‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 3 sur 99 · L ECOLE MILITAIRE ET LE CHAMP DE MARS · texte numérisé non relu

L ECOLE MILITAIRE ET LE CHAMP DE MARS

de ceux qui, dans ua jour sacré, ont soulevé ces collines, le jour où, réveillées au canon de la Bastille, vinrent da Nord et du Midi, s'embrasser la France et la France, — le jour où trois millions d'hommes, levés comme un homme, armés, décrétèrent la paix éternelle. »

L'Ecole militaire et le Champ de Mars sont de création relativement récente. L'Ecole a été fondée par un édit royal du mois de janvier 1751 , enregistré le 22 du même mois ; en l'instituant, sous l'inspiration directe et personnelle de Madame de Pompadour, Louis XV la destinait à cinq cents jeunes hommes peu fortunés qui devaient y être élevés et recevoir l'instruction nécessaire aux officiers. Elle était appelée à recueillir, en outre, un nombre indéterminé de pensionnaires nationaux ou étrangers qui, en échange des connaissances spéciales qui leur étaient largement distribuées , devaient verser à l'Etat une somme annuelle de 2,000 livres ; ces derniers n'étaient admis qu'à la condition d'être de religion catholique et de faire preuve de quatre quartiers de noblesse. On voit que nous avons fait du chemin depuis cette époque.

Au début , l'Ecole militaire était pau\T:e ; elle n'avait comme ressources financières que le produit d'une loterie établie à son intention, et ne bénéficiait que des revenus de l'abbaye de St-,Iean-de-Laon , que le pape Clément XIII consentit à lui abandonner.

Entreprise sous la direction du savant architecte Jacques- Ange Gabriel, à qui Paris doit, entre autres merveilles, la place de la Concorde, la construction de l'Ecole militaire dura plus de quinze années et ne fut achevée que vers 1768. Deux ans plus tard, l'organisation de l'Ecole ayant déjà pris un corps, les terrains lui faisant face étaient encore en partie occupés par des maraîchers , dont le voisinage immédiat de la Seine rendait la situation enviable. C'est alors seulement que l'Etat songea à s'emparer définitivement de tous ces terrains, qui devinrent

ainsi une dépendance directe de l'Ecole militaire et furent convertis en un splendide champ de manœuvres réservé aux exercices des élèves.

Sa longueur était alors de 450 toises et sa largeur de 220 ; au milieu de cette enceinte, vingt-cinq mille hommes armés pouvaient aisément se mouvoir.

limité, non seulement par quatre rangées d'arbres formant pnnnenades dans le sens de sa longueur, mais encore par des fossés larges de onze mètres, ce vaste espace, appelé à de hautes et retentissantes destinées , reçut le nom de Champ de Mars qui lui appartient encore aujourd'hui et qu'il a plusieurs fois justifié. Sa physionomie toute militaire n'était pas sans valeur artistique : borné au sud par la belle façade architecturale de Gabriel, à l'est et à l'ouest par des champs cultivés , au nord par les hauteurs de Chaillot et de Passy , le Champ de Mars avait cinq entrées , ornées chacune de deux constructions de pierre, en forme de guérites et fermées par des grilles de fer donnant accès aux élèves de l'Ecole militaire qui , seuls , avait le droit d'y pénétrer sous la conduite de leurs chefs.

Deux de ces entrées étaient situées près de l'Ecole ; deux autres communiquaient avec Paris et Grenelle ; la cinquième s'ouvrait sur la Seine. Celle-ci disparut la première lors de la construction du Pont des Invalides (depuis Pont d'Iéna) en 1806 ; les autres , résistèrent plus longtemps et ne furent supprimées qu'en 1856.

Sans crainte de se tromper, pn peut dire que là, se sont formés pour une bonne part , au siècle dernier, nos soldats les plus chers et les plus illustres. On peut ajouter, quelle que soit la distance qui les sépare , quelle que soit la grandeur des idées qui les divisent, le patriotisme n'ayant heureusement pas d'opinion , que ces soldats ont transmis intacts à nos armées républicaines, les sentiments d'abnégation et de devoir qui les ont rendues invincibles. Ces armées-là, nous ont légué, à leur tour , une lourde et honorable tache ; nous tenterons de

Page 1