‹ Le chambard socialisteChapitre 402 sur 412 · ÉTRANGES PÉRIPÉTIES · texte numérisé non relu

ÉTRANGES PÉRIPÉTIES

fait les guerres il ’Afriquo — m'en voudra bien nn peu d’avoir démoli sa colonne, mais, le premier moment de mauvaise humeur passée, il m.'aimo trop pour ne pas se dévouer corps et âme à notre évasion.

— Parfait, dit B... Mais, d'ici an Jura, on nous demandera encore nos' papiers. A table d'hôle, tout â l'heure, un voyageur racontait quo. sur le parcours do Paris à Lyon, on avait visité deux fois le train, et emballé tous ceux qui n'étaient pas en règle.

— Eh bien ! nous verrons, repris-je. En attendant, l’express est à dix heures. Déguerpissons rapidement.

Nous nous dirigeâmes vers la gare. La pluie tombait. Les rues de la ville avaient un aspect sinistre. L'express n'était qîi'à minuit. Pendant deux heures, les cafés élant clos, il nous fallût battre lo pavé, raser les arbres dos promenades, croisant à chaque pus nne hnrrd'e de soldats on gognetto, ou nne patrouille dont nous voyons luire au loin les eanons dos fusils et resplendir les casques.

Encore nos passeports. — ï/tiffubre partie de billard. -L'e.rpross pour Mie. — Patrouilles prussiennes. — l'honnête nàld. — Chaumont! cinquante momies d’arrêt! — Gendarmes et commissaire. — Montres vos -papiers. — Descendes du train. — Sauvetage mh-aeuleux. — Sous ta banquette. — Réflexions égoïstes. — Auxonne ! — I.e faux oncle de Déile. — En roule pour Poligny. — Te voilât, animal !

— Le spectre de la colonne. — A l’abri des gendarmes. — Derrière la porte vitrée. — L’escogriffe. — Coup de théâtre.

— Apparition de V ami B...

Nous nous lovâmos de labié, subitement rassénércs. Notre joie devait, hélas! être de courte durée. Nous avions projeté, B... et moi, d aller faire un. tour en ville avant de rentrer ù l'hôtel. J’avais hâte de voir de mes veux ce qu'était l’occupation prussienne, dont je n’avais fait qu'entrevoir ln parade. Quelles figures faisaient ces geus-là le soir à la luour des becs do gaz, autour des tablos do café, côte a côte avec' les habitants? Nous passions devant le bnreou de l'hôtel, prêts à franchir le seuil, quand In voix du patron nous liêla :

— Ces- messieurs voudront bien me montrer leurs passeports?

Et quoi! Encore ces maudits passeports ! On no peut donc ni voyager, ni se reposer, ni dormir, sans avoir imprimé sur la face lo timbre-de la police...

— Oui. oui, en rentrant, répondis-je. Nous allons faire une partie

de billard.,

Notro tranquillité de consternation. La partie un café isolé, craignant hreusos où nous pouvior soldat prussien fqmail i bière, muet, bien étrange plans de. départ que non

tout à l’heure s'était changée en une noire de billard fut lugubre. Nous avions choisi désormais les lumières, les sociétés noffis être reconnus. Le café était vide. Seul, un no Iqnguo pipe, accoudé dovant un vorre de r certainement iVnos préoccupations et- aux faisions en poussant mnelliiialbinenl les

— Il nous faut prendre le prochain train, dis-je subitement à B:.. Nous filerons sur le Jura, à Dôle. J'ai là un oncle, qui nous recevra, en attendant que nous puissions passer la frontière, toute proche. Une quinzaine de kilomètres. La vieux soldat — mon oncle avait

Minuit. Nous avons pris place dans un compartiment de premières. Pour ressembler à de bons et pacifiques voyageurs, j'ai acheté au buffet un pâté, que je mots bien en évidence. Allez donc prendre pour un insurgé un bon bourgeois qui voyage on premières et qui emporte un pâté! Le sifllet de la locomotive fond la nuit. Nous arrêtons. Moment d’anxiété. Rien. Deuxième station, rien encore. Troisième, toujours rien. Le jour commence à poindre. Il se lève enfin tout a fait. Je consulte l'indicateur. La prochaine station est Chaumont. Dans un quart d'heure, nous y sommes... Le train ralentit...

— Chaumont ! Chaumont !

Je passe la tète à la portière. Le train est arrêté à quelques cents mètres de la gare.

— Chaumont t Chaumont! Cinquante minutes d'arrêt!

Pourquoi ces cinquante minutes d’arrêt ? Et, comme un éclair, lu

perquisition passe devant moi. A peine ai-je en le lomps d’y songer

— Messieurs tes voyageurs, prépnrez vos passeports !

— Colle fols, nous y sommes, dis-je â B...

Je regarde de nouveau par la portière. En tète du train, un groupe de cinq â six personnes, dont doux gendarmes. Ils no viennent pas. comme la- veille STIiôtel, prondro leur mazagran ! Un homme en noir tient lo premier plan, il se relourno. et je vois, autour de son ventre, flamboyer — car elle flamboya à mes yeux — la ceinture tricolore. Plus do doute, Dans cinq minutes, le commissaire est sur notro dos, et. à partir de ee momont, nous sommes ses prisonniers.

