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gent et une paire de bottes neuves. .!<• savais <léj;« cette histoire et elle me semblait encore plus longue que <le coutume.
La lune se levait comme nous nous niellions en route. Le ciel était pur, mais du sol s'élevait un petil brouillard blanc, rasan! la terre qui semblait couverte de cardes de coton. Sur ce fond blanc, la lune lançait de longues ombres, et tous les objets prenaient un aspect fantastique : Tantôt je croyais voir des cavaliers arabes en vedette, en m'approchant je trouvais des tamaris en fleur; tantôt je m'arrêtais, croyant entendre les coups de canon de signal, Wagner me disait que c'était un cheval qui courait.
Nous arrivâmes au gué, et le commandant prit ses dispositions,
Le lieu était merveilleux pour la défense, et notre escadron aurait sufïï pour arrêter là un corps considérable. Solitude complète de l'autre coté de la rivière.
Après une assez longue attente, nous entendîmes le galop d'un cheval, et bientôt parut un Arabe monté sur un magnifique cheval qui se dirigeait vers nous. A son chapeau de paille surmonté de plumes d'autruche, à sa selle brodée d'or d où pendait une djebira ornée de corail et de fleurs d'or, on reconnaissait un chef; notre guide nous dit que c'était Sidi-Lala en personne. C'était un beau jeune homme, bien découplé, qui menait son cheval à
merveille. Il le faisait galoper, jetait en l'air son long fusil et le rattrapait en nous criant je ne sais quels mots de défi.
Les temps delà chevalerie sont passés, et Wagner demandait un fusil pour décrocher le marabout, à ce qu'il disait; mais je m'y opposai, et, pour qu'il ne fût pas dit que les Français eussent refusé de combattre en champ clos avec un Arabe, je demandai au commandant la permission de passer le gué et de croiser le fer avec Sidi-Lala. La permission me fut accordée, et aussitôt je passai la rivière, tandis que le chef ennemi s'éloignait au petit galop pour prendre du champ.
Dès qu'il me vit sur l'autre bord, il courut sur moi le fusil à l'épaule. « Méfiez-vous », me cria Wagner.
Je ne crains guère les coups de fusil d'un cavalier et, après la fantasia qu'il venait d'exécuter, le fusil de Sidi-Lala ne devait pas être en état de faire feu. En effet, il pressa la détente à trois pas de moi, mais le fusil rata, comme je m'y attendais. Aussitôt mon homme fit tourner son cheval de la tête à la queue si rapidement qu'au lieu de lui planter mon sabre dans la poitrine, je n'attrapai que son burnous flottant.
Mais je le talonnais de près, le tenant toujours à ma droite et le rabattant bon gré mal gré vers les escarpements qui bordent la rivière. En vain cssaya-t-il de faire des crochets, je le serrais de plus en plus.
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Après quelques minutes d'une course enragée, j<-
vis son cheval se cabrer tOUt-à-COUp, cl lui. tirant les
rênes à deux mains. Sans me demander pourquoi il faisait ce mouvement singulier, j'arrivai sur lui
comme un boulet, je lui plantai ma latte au beau milieu du dos en même temps que le sabot de ma jument frappait sa cuisse gauche. Nomme et cheval disparurent; ma jument et moi nous tombâmes après eux.
Sans nous en être aperçus, nous étions arrivés au bord d'un précipice et nous étions lancés... Pendant que j'étais encore en l'air — la pensée va vile — je me dis que le corps de l'Arabe amortirait ma chute. Je vis distinctement sous moi un burnous blanc avec une grande tache rouge, c'est là que je tombai à pile ou face.
Le saut ne fut pas si terrible que je l'avais cru : grâce à la hauteur de l'eau; j'en eus par-dessus les oreilles, je barbotai un instant tout étourdi, et je ne sais trop comment je me trouvai debout au milieu de grands roseaux au bord de la rivière.
Ce qu'étaient devenus Sidi-Lala et les chevaux, je n'en sais rien. J'étais trempé, grelottant, dans la boue, entre deux murs de rochers. Je fis quelques pas, espérant trouver un endroit où les escarpements seraient moins roides ; plus j'avançais et plus ils me semblaient abrupts et inaccessibles.
Tout d'un coup, j'entendis au-dessus de ma tête des pas de chevaux et le cliquetis des fourreaux de sabre heurtant contre les étriers et les éperons. Evi-
demment c'était notre escadron. Je voulus crier, mais pas un son ne sortit de ma gorge; sans doute, dans ma chute, je m'étais brisé la poitrine.
Figurez-vous ma situation. J'entendais les voix de nos gens, je les reconnaissais, et je ne pouvais les appeler à mon aide. Le vieux Wagner disait : « S'il m'avait laissé faire, il aurait vécu pour être colonel. » Bientôt le bruit diminua, s'afïaiblit, je n'entendis plus rien.
Au-dessus de ma tête pendait une grosse racine, et j'espérais, en la saisissant, me guinder sur la berge. D'un effort désespéré, je m'élançai, et... SSS... la racine se tord et m'échappe avec un sifflement affreux... C'était un énorme serpent...
