pays voisin ut connaissait de longue date le monde du château.

— C’est le garde-champêtre, reprit la jeune fille, qui vient demander les papiers de ces messieurs.

Lus papiers! nos papiers! Ni l'un ni l'autre n'eu possédions de ces paillera . Pour la première rois insurgés, nous n'aviou» pas eu la précaution élémentaire de songer d'ftvnnço à la fuite possible, au moyen do plisser la frontière. Bien d'autres, que nous rencontrâmes plus lard, » étaient approvisionnés d'avance d'un élat.civil acceptable. Mais, lus jeunes, qui diable de nous y avait peu»''? Ou /était juté

on. nous y étions ailes do notre voyage, La défaite nous avait h-m. vus tous, pauvres cigales imprévoyantes, sans passeport, et sans précautions d'aucune sorte... ««iwris et sans

Dans lu cour, le garda- champêtre stationnait.

- V ous ne venez pus prendre un petit verre? lui cria par la funét,,, lu jardinier, se faisant une figure joyuuse, qu'il n’avait u»pI„s

l excellent homme. Dupuis huit jours, nous lui avions raconté les mas'

- Non, non, répondit le champêtre. Qnand ces deux messieurs •>„

roui fini, nous partirons à la mairie. messieurs au-

rsa?* iJStrst

Ce o il vient de Paris » me serra le muir l„ ...

dus ordres formels pour interroger partout les étrangère, u'clmmuè' Ire avalt-il etc aux renseignements, ou simplement la curiosilé l'aviït’ elle pousse a ce voyage dans tous les cas significatif? 81 '

Nous avions terminé notre repas.

rie- Vpm>r m,â' "i"' m°' du «oTu identité i, |« mai-

no - Four moi, je ne dis rien... D’ici û notre arrivé,. -, r,LV..‘ii nous avons le temps de réfléchir ^ '‘.isaillog.

Et se levant :

rie. . ^G’es^Tmî'air^du^Inq^niînates.'*118 "'US à ‘a mai-

ie

Nous partîmes loua lus trois. Avant de passer le seuil de celle mai son hospitalière, je jetai un dernier coup d'u.il sur ]a LmT ,

était1 à* sa pluce^imm'obUe.8*8!^ ij1u«tm''flËMoarnS|]uMP. ra ia,'‘Ji"ie'' larmes!^ braVl,SÏU,,S

- Voiià les doux parisiens, semhl.it dire tout le monde Ils sont avec le garde-champêtre. Certainement, il les a arrêtés ‘

Icvillaeê'll él^ilT: " Sl; SCnl:li' la P"i»‘ de ..lire de tout

“d®' cl'"1 'd tiiomphateur du jour, Aujourd’hui, il se aurait

— Oui, ils vont, viennent, discutent, gesticulent, se font face, se tournent le dos... Ça n'a pas l'air de glisser tout seul !... t Turrel (sortant d’un rêve). — C’est qu’ils ne savent pas s y prendre.

Rf.inach et Deschanel (ensemble). — Vous dites ?

Turrel. — Je dis que les socialistes sont des canailles, et que Casimir est un brave homme.

Reinagh. — A la bonne heure. Mais, veuillez m excuser, mes chers ainis, je cours confesser mes trois personnages, et leur mettre un peu de baume dans le cœur...

Turrei. (qui a mal entendu les derniers mots). — Heureux homme!... Que ne puis-je. t'imiter !

. .. -J. SOK.NF. II

Reinach! ’LÏiiajpSr Maurice I \i m . Trouillot

Reinach (avoc.son sourire le plus gracieux ou le plus hideux, au choix). — Ch ilien, mes chers adversaires, que dites-vous des débuts deA notre président?

Locrroy (embarrassé). — Euh!

Reinach (avec volubilité). — N’en dites pas davantage, allez. Je connais vos raisons et vos hésitations et vos perplexités... Parbleu ! vous avez été de l’opposition autrefois, sous l’Empire!... Mais entre quatre-z-yeux, avouez que ce n’était pas si dur qu’ aujourd’hui... Vous avez des scrupules. « Toucher à la presse, semblez-vous dire, à la presse qui a lait notre fortune à tous tant que nous sommes, les vieux radicaux : à la presse, qui a été le graud levier de la civilisation et du progrès! Que d’autres le fassent, mais pas nous! >* En voilà de la belle foutaise ! Affirmez-vous tout de suite socialistes, alors... Maurice Faure (l’interrompant). — Pourtant...

Reinach. — Pourtant quoi ? Vous êtes tous de la presse, n’esl-ce pas? Eh bien, et moi. est-ce que je n'en suis pas de la presse... Je me flatte d’en Être...

Lockroy. — Croyez- vous que ce soit réciproque?...

Reinach (pas vexé du tout). — Si vous croyez que cela mu préoccupe! Je fais tranquillement ce que je crois devoir faire, au mieux de mes intérêts. On nous menace de nous arracher les quatre sous que nous ont légués nos pères...

Tw.iuh.lot (à part). — Et les millions de nos beaux-pères... Reinach. — ... Nous nous défendons. D'ailleurs, si vous votez les lois, c’est déjà une garantie qu’elles ne vous seront jamais, appliquées... Et je crois que celte première satisfaction n’est pas à dédaigner. . .

Lockhoy. — Le fait est...

Trouillot.1 — ... Il suffirait en somme de trouver une

' ^ALuTu'r.E Faure. — ... Auprès de nos électeurs.

Reinach (triomphant). — Et c'est si facile! N'iivous-uous pas l’anarchie, cette excellente, celte délicieuse anarchie!... (R voit ses interlocuteurs hésiter, faiblir). Alors, c’est dit, n est-ce

^Tots les' trois ensemble. — Plutôt deux fois qu’uue.

Lockroy (lorgnant les mains couvertes de bagues du juif). — -Vous saurez recéliiiaître notée sacrifice.

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