TRAVÉES DES COMMUNES DE FRANCE
CÔTi D e CRENELLE.
Pour une Perfonoe.
On entrera, jurqu'à neuf heures feulement , par ta grille latérale attcuanc fEcoIe Militaire»
Cette proposition, accueillie par les applaudissements des représentants , fut , séance tenante , renvoyée pour l'exécution au Comité de Constitution , auquel on demanda de préparer les décrets nécessaires.
Comme on le pense bien , le ministre et le roi lui-même , n'étaient pas favorables à la fédération des gardes nationales : ils craignaient que quelque journée tumultueuse résultât de la
présence à Paris d'une foule aussi considérable et composée d'éléments aussi divers. Il leur fallut bien céder cependant sous la pression énergique des Comités parisiens , et fixer la fête tant désirée au 14 juillet , jour anniversaire de la prise de la Bastille.
Après avoir proposé successivement , la plaine des Sablons , celle de Grenelle 5 celle de Saint-Denis, on choisit définitivement le Champ de Mars comme lieu de réunion. La plaine de Saint- Denis et la plaine de Grenelle étaient d'ailleurs couvertes de récoltes qu'il eût fallu sacrifier; celle des Sablons , cultivée en partie, moins vaste et de forme peu régulière avait été écartée dès l'abord.
Dans sa séance du 8 juin 1790 l'assemblée nationale décrétait les articles suivants sur le Pacte fédératif :
A.RT. l**". — Le directoire de chaque district du rojaume , et dans le cas où le directoire ne serait pas encore en activité , le corps municipal de chaque district, est commis par l'assemblée nationale à l'effet de requérir les commandants de toutes les gardes nationales du district , d'assembler les dites gardes , chacune dans leur ressort ; les dites gardes ainsi réunies choisiront six hommes sur cent , lesquels se transporteront dans le chef-lieu du district au jour déterminé par le district, ou par la municipalité requérante, et choisiront dans la totalité des gardes nationales du district , un homme sur deux cents, lequel sera chargé de se rendre à Paris pour la fédération générale qui aura lieu le 14 juillet prochain.
Les districts éloignés de la capitale de cent lieues auront la liberté de n'envoj'er qu'un député par quatre cents hommes.
Art. 2. — Les directoires ou les corps municipaux du chef-lieu du district fixeront , de la manière la plus économique , la dépense à allouer aux députés pour leur vojage et leur retour, laquelle sera supportée par chaque district.
Art. 3. — Chaque régiment d'infanterie députera un officier présent au corps , le plus ancien de service , les années de soldat comptées ; un bas-officier présent au corps le plus ancien de service , les années de soldat comptées ; et les quatre plus anciens des soldats , pris indistinôtement parmi les caporaux , grenadiers , chasseurs et tambours.
Chaque régiment de cavalerie députera un officier, un bas-officier, et deux cavaliers , dans la forme adoptée pour les régiments d'infanterie.
Le lendemain 9 juin, l'assemblée ayant renvoyé à l'examen
du Comité militaire, la fin du Règlement relatif à la Fédération, l'adoptait dans les termes suivants :
Les régiments du roi et celui des gardes-suisses , à raison de leur nombre double , auront une double représentation.
Les bataillons de chasseurs à pied députeront un officier, un bas-ofiicier et quatre soldats.
Le corj)s des ouvriers d'artillerie et des mineurs , un officier, un basrofficier et deux simples soldats.
Les mômes règles seront suivies pour les dragons , chasseurs et hussards.
Le régiment de carabiniers aura une représentation double des autres régiments, à cause de leur nombre.
Le génie sera représenté par le plus ancien de chaque grade.
La maréchaussée , par les quatre plus anciens officiers , les quatre plus anciens bas-officiers et les douze plus anciens cavaliers.
La Compagnie de la Connétablie par le plus ancien de chaque grade.
Par égard pour les vieux militaires qui ont bien servi leur patrie , les invalides seront représentés par les quatre plus anciens officiers , quatre plus anciens basofficiers et douze soldats pris à l'Hôtel.
Les commissaires ordonnateurs des guerres en députeront deux des plus anciens.
Le corps des lieutenants des maréchaux de France le plus ancien d'entre eux.
Quant aux maisons militaires du Roi , de Monsieur, du comte d'Artois , elles seront représentées chacune par le plus ancien de chaque grade.
L'assemblée nationale déclare qu'elle n'entend rien préjuger sur le rang et la préexistence des corps sus nommés , ou de ceux qui ne le sont pas.
Quant au corps de la marine , il députera les deux plus anciens officiers de chaque grade dans chacun des départements de Brest , Toulon et Rochefort.
