TAS DE COQUINS
J.-B. Clément a mis dans le refrain de sa vigoureuse chanson toute la moralité des faits et des hommes de ce temps. Partout, règne la coquinerie, avec les coquins pour prophètes.
Quand ce n’est pas le mensonge effronté, souriant, qui s'étale au jour nébuleux de la politique, nous voyons éclater des scandales inouis de concussions, de trafics, de pillages, de vols. On ment aux Français pour mieux dévaliser la France.
N’allons pas chercher nos exemples bien loin.
La -semaine dernière, le gouvernement propose aux Chambres de convertir la rente 4 1 [2 ()|() en rente 3 lj2. L’opération fournit un bénéfice de 67 millions. Au nom du groupe socialiste, Jaurès réclame cette sorti me pour les agriculteurs, que les lois de famine chères à Meline devaient protéger et qu’elles ruinent. C’est le moment ou jamais de prouver que la République sait tenir ses promesses. Depuis vingt ans l’agriculture sert de vache laitière à la réaction économique. Royalistes, orléanistes, centregauchers, opportunistes l’exploitent à l'envi. Toutes les élections autisocialistes se fout par elle. C’est en son nom que les lois ouvrières sont combattues et anéanties. C’est elle qu'on oppose à la démocratie des villes.
•Quand nous crions aux gouvernants: Pensez aux ouvriers ! Ils nous répondent : N’oubliez pas les agriculteurs !
En somme ils trompent les uns et les autres. L’intervention de Jaurès l'a clairement prouvé. Après son discours la Chambre affecte les 67 millions de la conversion aux besoins agricoles. Survient le gouvernement, qui, par la bouche de Casimir Périer, les réclame. poi'ir un emploi indéterminé. Qui l’emportera dans la sollicitude des majoritards, des paysans ou du ministère?
C’est le ministère dispensateur des sinécures, des fonds secrets et des honneurs. Les paysans repasseront. Polir le moment on leur promet de faire moissonner leurs fils sur les rivages lointains de Madagascar. Cette perspective doit les indemniser des moissons qu’ils ne récoltent plus.
Voilà le mensonge.
Passons aux vols. Nous sacrifions annuellement un milliard au budget de la guerre. Où va cet argent ? Réponse : dans la poche des voleurs. Les magasins doivent regorger de biscuits et de blés. Un œil indiscret s’y glisse : rien ! La flotte doit être prête à toutes les éventualités. Le même œil l’inspecte avec la même indiscrétion. Que voit-il ? Des bâtiments condamnés au naufrage, non armés ; des torpilleurs qui sautent.
L’opiuion publique s’inquiète, les journaux se scandalisent. Des députés menacent d’interpeller.
— Attendez dit le gouvernement ! nous allons procéder à une enquête.
On counait maintenant les enquêteurs ; ce sont les enquètables: Tel un caissier infidèle que le patron chargerait du contrôle de sa comptabilité.
L’opinion s’endort; les journaux se taisent; l’interpellation s’arrange avec le ministère. 11 faut nommer cet homme, mercantl politique, troquant son devoir contre un portefeuille, trahissant sou parti pour une place de vice-président. C’est le jjitf Lockroy. Casimir Périer, a passé scs scrupules patriotiques avec je ne sais quel baume.
C’est encore aux députés socialistes qu'il faudra demander la lumière sur ces trahisons. Ils la feront, je m’en doute pas.
Partout ailleurs, la trahison, le vol, le mensonge. On fait avaler aux paysans des couleuvres et l'on tient cette nourriture pour suffisante. On jette l'anathème aux socialiste, on les accuse d’antipatriotisme et leurs accusateurs, eommé Périer, comme Lockroy, comme tous les politiciens conservateurs, opportunistes ou radicaux, acceptent le pillage des fonds, de la défense nationale, la trahison des fournisseurs et des chefs; quand ils n'en sont point les complices. Leurs appétits monstrueux digèrent les pires iniquités et les plus gros traitements. Ils digéreraient la nation entière si elle n’y mettait ordre immédiat.
Ces coquins méritent le jugement de Chateaubriand ; après avoir déshonoré un régime, à force de crimes, ils en sont à déshonorer leur crimes mêmes.
Gérault-Richard.
Su bout du Pont
l.a Chambra vient d'inaugurer le régime îles grandes commissions. Jamais on ne nio fera croira que les députes chèque rds se contentèrent jus— qu’ici d’en loucher dos petites.
— L’ancien cnirassier de la Vierge Marie — les cuisinières se contentent d’un sapeur — M. le comte Albert de Jlun, a été réélu député dimanche dernier, par les électeurs de .Morlaix. Le papo est contonl, la Vierge Marie est contente, le Saint- jfsprit également, toul le tonnerre de dieu, quoi ! On a illumine au Paradis. Si on avait au moins illuminé nn tout petit peu
— .M. Spullor vient d'étre atteint d’une affection rhumatismale. Je croyais qu’il n'en avait que poiir^ la bière bavaroise et (a choucroute de même
— Le gouvernement a saisi la Chambre d’un projet do loi relatif au recensement des pigeons-voyageurs. L’éminent tripolier de Monte-Carlo,
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l’ôlqpioral aux femmes en1 matière commerciale. Encore une aubaine âW bourgeoises. Quant aux ouvrières elles attendent toujours le droit de nouliner leurs tribunaux corporatifs.
— Quand il s’est agi do fixer la date do l’interpellation de mon ami Clovis Hugues sur les procédés scélérats et gouvernementaux de llayita'l, Turrel, l’ineffable ’l'urrel a demandé qu’on ja rêeulat S un mois.' Cèt Stjjju mal hl veut toujours rerhfer, pour que ça enfonce mieux, sa'ns’dolile.
Malgré les efforts de èé1 fessc-Matliiou.' la Chambre a décidé 'd’entendre jeudi le réquisitoire do Clovis Hugues contre llaynal et ses complices. Turrel s’y prend décidément trhp mal 'pour mettre dedans les jeunes 'députes.
— Grand rataplan patriotique, lundi dornier au sujet de Madagascar. Vote d’un ordre dut jour invitant le gouvernement à faire respecter le drapeau... C’est une guerre rfui sa prépare. Voilà plus de deux ans que las piqiie-assîetles des colonies réclainérft celte' expédition. Encore Iles nmrcjiës
lui homme qui donna -jadis dos preuves de rapacité, à qui l'on doit la pacification de l’Indo-Chine et l’annexion pacifique de Tahiti, M. Chossê, a dit à un rédacteur de la Petite RepiibUiiiie qu’nn diplomate habile el énergique pourrait remètlre les choses en l’état sans fusils et sans canons. Encore un mauvais patriote qui veut épargner le sang de ses coiifpiiJijOles 61 èriipèclier'les marchands de patriotisme de faire leurs petites affaires.
— On assure que Casimir-Mur songerait à enlever son portefeuille à jlaynal. Mauvaise! affaire, car malgré son habileté juslomimt célébré,
“Rimes soaiftL-isTes