Je suis du regard les perquisitiouneurs. Un des gendarmes ouvre le compartiment, s'v introduit. L’antre fait faction a la porte. Le commissaire, que son éoltarpe aocroche au rivage, attend. Je vois descendre un, deux voyageurs... Piiis le gendarme, qui a fini son irtspoction. Il dit quelques mots au commissaire, on montrant les voyageurs dosccndus. Le commissaire s'adressa ù ces derniers, semble les interroger rapidement. Puis le groupe so dirige vers lo compartiment voisin, où lo gendarme renouvelle son matiègè...

.l'explique cola â B... Notix causons- dbpuis Cinq minutes, quand notVc porte s’ouvre. C'-ost le gendarme.

— Messieurs, nous dit-il très poliment, veuillez rée montrer vos papiers. C'est fa règle...

Et voici quo nous sortons, cornrno devant lé matée (Te- Ta pétïfé commune que nous avons quittée la veille, nos papiers, nos lettres, bref, rion d'utile ou de sérieux.

— Vous n’avez pas do passeport?

— Ma foi non. réponds-je. Voici nos liilTefs. Nous avohs pris Té team n Troycs â minuit, appelés à DÔTo jSa'r' üu deuil' de fàimlïe... Nous n avons pas ou le temps d'aller a la préfecture... U nous fàiVt absolument être à Dôle cè soir... Noii's n'avôns même pas dîné...

Et je jette un regard vers le pâté.

Mais rien de cela no suffit au geni

porte,

- Des

s dit :

, qui, se dirigeant Vi

doz, messieurs, vous vous expliquerez a- ...... pourrez peut-être reprendre ce train, ou

... M. lo commissaire comprendra très bien...

CM. le c<

Et je vois le large dos bleu et blanc du gendarme, qui d'abord’ bouche complètement la portière, s'abaisser vers là voie éf dïspàrui'tro, laissant libre la porte... Plus quo cos doux marches à descendre',., avant d être prisonnier, celte fois pour tout do bon. Ficlin's" passeports, va... 1

Ici so place l'un des plus extrordinaires épisodes de cfltto fuite plus qu étrange, où je rencontrai tous les dangers et où j’érhnppâi ir (ou*, je ne suis par quel inexplicable et persistant hasard.

Mon ami B... qui occupait lo eoin voisin de la porto ouverte sb mit en devoir de descendra sur in voie. Je lo vis-ipii mettait lo pied sur le trottoir, tonant encore la poignéo do la portière. Je suivais lentement et j'allais moi-mêmo entrer daris ce vide au fond' duquel, à un mètre au-dessous, était pour moi lo consoil do guerre et lo bagne, lorsque, violemment, la porte du compartiment so referma.-

Je restai comme anéanti, . . Mais, alors'. . . je' ne descends' plus.

C est par hasard que lo gendarme a refermé... Il m’a' cru- descendu., El, brusquement, la ponséo me vient qu'il peut reconnaître son erreur compter ses prisonniers... 11 en trouvera un de moins... II va revisiter les compartiments... Mais, il sera pressé. Il se contentera do monter sur les marchepieds et de regarder par la vitre... Je suis' seul dans le compartiment.. . Si je mè cachais, là. soüs la Banquette... DË collé façon, il' croira quo le compartiment est vide.

EL' je me glisse sotls' lu banqnolte. Comment diable ai-je iliil uoùr m introduire dan* celte niche étroite? Souvent, depuis; j'ai examiné ce recoin, et jo me sois posé celte question'. Ce que c'est que la lutte pour la. conservation personnelle! Bref, j?y çlüis bibii. sous la bàuquelle, là garniture eif étoffe dé crin blanc rabaissée; ot le gendarmé fut il avisé do regarder pur la vitre, qu'il n'eùt vu aucune parcelle

do

-a être. .

Passa-t-il. le gendarmé? Je ne l'ai jhrhnis su. Très probablement on. (,o qùo j en Os. dfcf réfflixioub, sotte celle banquette, pendant les uarnnte minutes que dura mon incarcération forcée! Je songeais â Joie voyais, suivant, mélancoliquement- lo groupe; interroarrêtes, s'expliquant' avec le commissaire'.,.

géant les figures de si

êtes-vous avec les anarchistes? Vous savez que nous comptons absoment sur vous, monsieur le gendarme !

— Peuh! les anarchistes I Ça vous intéresse encore!

— Mais, beaucoup !

— Foui, beaucoup ! La Bourse s’en inquiète de plus en plus.

ARTHUK

— Tant pis, car cela ne nous occupo guère, nous autres.

— Comment cela?

le comte de oanàyqhe, reparaissait I avec Iqfprincesse.

■ Et les nouvelles lois, alors?

- Les nouvelles lois? Ah ça? Etes-vous à ce point naïfs? Vous maginez-vous qu'on bouleverse le code, qu’on active la chambre et qu’on objurgue le Sénat pour mater simplement quelques douzaines d’anarchistes? Croyez-vous que ce soit pour cette poignée de gens à bombes et à couteaux qu’on invente la relégation et qu'oa parle d’édifier des prisons et d'aménager des Calédonics nouvelles ? No voyezvous donc pas les piteux résultats auxquels on arrive, avec cos obsédants compagnons? Le Puybaraud que nous avions chargé do machiner un grand complot, est arrivé tout juste à ceci, après trois cents arrestations et cent cinquante passages à labac: Traîner en cours d'assises vingt-huit soi-disant associés malfaiteurs, pas un de plus! Vous avouerez que c'est maigre. Non, voyez-vous, l’anarchie est finie, bien finie, en tant que moyen de gouvernement.

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