Je retombai dans l'eau; le serpent, glissant entre mes jambes, se jeta dans la rivière, où il me sembla qu'il laissait comme une traînée de feu...
Une minute après j'avais retrouvé mon sang-froid, et cette lumière tremblotant sur l'eau n'avait pas disparu. C'était, comme je m'en aperçus, le reflet d'une torche. À une vingtaine de pas de moi, une femme emplissait d'une main une cruche et, de l'autre, elle tenait un morceau de bois résineux qui flambait. Elle ne se doutait pas de ma présence. Elle posa tranquillement sa cruche sur sa tète et, sa torche à la main, disparut dans les roseaux. Je la suivis et me trouvai à l'entrée d'une caverne.
La femme s'avançait fort tranquillement et montait une pente assez rapide, une espèce d'escalier
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taillé contre la paroi d'une salir immense. A la lueur
de la torche, je voyais le sol de cette salle qui m- dépassait guère le niveau de la rivière, mais je ne pouvais découvrir quelle en était retendue. Sans trop savoir ce que je faisais, je m'engageai sur la rampe après la femme qui portail la torche el j<- la suivis à distance. De temps en temps sa lumière disparaissait derrière quelque anfractuosité de rocher, et je la retrouvais bientôt.
Je crus apercevoir encore l'ouverture sombre de grandes galeries en communication avec la salle principale. On eût dit une ville souterraine avec ses rues et ses carrefours. Je m'arrêtai, jugeant qu'il était dangereux de m'aventurer seul dans cet immense labyrinthe.
Tout d'un coup, une des galeries au-dessous de moi s'illumina d'une vive clarté. Je vis un grand nombre de flambeaux qui semblaient sortir des lianes du rocher pour former comme une grande procession. En même temps s'élevait un chant monotone qui rappelait la psalmodie des Arabes récitant leurs prières.
Bientôt je distinguai une grande multitude qui s'avançait avec lenteur. En tête marchait un homme noir, presque nu, la tête couverte d'une énorme masse de cheveux hérissés. Sa barbe blanche tombant sur sa poitrine tranchait sur la couleur brune de sa poitrine tailladée de tatouages bleuâtres. Je reconnus aussitôt mon sorcier de la veille, et bien-
tôt après je retrouvai auprès de lui la petite fille qui avait joué le rôle d'Eurydice, avec ses beaux yeux, ses pantalons de soie et son mouchoir brodé sur la tête.
Des femmes, des enfants, des hommes de tout âge les suivaient, tous avec des torches, tous avec des costumes bizarres à couleurs vives, des robes traînantes, de hauts bonnets, quelques-uns en métal, qui reflétaient de tous côtés la lumière des flambeaux.
Le vieux sorcier s'arrêta juste au-dessous de moi, et toute la procession avec lui. Il se fit un grand silence. Je me trouvais à une vingtaine de pieds audessus de lui protégé par de grosses pierres derrière lesquelles j'espérais tout voir sans être aperçu. Aux pieds du vieillard, j'aperçus une large dalle à peu près ronde, ayant au centre un anneau de fer.
Il prononça quelques mots dans une langue à moi inconnue, qui, je crois en être sûr, n'était ni de l'arabe, ni du kabile. Une corde avec des poulies, suspendue je ne sais où, tomba à ses pieds; quelquesuns des assistants l'engagèrent dans l'anneau, et à un signal vingt bras vigoureux faisant effort à la fois, la pierre, qui semblait très lourde, se souleva, et on la rangea de côté.
J'aperçus alors comme l'ouverture d'un puits, dont l'eau était à moins d'un mètre du bord. L'eau, ai-je dit, je ne sais quel affreux liquide c'était, recouvert d'une pellicule irisée, interrompue et bri-
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séc par places et laissant voir une boue noire et hideuse
Debout, près de la margelle du puits, le sorcier
tenait la main gauche sur la tête (Je la petite fille, de la droite il faisait des gestes étranges pendant qu'il prononçait une espèce d'incantation au milieu au recueillement général.
De temps en temps il élevait la voix comme s il appelait quelqu'un : Djoûmane! Djoùmane! criait-il : mais personne ne venait. Cependant il roulait les yeux, grinçait des dents et faisait entendre des cria rauques qui ne semblaient pas sortir d'une poitrine humaine. Les momeries de ce vieux coquin m'agaçaient et me transportaient d'indignation; j'étais tenté de lui jeter sur la tête une des pierres que j'avais sous la main. Pour la trentième fois peutêtre il venait de hurler ce nom de Djoûmane quand je vis trembler la pellicule irisée du puits, et à ce signe toute la foule se rejeta en arrière; le vieillard et la petite fille demeurèrent seuls au bord du trou.
Soudain un gros bouillon de boue bleuâtre s'éleva du puits, et de cette boue sortit la tête énorme d'un serpent, d'un gris livide, avec des yeux phosphorescents...
Involontairement, je fis un haut-le-corps en arrière; j'entendis un petit cri et le bruit d'un corps pesant qui tombait dans l'eau...
