III. — Djoumane
Il est difficile de fixer la date à laquelle fut composé Djoumane. Dans une lettre du 2 septembre 1868, Mérimée écrit à la première Inconnue :
« Pendant que j'étais à Fontainebleau, il m'est arrivé un accident assez étrange. J'ai eu l'idée d'écrire une nouvelle pour mon hôtesse, que je voulais payer en monnaie de singe. Je n'ai pas eu le temps de la terminer; mais, ici, j'y ai mis le mot fin, auquel je crains qu'on ne trouve des longueurs. Mais le plus étrange, c'est que j'avais à peine fini que j'ai commencé une autre nouvelle... »
La suite de la lettre montre clairement que cette autre nouvelle, c'est Lokis. La première n'est ni // Viccolo, écrit en 1846, ni la Chambre bleue, qui date de 1866. On peut donc penser qu'il s'agit de Djoumane ; c'est peut-être, en effet, la seule nouvelle de Mérimée à laquelle il soit possible de « trouver des longueurs ».
En l'absence de toute autre indication, il est donc permis de supposer que Djoumane fut achevé en 1868.
Mérimée s'intéressait à l'Algérie depuis longtemps déjà. Vingt-quatre ans plus tôt, il devait y faire une tournée pour inspecter les monuments historiques. Il écrivait de Paris à l'Inconnue, le 19 août 1844 :
« Il est tout à fait décidé que je partirai pour l'Algérie du 8 au 10 du mois prochain. Je resterai ou plutôt je courrai çà et là, jusqu'à ce que la fièvre ou les pluies viennent ui'interrompre. De toute façon, je ne vous re
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verrai qu'en janvier... Pendant que voua apprenez le grec, j'étudie l'arabe. Mais cela me semble une langue diabolique, el jamais je ne pourrai en savoir deux molli surgit un contretemps, raconté dans une lettre du
14 septembre 1844 :
« Tout était prêt et nous allions partir aujourd'hui, quand est venue une bourrasque qui a jeté nos projets au vent. Il y a conflit entre la Guerre et l'Intérieur. La Guerre ne veut point de nous. Nous restons ou, pour mieux dire, je ne vais pas en Afrique. .)<• vais passer une quinzaine de jours en courses, et je reviendrai à Pari-. A part la vexation qui accompagne tout le projet avorté et le regret très vif d'avoir employé deux mois à apprendre un tas de choses inutiles, j'ai pris mon parti avee la plus grande impassibilité. »
Quinze ans plus tard — songeait-il alors à compost Djoumane? — il voulait se documenter sur l'Algérie. Il écrit, le 12 décembre 1850, à M. Clerc de Landresse ' :
« Vous seriez aimable de dire à M. Dumont que je lui serai obligé de m'avoir la Grande Kabylie, les Chevaux du Sahara et les autres ouvrages sur l'Algérie du général Daumas. »
L'année suivante, comme l'Inconnue t'ait un voyage en Algérie, Mérimée espère tirer d'elle des renseignements. 11 lui écrit le 7 octobre 1860 :
« Je comprends fort bien l'éblouissement et l'intérêt que doit avoir pour vous la première vue de la vie orientale. Vous dites très bien que vous trouvez à chaque pas des choses bouffonnes et d'autres admirables. Il v a en effet toujours quelque chose de bouffon dans ces Orientaux, comme dans certaines bries étranges el pompeusi que nous voyions autrefois au Jardin des Plantes. De-