Chacune des divisions des corps des canonniers-matelots députera un des plus anciens officiers et quatre des plus anciens canonniers-matelots.
Les volontaires de la marine députeront deux des plus anciens du corps.
La marine marchande des principaux ports de mer, députera un capitaine par port.
L'assemblée a adopté également , comme article complémentaire, la proposition qui lui a été faite par Lanjuinais, de députer le plus ancien des maréchaux de France, des lieutenantsgénéraux et des maréchaux de camp.
Le samedi 5 Juin , rassemblée nationale avait reçu une députation de la Commune de Paris qui exprimait le désir d'être autorisée à convoquer elle-même toutes les gardes nationales et toutes les troupes de ligne du royaimie. Investie de ce mandat, elle faisait publier l'instruction suivante qui doit nécessairement trouver sa place ici :
Dès que l'adresse de la Commune de Paris sera parvenue dans les districts et distribuée dans les municipalités , les districts et les municipalités sont invités à procéder le plus promptement possible , à l'élection de leurs députés , dans la forme exprimée au décret de l'assemblée nationale du 8 juin. Les régiments et autres corps militaires sont également invités à suivre promptement , pour leurs députations , le mode prescrit par le décret du 9, et à se conformer, à cet égard , aux ordres du roi.
Quoique le décret de l'assemblée nationale n'appelle au pacte fédératif que les gardes nationales du royaume , la Confédération ne sera pas moins celle de tous les français. Dans l'esprit de la constitution , et dans l'état d*un peuple libre , tout citoyen doit être soldat. C'est sous ce dernier rapport que tous les Français vont se réunir pour le maintien de la constitution ^ et c'est les armes à la main qu'il leur convient de jurer de la soutenir.
Les députés de chaque district représenteront donc bien réellement tous les citoyens de leur district. En conséquence , ils seront munis des pouvoirs de tous leurs concitoyens , à l'effet d'adhérer pour eux au pacte fédératif national.
MM. les députés sont invités à se rendre à Paris, au plus tard pour le 12 juillet. Dès qu'ils seront arrivés , ils voudront bien se présenter à l'Hôtel de la mairie , au bureau de la Confédération , pour y faire vérifier leurs pouvoirs ; ils y recevront une carte portant ces mots : Confédération nationale.
Les districts qui voudraient faire parvenir quelques observations , les adresseront à l'Hôtel de la mairie , sous le couvert de M. le maire de Paris , en distinguant leurs lettres par ces mots , placés en tête : Confédération nationak.
La veille de la cérémonie , MM. les députés seront invités par une proclamation , à se rassembler dans le lieu qui sera désigné.
On y fera l'appel des districts qui se réuniront , pour représenter leurs départements respectifs , d'où il résultera quatre-vingt-trois divisions. Chacune de ces divisions sera distinguée par une bannière portant le nom de son département. La conmiune de Paris fera préparer à cet effet, quatre-vingt-trois bannières uniformes. Elles seront portées à la cérémonie par MM. les députés , qui les déposeront , à leur retour, dans le chef-lieu do leurs départements , pour y servir de monument et de gage de la sainte alliance contractée par tous les firançais , pour y être
portées dans les revues générales et à la cérémonie du pacte fédératif , qui se renouvellera tous les ans , à la môme époque , dans chaque département.
Cette époque demeurera fixée au 14 juillet , jour mémorable auquel la France a reconquis sa liberté.
MM. les députés des troupes de ligne auront à leur tête une oriflamme qui restera déposée dans la salle de l'assemblée nationale.
Tous les citoyens du royaume voudront , sans doute , s'unir personnellement au pacte auguste et solennel que la nation va contracter. Ce sera le 14 juillet , à l'heure précise de midi , que le signal de la cérémonie sera donné à Paris. La Commune de Paris invite toutes les municipalités du royaume à rassembler, le même jour et à la même heure , leurs communes respectives . conjointement avec les troupes de ligne qui se trouveront dans leurs arrondissements , afin que le serment fédératif soit prononcé de concert , et au môme instant , par tous les habitants et dans toutes les parties de cet empire.
Qu'on excuse la longueur de ces documents, bien oubliés aujourd'hui et difficiles à retrouver ; il est utile de les mettre en lumière.