Quand je reportai la vue en bas, un dixième de seconde après peut-être, j'aperçus le sorcier seul au
bord du puits, dont l'eau bouillonnait encore. Au milieu des fragments de la pellicule irisée flottait t le mouchoir qui couvrait les cheveux de la petite fille...
Déjà la pierre était en mouvement et retombait sur l'ouverture de l'horrible gouffre. Alors tous les flambeaux s'éteignirent à la fois, et je restai dans les ténèbres au milieu d'un silence si profond que j'entendais distinctement les battements de mon cœur...
Dès que je fus un peu remis de cette horrible scène, je voulus sortir de la caverne, jurant que si je parvenais à rejoindre mes camarades, je reviendrais exterminer les abominables hôtes de ces lieux, hommes et serpents.
Il s'agissait de trouver son chemin; j'avais fait, à ce que je croyais, une centaine de pas dans l'intérieur de la caverne, ayant le mur de rocher à ma droite.
Je fis demi-tour, mais je n'aperçus aucune lumière qui indiquât l'ouverture du souterrain ; mais il ne s'étendait pas en ligne droite, et d'ailleurs j'avais toujours monté depuis le bord de la rivière; de ma main gauche je tâtais le rocher, de la droite je tenais mon sabre et sondais le terrain, avançant lentement et avec précaution. Pendant un quart d'heure, vingt minutes..., une demi-heure peut-être, je marchai sans trouver l'entrée.
L'inquiétude me prit. Me serais-je engagé sans
FEMME MAURESQUE VERS 1840 d'nprés un dessin o.i0ln«,l de BRO
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m'en apercevoir dans quelque galerie latérale an lieu de revenir par le chemin que j'avais su i \ i d'abord .'...
J'avançais toujours, ta tan I le rocher, lorsqu'au lieu du froid de la pierre je sentis une tapisserie qui, cédant sous ma main, laissa échapper un rayon de lumière. Redoublant de précaution, j'écartai sans bruit la tapisserie et me trouvai dans un petit couloir qui donnait dans une chambre fort éclairée dont la porte était ouverte. Je vis que cette chambre était tendue d'une étoffe à fleurs de soie et d'or. Je distinguai un tapis de Turquie, un bout de divan en velours. Sur le tapis il y avait un narguileh d'argent et des cassolettes. Bref, un appartement somptueusement meublé dans le goût arabe.
Je m'approchai à pas de loup jusqu'à la porte. Une jeune femme était accroupie sur ce divan, près duquel était posée une petite table basse en marqueterie, supportant un grand plateau de vermeil chargé de tasses, de flacons et de bouquets de Heurs.
En entrant dans ce boudoir souterrain, on se sentait enivré de je ne sais quel parfum délicieux.
Tout respirait la volupté dans ce réduit; partout je voyais briller de l'or, de riches étolîes, tics Heurs rares et des couleurs variées. D'abord la jeune femme ne m'aperçut pas ; elle penchait la tel e et d'un air pensif roulait entre ses doigts les grains d'ambre jaune d'un long chapelet. C'était une vraie beauté. Ses traits ressemblaient à ceux de la malheureuse Dernières Nouvelles. t>
enfant que je venais de voir, mais plus formés, plus réguliers, plus voluptueux. Noire comme l'aile d'un corbeau, sa chevelure,
Longue comme un manteau de roi,
s'étalait sur ses épaules, sur le divan et jusque sur le tapis à ses pieds. Une chemise de soie transparente, à larges raies, laissait deviner des bras et une gorge admirables. Une veste de velours soutachée d'or serrait sa taille, et de ses pantalons courts en satin bleu sortait un pied merveilleusement petit, auquel était suspendue une babouche dorée qu'elle faisait danser d'un mouvement capricieux et plein de grâce.
Mes bottes craquèrent, elle releva la tête et m'aperçut.
Sans se déranger, sans montrer la moindre surprise de voir entrer chez elle un étranger le sabre à la main, elle frappa dans ses mains avec joie et me fit signe d'approcher. Je la saluai en portant la main à mon cœur et à ma tête pour lui montrer que j'étais au fait de l'étiquette musulmane. Elle me sourit, et de ses deux mains écarta ses cheveux qui couvraient le divan; c'était me dire de prendre place à côté d'elle. Je crus que tous les parfums de l'Arabie sortaient de ces beaux cheveux.
D'un air modeste, je m'assis à l'extrémité du divan en me promettant bien de me rapprocher toutà-1'heure. Elle prit une tasse sur le plateau el, la tenant par sa soucoupe en filigrane, elle y versa une
moussa de café et, après lavoir effleurée <1<- ses lèvres, elle me la présenta :
— Ah! Roumi, Roumi, dit-elle...
A ces mots, j'ouvris les veux comme des portes cocher es. Cette jeune femme avait des moustaches énormes, c'était le vrai portrait du maréchal des logis Wagner... En effet, Wagner était debout devant moi et me présentait une tasse de café, tandis <jue, couché sur le cou de mon cheval, je le regardais tout ébaubi.
— Il paraît que nous avons pioncé tout de même, mon lieutenant. Nous voilà au gué et le calé est bouillant.