XXVI INTRODUCTION
camps a fort bien saisi cette apparence bouffonne, mais il n'a pas rendu le côté très grand et très beau. Je vous remercie beaucoup de vos descriptions, seulement je les trouve un peu incomplètes. Vous avez eu le rare privilège de voir des femmes musulmanes et vous ne me dites pas ce que je voudrais savoir. Font-elles en Algérie, comme en Turquie, une grande exhibition de leurs appas? Je me souviens d'avoir vu la gorge de la mère du sultan actuel comme je vous ai vu le visage. Je voudrais encore savoir quel était le caractère des danses que vous avez vu danser, et s'il était modeste, et, s'il ne l'était pas, dites-moi pourquoi. »
Mais l'Inconnue ne s'exécute point, et Mérimée insiste, le 16 octobre :
« Vous m'avez promis une description exacte et circonstanciée de quantités de choses intéressantes que je ne puis voir. Grâce aux privilèges de votre sexe, vous pouvez entrer dans les harems et causer avec les femmes. Je voudrais savoir comment elles sont habillées, ce quelles font, ce qu'elles disent, ce qu'elles pensent de vous. Vous m'avez aussi parlé de danses. Je suppose que c'est plus intéressant que ce qu'on voit aux bals de Paris ; mais il me faudrait une description un peu détaillée. Avez-vous compris le sens de ce que vous voyez? Vous savez que tout ce qui se rapporte à l'histoire de l'humanité est plein d'intérêt pour moi. Pourquoi n'écririezvous pas sur un papier ce que vous voyez et ce que vous entendez? »
I/Inconnue donne enfin des explications; mais elles ne satisfont pas encore Mérimée, qui écrit le 24 octobre suivant :
« ... Je vous remercie des descriptions que vous me donnez, qui auraient cependant besoin d'un commentaire perpétuel et d'illustrations, particulièrement en ce qui
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concerne les danses des natives; d'après ce que vous me dites, cela doit ressembler un peu aux danses des gitanas de Grenade Il est probable que les intentions sont les mêmes et que les Moresques représentent les mêmes
choses. Je ne doute pas qu'un Arabe du Sahara qui verrait valser à Paris De conclût, el avec beaucoup de vraisemblance, que les Français jouent aussi la pantomime. Quand on va au fond des choses, OU arrive toujours aux mêmes idées premières. Vous l'avez vu lorsque vous étudiiez la mythologie avec moi. Je n'admets pas du tout la timidité de vos explications. Vous avez assez d'euphémismes à votre disposition pour tout dire, et ce que vous en faites n'est que pour qu'on vous prie. Allons, exécutez-vous dans votre prochaine lettre. »
11 insiste encore le 1er novembre 1860 :
«... Vous ne m'avez donné que des croquis des mœurs algériennes, je voudrais des détails et très précis. Je oe conçois pas pourquoi vous n'entreriez pas dans toute» les explications que je vous demande. Il n'y a rien que vous ne puissiez me dire et, d'ailleurs, vous êtes justement renommée pour l'euphémisme. Vous savez dire les choses académiquement. Je comprendrai à demi-mot; seulement, je voudrais des détails; autrement, je ne saurai que ce que tout le monde sait. Je voudrais savoir tout ce que vous avez appris, et je suis sur que cela vaut la peine d'être dit. Je vous félicite de votre courage si vous apprenez réellement l'arabe ; il en faut beaucoup. J'ai mis une fois le nez dans la grammaire de M. de Sacy et j'ai reculé épouvanté. Je me rappelle qu'il y a des lettres lunaires et solaires et des verbes à je ne sais combien de conjugaisons. En outre, c'est une langue lourde (pion peut parler avec un bâillon. Mon cousin, qui était un des plus savants arabisants et qui avait passé vingt-cinq ans en Egypte ou à Djeddah, me disait qu'il n'ouvrait jamais un livre sans apprendre quelque mot nouveau et qu'il y en avait cinq cents pour dire bien, par exemple... Que