Les historiens les plus illustres : Thiers , Mignet , Michelet , Louis Blanc, pour ne citer que ceux-là, n'ont voulu voir, de la Révolution , que ses grandes lignes : le point de départ et les conséquences, les causes et les eflFets. Ce réveil de tout un peuple, cette explosion merv^eilleuse de patriotisme, les ont frappés, passionnés, comme ils frappent et passionnent ceux qui étudient avec conscience et sans parti-pris cette époque admirable, la plus éclatante de notre histoire nationale. Nous nous tenons comme il convient , respectueusement à distance de ces grands historiens, et nous inclinant de vaut les monuments qu'ils ont pieusement élevés à la gloire du pays , nous nous contentons de classer modestement les pièces du procès, en bornant d'ailleurs cette classification aux événements dont le Champ de Mars a été le témoin.
Chose singulière, la fête de la Fédération si ardemment désirée, si impatiemment attendue par la nation tout entière, trouva cependant quelques détracteurs. Des bruits inquiétants furent répandus parmi la population parisienne par des agents inconnus ; selon les auteurs de ces bruits , on devait mettre à
profit le moment où les gardes nationales seraient réunies au Champ de Mars pour piller les habitations de la \ille ; une révolution nouvelle était imminente ; le roi devait rentrer aux Tuileries comme souverain absolu ; le Champ de Mars devait être miné.
Rien de tout cela n'était vrai, aucune de ces calomnies n'avait de base sérieuse. La Commune de Paris poursuivait son œuvre et préparait activement la réception des députés des gardes nationales et des troupes de ligne ; dès le 3 juillet, ces députés se présentaient à Paris. Venus à pied , soit isolément soit en corps , des points les plus éloignés de la France , tous avaient conscience de la grandeur de la mission qui leur était confiée.
C'était la première fois que ces hommes , ne parlant pas tous la même langue , mais aspirant au même idéal : la liberté , allaient se trouver réunis. L'élite de la nation, les meilleurs parmi les meilleurs , étaient chargés par leurs concitoyens de venir à Paris et de les y représenter ; ils devaient leur rapporter la bonne parole et sceller l'unité nationale.
Il en vint de partout, joyeusement, librement, fiers et heureux de se sentir enfin maîtres d'eux-mêmes. Paris les reçut à bras et cœurs ouverts ; on s'y disputa Thonneur de les héberger, on leur fit au foyer domestique la place la plus belle. I^ père de famille s'inclina devant ces nouveaux venus et salua en eux l'idée généreuse de l'union du pays tout entier, dont ils étaient la preuve vivante.
Le moment approchait où la fête de la Fédération allait s'accomplir ; malheureusement le Champ de Mars n'était point préparé, et les parisiens ne l'ignoraient pas. Il s'agissait de remuer et de déplacer des milliers de tombereaux de terre et de former ime sorte d'amphithéâtre qui permît aux spectateurs de prendre place à la manifestation du 14 juillet.
Ce n'était pas une transformation facile quïl s'agissait d'opérer ; tous les ouvriers inoccupés y fussent restés impuissants.
C'est alors que Paris assista à un spectacle qui a dû frapper
nos pères d'admiration et de reconnaissance. Dès le 4 juillet, le bataillon des Petits Augustins avait compris qu'il fallait agir. Après avoir résolu de prendre lui-même part aux travaux de terrassement . il avait exprimé le vœu que tous les bras disponibles fussent employés au Cbamp de Mars.
Cet appel fut entendu. D'un commun accord, sans bruit, mus par une pensée unique, tous les bataillons de la garde nationale parisienne se transportèrent sur les lieux mêmes et la vaste plaine, presque déserte quelques jours avant, fut immédiatement occupée par une véritable armée de travailleurs, tous dévoués à la même œuvre et résolus à ne la quitter qu'après son complet achèvement.
Les élèves de l'Académie de peinture , les acteurs du théâtre de AP® Montansier , conduits par leur directrice , les élèves de différentes institutions, entre autres ceux de la pension Dubuflfe de Vincennes, les invalides, prirent leur place sur cet immense chantier ; les femmes de Paris , quelle que fût leur condition , électrisées par l'exemple, remplies d'un enthousiasme qui ne se démentit point , y disputèrent à leurs frères , à leurs maris , les travaux les plus difficiles, ceux qui exigeaient le plus de vigueur et le plus d'adresse. On constata même la présence de prêtres et de religieux qui se comportèrent avec le patriotisme le plus ardent.
Pendant plusieurs jours , sans fatigue et sans trêve , malgré des pluies presque constantes , deux cent mille personnes poursuivirent la tâche qu'elles s'étaient donnée.
c( I^a chose fut menée d'un grand cœur, dit Michelet, comme une bataille sacrée. L'autorité espérait , par sa lenteur calculée , entraver, empêcher la fête de l'Union ; elle devenait impossible. Mais la France voulut, et cela fut fait. »
Le 8 juillet , la municipalité , renonçant à l'aide précieuse qu'elle avait reçue , faisait connaître que le zèle des travailleurs était désormais sans objet. Le lendemain, Louis XVI, peut-être un peu contre son gré, parut au Champ de Mars, apportant, lui aussi, à l'œuvre nationale, le secours de son bras.
l^ LE CHAMP DE MARS.
