L'ËCOI^ MILITAIRE ET LE CHAMP DE MARS
! a vinglHîiuq aanées , pour tout Parisien qui avait le respect de lui-même , le Champ de Mars et l'École militaire étaient au bout du monde.
Par quel singulier phénomène d'aberration
Passy et le bois de Boulogne , plus éloignés
en réalité , semblaient-ils être au centre du
Paris remuant , agissant et plein de vie , de
ce Paris pour lequel tous , tant que nous sommes , nous avons
une sorte de culte , nul ne le savait ; mais il était d'opinion.
courante que le Champ de Mars étant un lieu perdu, tout citoyen
désireux d'y conduire quelque provincial infatigablCj ne pouvait
entreprendre ce voyage sans jeter, sur les tours de sa chère
cathédrale , un regard d'attendrissement et de regret.
De nos jours , le Champ de Mars s'est rapproché , la jonction s'est faite. Depuis l'Expositioa universelle de 1867, les Parisiens, jusque-là plus ou moins cantonnés au centre de la ville, se sont familiarisés avec son éloignement. Il leur est apparu alors comme
un Sahara lointain sans doute , mais digne , cependant , de leur bienveillante et filiale attention.
Cette surface immense où le monde entier s'est donné rendez-vous ; cette plaine dénudée, où s'exerçaient hier encore, au milieu d'un calme absolu, nos chers fantassins et nos brillants cavaliers, inspire un certain respect fait de souvenirs et d'espérances. Là, en effet, se sont accomplis bien des événements qui ont eu dans l'histoire de la civilisation un retentissement tel, que l'existence du Champ de Mars est indissolublement liée à celle du pays. Il est juste de se le rappeler, et on ne l'oubliera plus.
c( Le Champ de Mars, a dit Michelet , voilà le seul monument qu'a laissé la Révolution.... L'Empire a sa colonne , et il a pris encore presque à lui seul l'Arc-de-Triomphe ; la Royauté a son Louvre, ses Invalides ; la féodale église de 1200 trône encore à Notre-Dame ; il n'est pas jusqu'aux Romains , qui n'aient les Thermes de César.
Et la Révolution a pour monument... le vide...
Son monument , c'est ce sable , aussi plan que l'Arabie
Un tumulus à droite, et un kimulus à gauche, comme ceux que la Gaule élevait, obscurs et douteux témoins de la mémoire des héros...
Le héros, n'est-ce pas celui qui fonda le pont d'Iéna ?
Non , il y a ici quelqu'un de plus grand que celui-là , de plus puissant , de plus vivant , qui remplit cette immensité.
« Quel Dieu? on n'en sait rien... Ici réside un Dieu I »
Oui, quoiqu'une génération oublieuse ose prendre ce lieu pour théâtre de ses vains amusements , imités de l'étranger, quoique le cheval anglais batte insolemment la plaine... un grand souffle la parcourt que vous ne sentez nulle part, une âme, un tout puissant esprit. . .
Et si cette plaine est aride, et si cette herbe est séchée, elle reverdira un jour.
Car dans cette terre est mêlée profondément la sueur féconde