‹ Le Chambre bleueChapitre 7 sur 70 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

tort; on peut, au contraire, saisir là sur le vif son talent alerte de conteur.

La seconde en date de ces Dernières nouvelles paraît être la Chambre bleue, qui fut certainement écrite en septembre 1866, vingt ans après 11 Viccolo. Mérimée passait ses vacances à Biarritz, chez l'impératrice Eugénie, quand il en conçut l'idée. Une lettre à l'Inconnue, datée de Paris, le 5 novembre 1866, nous donne les détails suivants :

« Étant à Biarritz, on disputa, un jour, sur les situations difficiles où on peut se trouver, comme par exemple Rodrigue entre son papa et Ghimène, Mademoiselle Camille entre son père et Guriace. La nuit, ayant pris un thé trop fort, j'écrivis une quinzaine de pages sur une situation de ce genre. La chose est fort morale au fond, mais il y a des détails qui pourraient être désapprouvés par Monseigneur Dupanloup. Il y a aussi une pétition de principe nécessaire pour le développement du récit : deux personnes de sexe différent s'en vont dans une auberge; cela ne s'est jamais vu, mais cela m'était nécessaire, et, à côté d'eux, il se passe quelque chose de très étrange. Ce n'est pas, je pense, ce que j'ai écrit de plus mal, bien que cela ait été écrit fort à la hâte. J'ai lu cela à la dame du logis. Il y avait alors à Biarritz la grande-duchesse Marie, la fille de Nicolas, à laquelle j'avais été présenté il y a quelques années. Nous avons renouvelé connaissance. Peu après ma lecture, je reçois la visite d'un homme de la police, se disant envoyé par la grande-duchesse. « Qu'y a-t-il pour votre service? — Je viens de « la part de Son Altesse Impériale vous prier de venuce ce soir chez elle avec votre roman. — Quel roman? — « Celui que vous avez lu l'autre jour à Sa Majesté. » Je

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répondis que j'avais l'honneur d'être le bouffon rJe Sa Majesté, et que je ne pouvais aller travailler en vill» sans sa permission; et je courus tout de auite lui conter la chose. Je m'attendais qu'il en résulterait au moins une guerre avec la Russie, et je fus un peu mortifié que non seulement on m'autorisât, mais encore qu'on rue priât d'aller le soir chez la grande-duchesse, à qui on avait donné le policeman comme factotum. Cependant, pour me soulager, j'écrivis à la grande-duchesse une lettre d'assez bonne encre, et je lui annonçai rua visite. J'allais porter ma lettre à son hôtel ; il faisait beaucoup de vent et, dans une ruelle écartée, je rencontre une femme qui menaçait d'être emportée en rner par ses jupons, où le vent était entré, et qui était dans le plus grand embarras, aveuglée et étourdie par le bruit de la crinoline et tout ce qui s'ensuit. Je courus à son secours, j'eus beaucoup de peine à l'aider efficacement, et, alors seulement. je reconnus la grande-duchesse. Le coup de vent lui a épargné quelques petites épigrammes. Elle a été, d'ailleurs, très bonne princesse avec moi, m'a donné de tirbon thé et des cigarettes, car elle fume comme presque toutes les dames russes. »

Il semble que Mérimée ait tiré quelque vanité de cette aventure et qu'il ait été flatté de voir qu'une Altesse Fmpériale envoyât chercher une nouvelle de lui pour la lire. Quelques jours auparavant, en effet, dans une lettre du 27 octobre 18()(>, il avait déjà raconté brièvement la même aventure à l'Autre Inconnue :

« Je vous ai écrit de Biarritz que j'y a\ ais vu la grandeduchesse et le duc de Leuchtenberg. Tous les deux ont fait

ma conquête. La grande-duchesse m'a l'ail lire une petite drôlerie de ma façon, ma foi assez gaillarde, et l'a bien prise. 11 m'a semblé que c'était Madame votre sœur qui m'avait trahi auprès de Son Altesse Impériale, n

Mérimée fit sans doute une lecture de la nouvelle à

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