Les travaux terminés , la transformation était complète. Une œuvre de géants s'était accomplie en quelques jours, en quelques heures plutôt. Un amphithéâtre immense, rompu par de nombreux passages à niveau, avait été créé et disposé de manière à recevoir un nombre de spectateurs parisiens , provinciaux ou étrangers qu'on a pu , quelques jours plus tard , évaluer sans exagération à plus de trois cent mille.
Soutenues par de vigoureux contreforts, les terres étaient assez résistantes pour supporter sans craintes d'accidents, trente • rangs de gradins.
Le grand jour venu, le cortège massé sur le boulevard Saint- Antoine (aujourd'hui boulevard Beaumarchais), se mit en marche dès sept heures du matin. La place réservée à chacune des députa tions avait été arrêtée à l'avance. Au plus âgé des députés de chaque département était échu l'honneur de porter la bannière blanche sur laquelle était peint, au milieu d'ime couronne de chêne, le nom du département auquel elle appartenait.
Le signal du départ donné, l'immense colonne s'ébranla. On y vit successivement figurer un corps de cavalerie parisienne et de grenadiers , précédé de tambours et de musiciens , puis , les électeurs de la \ille de Paris, accompagnés de soldatscitoyens ; venaient après, entre deux rangs de gardes, le Comité militaire , les présidents des districts , le Comité de fédération et les administrateurs de la Ville. Au sein du cortège, les délégués de la maison du Roi , les maréchaux de France et les officiers généraux avaient pris place.
A la suite de ces députations officielles , paraissaient les héros de la fête : les dix-huit mille députés fédératifs , avec leurs quatre-\ingt-trois bannières.
La marche était fermée par des grenadiers et des gardes à cheval .
Du boulevard Saint-Antoine, le cortège sui\dt les boulevards
jusqu'à la porte Saint-Denis ; arrivé à ce point , il prit la rue Saint-Denis jusqu'à la rue de la Ferronnerie ; cette courte voie traversée , il s'engagea dans la rue Saint^-Honoré , prit la rue Royale et stationna quelques instants sur la place de la Concorde (alors place Louis XV) , où l'attendait l'assemblée nationale , enveloppée, pour ainsi dire, par les drapeaux des soixante bataillons de la garde parisienne ; l'assemblée était précédée d'un bataillon d'enfants et suivie d'un bataillon de vieillards.
Ainsi renforcé, le cortège longea la Seine par le cours la Reine et le quai de Chaillot jusqu'au moment où , arrivé en vue du Champ de Mars, il se trouva en présence d'un pont de bateaux, hardiment établi à l'endroit même qu'occupe aujourd'hui le pont d'Iéna.
Les berges surélevées de la Seine n'existaient pas alors. Le sol avait été aplani et le pont de bateaux se trouvait à peu près au niveau du Champ de Mars , à l'entrée duquel on avait construit un arc de triomphe à trois arcades. Dans le plus grand ordre, aux acclamations de tout un peuple débordant de joie et de fierté, le cortège , salué par des salves d'artillerie , pénétra sous cet arc. Les députa tiens officielles passèrent sous l'arceau du milieu, les députés fédéra tifs prirent les arceaux de droite et de gauche, suivant l'emplacement qui leur avait été attribué.
Quand ce mouvement fut opéré, il était trois heures et demie.
Les inscriptions de l'arc de triomphe ont été conservées ; il nous semble qu'il est utile de leur réserver une place ici. Du côté du Champ de Mars se trouvaient les suivantes :
« Nous ne vous craindrons plus , subalternes tyrans , » Vous qui nous opprimiez sous cent noms différents. »
« Les droits de l'homme étoient méconnus depuis des siècles ; ils ont été rétaj> blis pour l'humanité entière. »
« Le roi d'un peuple libre est seul un roi puissant. »
« Vous chérissiez cette liberté ; vous la possédez maintenant ; montrez-vous » dignes de la conserver. »
Les inscriptions regardant le pont des bateaux étaient ainsi conçues :
« La patrie où la loi peut seule nous armer ;
» Mourons pour la défendre , et vivons pour l'aimer. »
« Consacrés aux travaux de la Constitution , nous la terminerons. »
« Le pauvre , sous ce défenseur, » Ne craindra plus que l'opresseur » Lui ravisse son héritage. »
« Tout nous offre un heureux présage ;
» Tout flatte nos désirs.
