IV INTRODUCTION
mande la vue de Rome et de ses environs prise de Saint- Pierre in Montorio. Il y a là aussi une très belle fresque du Vatican. Faites-vous montrer au Gapitole la louve de la République, qui porte la trace de la foudre qui l'a frappée du temps de Gicéron. Ce n'est pas d'hier. Croyez que vous ne pourrez pas voir la centième partie de ce que vous voudriez voir dans le peu de temps que vous pouvez consacrer à votre voyage, mais qu'il ne faut pas trop le regretter. Il vous restera un grand souvenir d'ensemble qui vaut mieux qu'une foule de petits souvenirs de détail... »
Il avait d'ailleurs visité Rome en collectionneur. Le 20 mai 1863, il écrivait encore à l'Inconnue :
«... N'oubliez pas de vous faire montrer la statue de Pompée, qui est très probablement celle aux pieds de laquelle César fut assassiné; et, si vous découvrez la boutique d'un nommé Cades, qui vend de faux antiques et des poteries, achetez-moi une entaille de quelque belle pierre. Si vous passez par Civita-Vecchia, allez chez un marchand de curiosités nommé Bucci, et faites-lui mes compliments et remerciements pour le plâtre de Bayle qu'il m'a envoyé. Vous lui achèterez pour rien des vases noirs étrusques, des pierres gravées, etc. Vous pouvez vous faire une garniture de cheminée charmante avec ces vases noirs... »
Ses souvenirs étaient fort exacts et ses conseils étaient bons. On le devine d'après la lettre du vendredi 12 juin 1863, adressée toujours à la première Inconnue :
« ... Il me semble que vous vous êtes mise en frais de coquetterie vraiment extraordinaire pour avoir ainsi exploité cet infortuné Bucci. Si je vous avais donné une lettre pour lui, suivant mon intention, vous auriez emporté toute sa boutique, sans avoir recours aux procédés d'enjôlement qui vous sont familiers.
« Au fond, c'est un très brave homme qui a conserve
IHTRODUCTIO* V
un culte pour Bayle, dont il était la seule ressource pendant son exil à Civita-Vecchia
Plus tard encore, Mérimée parle de Rome dans une lettre à l'Autre Inconnue, datée du 12 décembre 1867 :
« ... Que faite s-yous à Rome quand vos fonctions de Bœur de charité vous donnent quelque loisir? V a-t-il beaucoup d'étrangers, et qu'y font-ils ? Je voudrais savoir
tout cela. Je connais la rue que vous habitez el j'y ai demeuré il y a bieu longtemps. Je vous y vois par les yeux de l'esprit, et j'aimerais bieD à m'y retrouver avec vous et à errer par les rues de Home, où on trouve à chaque instant quelque chose qui intéresse et sur quoi on aimerait à échanger des idées. Malheureusement, je n'ai plus d'espoir de voyage à présent. »
On peut dire que, jusqu'à la fin de sa vie, Mérimée
-arda la do st algie de cette ville où il a placé l'action de // riccofo.
S il a, pour son décor, utilisé des souvenirs de voyage, il s'est inspiré, pour l'ambiance du sujet, des auteurs fantastiques qui I ont précédé et, en particulier. d'Ann Radcliffe. Après nous avoir longtemps tenus dans l'angoisse, Mérimée, comme Ann Radcliffe, nous donne une explication simple et naturelle des événements. C'est l'école du supernatural explained.
D'ailleurs, Mérimée lui-même, dans la Guzla. dans la Vision de Charles \7, dan-- la Chronique du règne de Charles IX et Burtout dans la Vénus il Ill>\ avait traité des sujets voisins. Dans cette dernière nouvelle, pourtant, remarquons-le, aucune' explication rationnelle n'interve-
nait et le lecteur restait SOUS l'impression du merveilleux.