DEUXIÈME ESPÈCE
Attendu que le nommé Z... en passanl [ires des magasins du Printemps s'est écrié en s'adressant a l'ami qui 1 accompagnait : « En v’ià un étalage, çà donne envie de rnottro la main dessus ; toi qui es déluré, vas-y ! » :
Que ce propos est reconnu exact par l'inculpé lui-même qui tombe ainsi sous le coup de l'art. 2 do la nouvelle loi pour incitation an vol :
Attendu que Z... prétend qu'il parlait do la poitrine d’une damo qui passait cl qu'il engageait son ami à mettre la main sur « cet étalage n :
Qu'outre la grossièreté du propos, la réalité des faits est contraire à une pareille interprétation :
Qu'en effet, la seule dame qui ait comparu devant le Tribunal, en chambre du Conseil, comme se trouvant auprès du nommé Z... n’a reçu do la nature que la place nécessaire pour supporter des seins,
Qa'ainsi la prétention de l'inculpé est mensongère et dénote pour son fige une connaissance vicieuse d'un sexe qui n'est pas le sien :
Par ces motifs :
Condamne à 3 mois de prison .
Fripouilles de qualité
Avez-vous remarqué combien, depuis quelques semaines, les Monsieur X.... les Madame X..., les mademoiselle Y.... abondent dans les colonnes des journaux quotidiens? Ces initiales discrètes cachent toujours quelque personnage calé, quoique fonctionnaire, quelque gaillard ou gaillarde apparenté Haut.
Quand il s’agit d’individus du bas peuple, de « gensses du commun », commeditla charcutière d’à coté, ou écrit en toutes lettres les noms et prénoms : « La Fille Françoise Denis »,
« la femme 1 lésirée Leblond », « le nommé Guillaume Flouchard, dit le Rouquin ».
La dame Gertrude V..., la demoiselle Sophie P..., le sieur Alphonse M... appartiennent à la moyenne classe, celle des patentés, rentiers, petits bourgeois. On peut avec certitude juger du rang social des héros d’un « fait-divers » selon qu’ils sont désignes en abrégé ou tout au long.
A la vérité, quand l'affaire est d’importance et la température chaude, le secret transpire bientôt. M. L..-. se complète en Max Lebaudy, dit. le Petit Sucrier ; le « gentilhomme d’illustre famille » perd son incognito protecteur et devient M. le duc de Talleyrat) d-Périgord .
Ce qu’il y en a, de genlishommes en fâcheuse posture! Un marquis de Nayve, ayant -'.épousé riche demoiselle avec tache (slyle des agences înâquérjjfnoniales) est arrêté pour avoir lavé ladite tache dans l’epu dora mer, bn y précipitant son beaufils trop tôt né.
Vous vous souvenez de cet autre hidalgo qui pour se venger . de ce que l’institutrice de ses enfants refusa de lui donner des leçons du langues vivan les, en tête-à-tête pari iculier, l’accusa d’infanticide.
Il y a présentement sous les verrous, pour escroquerie, deux jeunes messieurs d’excellente famille.
Un fils Canrobert figurait dans un procès de police correctionnelle, fort vilainement; son frère fut, l’au Ire jour, pourvu d’un conseil judiciaire.
Un abbé vient d’être condamnéà mort pour deux assassinats et plusieurs vols.
Un sieur Philifrip >n ou Philipon, député ministériel, était, hier, par devant le tribunal civil de Lyon, convaincu decapta- •tiou d’héritage.
Dans ces derniers temps, la police a aussi fourni son large contingent d’initiales suggestives.
Le dernier X... est un ingénieux officier, de paix qui pratiquait avêc sérénité le l'auçonnement et le chantage.
Avant celui-là, G..., J..., P..., R... étaient inculpésde constituer à eux quatre une jolie association de tire-laine, opérant notamment sur la bonue galette des fonds secrets. Informations prises, G... s’appelle Gorou, ex-c'nef de la Sûreté, rabaissé aux 'onctions de simple commissaire de police de quartier. J..., P... et U... ne sont autres que Jaunie, Prince, Rossignol, mouchards très Torts dans l’art de la réclame, qui ont été brusquement mis à la retraite.
Singulière coïncidence. Juste en même temps qu’une guerre sans merci est déclarée aux socialistes et aux pauvres hères, on constate dans le camp dos défenseurs de lu morale, de la propriété, de lu famille, une proportion de fripouilles plus considérable que jamais.
La Maison des Fous1
Depuis lo commencement du débat sur la loi d’excoplioft destinée à assassiner les dernières libertés qui lions restent, un inquiétant vent de folio souffle dans la salle des séances , Les trois Cents aliénés du contre, complètement désorientés, évoluent, tournent et virevoltent comme des girouettes, derrière l’énormité niaise et prétentieuse de Dupuy.
Celui-ci, toujours content de lui, accnmulo les impairs sur les gaffes. De lomps à autre, il est secondé dans cette besogne, si profitable au parti socialiste, par le fat Lasserre et par l'ignare Guérin.
il y a déjà longtemps que ln séance est ouverte, et bien que lo fauteuil présidentiel ne menaoo pas de s’elVondrer sous l’immense pétard du ministre-hippopotame, elle prend la liberté de continuer.
Reinach, rivé à son banc comme à un pilori, essuie ' du revers de sa manche les crachats dont les divers oratours pat couvert son blême et simiesqne faciès.
L'inénarrable et compatissant Charles Ferry s'approche de lui ol tente.de le consoler.
Chaules Fehkv. — Mon pauvre ami, comme vous voilà fait!
REtXACH. avec un sourire qui laisse apercevoir ses dénis de carnassier.— Soyez tranquille, ami: ils m'ont fait... mais je les referai.. .
Chaules Feu n y. — Alabonne heure IJ'iiiiuo à constater que les pires injures no sauraient vous atteindre, el que vous voua inspire/, avec fruit des grands principes de votre vénéré beau-père.
Rr.îxv:rr. — Ces ignobles individus de lu gauche croient me blesser
qu'ils ne sont pas assez malins pour me faire rendre ce que je . leur
Chaules Fi: un y. — Allez, tout cola se passera comme un orage de chaleur. . .
Reisach. — il m’aura un peu grêlé dessus, voilà tout.
Charles Ferry. — Mais aussi, quand votre majorité aura voté la loi que vous avez imposée au gouvernement, quand ces canailles seront déférées aux bônnes volontés de vos Bidault et de vos Toutéo. . .
Reinach, féroce. — Oh ! alors !...
Un orateur, à la tribune. — Oui, messieurs, je dis que nous pataugeons dans le gâchis, que nous nous vautrons dans l’obscurité, que nous nous noyons dans un océan d'incohérence,
L'orateur. — L'article 2 de votre loi. rend inutile l'article premier, qui do sou côté su trouve en contradiction avec l'article 3. Pouvez-vous nous prouver que ce n'est pas là du galimatias, de la folio ?
Lasserre, d la tribune. — Voilà plus de cinq minutes que jegrillo littéralement do le faire... Messieurs, votre commission. . . Mâchicoulis, cathédrale et ministère. . . d'ailleurs... n’ est-ce pas .. . ro'enlendez-
Lk chœur les Eeisachtess. — Ah ! très bien, très bien !...
Lasserre, continuant "a milieu îles rires inextinguibles i/o l'ex-
il} C'est du Palais-Bourbon qn'il s'agit; il i
peut-être superflu de
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SOUVENIRS D'UN VIEIL INSURGÉ