» Loin de nous , écartez l'orage ,
» Et comblez nos plaisirs.
Si on y songe un instant et qu'on se reporte par la pensée à l'époque où elle avait lieu , cette fête , la première à laquelle Paris tout entier assistait, devait présenter un caractère de grandeur et de majesté, bien fait pour frapper l'imagination d'un peuple encore peu familiarisé avec les splendeurs des spectacles officiels, et qui se sentait appelé à des destinées meilleures.
Du côté de l'Ecole Militaire, avait été élevée une galerie couverte et ornée de draperies bleues ornementées d'or. Au centre, se trouvait le pavillon royal, ou plutôt le trône sur lequel le roi prit place, ayant à sa droite le président de l'Assemblée nationale. La galerie tout entière était occupée par la reine accompagnée du dauphin, et par les invités de la cour.
Au milieu du Champ de Mars , placé sur un terre-plein haut de vingt-cinq pieds, dominant la foule, s'élevait l'autel de la Patrie, dont l'escalier quadrangulaire était occupé par deux cents prêtres, ceints de l'écharpe tricolore. Aux angles de cet escalier, sur quatre plate-formes, avaient été construits des autels brûle-parfums.
Sur les quatre faces de l'autel de la Patrie, on lisait des inscriptions que nous voulons reproduire :
En face du trône, se trouvait le texte du serment décrété par l'Assemblée ; celui-là même qui fut prononcé par Lafayette.
Vv... v . - -
Du côté de la Seine, une composition peinte , figurait la liberté accompagnant l'abondance et l'agriculture. Au-dessus de ce groupe, un génie planant dans les airs, soutenait le mot: (c Constitution ».
La face de l'autel , regardant Paris , portait les deux inscriptions suivantes :
« Les mortels sont égaux ; ce n'est point la naissance , » C'est la seule vertu qui fait leur différence. »
« La loi dans tout Etat doit être universelle.
» Les mortels , quels qu'ils soient , sont égaux devant elle. »
Du côté de Grenelle , au milieu de renommées , sonnant de la trompette, on lisait :
« Songez aux trois mots sacrés qui garantissent les décrets : « La nation , » la loi et le roi. » La nation , c'est vous ; la loi , c'est encore vous , c'est votre » volonté. Le roi , c'est le gardien de la loi. »
L'évèque d' Autun , Talleyrand , officiait ; U bénit tout d'abord les quatre-vingt-trois bannières fédérative^ , puis le drapeau qui flottait sur la tète du roi ; ensuite , il célébra la messe qui fut écoutée dans le plus religieux silence.
Quand la messe fut célébrée , Lafayette , délégué général des gardes nationales de France, gravit lentement les degrés de l'autel et étendant la main :
Je jure , dit-il , d'être à jamais fidèle à la Nation , à la Loi et au Roi ; de maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi ; de protéger, conformément aux lois , la sûreté des personnes et des propriétés , la libre circulation des graines et subsistances dans l'intérieur du royaume et la perception des contributions publiques , sous quelques formes qu'elles existent ; de demeurer uni à tous les Français par tous les liens indissolubles de la fraternité.
Après lui , parut le président de l'Assemblée nationale , Bonnet :
Je jure , dit-il à son tour, d'être fidèle à la Nation , à la Loi , au Roi , et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi.
Enfin le roi se leva et , de la place qu'il occupait , prononça d'une voix forte et d'un accent résolu , les paroles suivantes :
Moi , roi des Français , je jure à la Nation d'emplojer tout le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutive de l'Etat , à maintenir la constitution et à faire exécuter les lois.
Alors , du Champ de Mars , des tribunes et do l'amphithéâtre s'éleva une clameur immense : « Je le jure » répéta la foule.
La Reine, à ce moment, prit le dauphin dans ses bras, l'éleva vers l'autel et le présenta au peuple. Cet acte fut accueilli par des acclamations unanimes.
Lorsque Lafayette , qui était à cette époque encore l'idole des Parisiens, descendit de l'autel, l'enthousiasme avait besoin de se traduire par quelque fait tangible, l'émotion était indescriptible, les fédérés se précipitaient vers le général, et, dit Prudhomme : « les uns lui baisaient le visage , les autres les (( mains, d'autres l'habit : ce ne fut qu'avec beaucoup de peine « qu'il parvint à remonter à cheval. Alors tout fut baisé , ses (( cuisses , ses bottes , les harnais du cheval et le cheval lui- « môme ».
A six heures du soir , de nouvelles salves d'artillerie annonçaient la fin de la cérémonie.
18 JuiUet 1790.