LE CHEVAL DE FIACRE
11 va, cassé, la tête basse,
Et, sous son éternel harnais,
L’allure éternellement basse,
Vers un but qu’il n’atteint jamais.
11 va, pour le bonheur d’un maître Exécré — toujours malmené.
Toujours en route, esclave-né Du kilomètre.
Ses traits liment son corps rendu...
Et lui, sans pousser une plainte, Cherche, d’un effort éperdu,
A s’affranchir de leur étreinte.
Mais quand même, il marche... sou sang Rougit le licol qui l’égorge;
Un râle de soufflet de forge Gronde en son flanc.
"Ivre de chemin, s’il fait mine De reprendre haleine un moment,
Vite le fouet, sur son échine,
S’abat, impitoyablement. . .
Et clic ! Et clac ! Avance ou crève !
Butant, écornant tes sabots,
Miuvhe encor, toi, dont le repos Est le seul rêve !
Enfile une avenue, un cours,
Longe un quai, traverse une place,
De boulevards eu carrefours Promène ta vieille carcasse,
Marche encor !... J tisqu’à ce qu’un soir Un accident béni t’amène Au seul terme de toute peine,
A l’abattoir!
H. Lencoü.