PREMIÈRE FÊTE DE LA LIBERTÉ EN L'HONNEUR DES SUISSES DE CHATEAU-VIEUX
1792, l'Assemblée législative, espérant apporter un peu de calme dans les esprits, amnistiait les soldats condamnés à la suite des événements de Nancy.
Cet acte , fort honorable poixr l'Assemblée , mais imprudent peut-être , de\liit , au sein de la population parisienne , une cause de graves divisions.
Relevés 'des condamnations prononcées contre eux , les Suisses du régiment de Château- Vieux exprimèrent le désir de venir à Paris , où l'on proposa immédiatement de leur faire une réception solennelle. En même temps qu'eux , on voulait honorer la mémoire des patriotes tués au Champ de Mars , le 17 juillet 1791 , lors de la proclamation de la loi martiale.
La garde nationale , se considérant comme directement atteinte , s'indigna , et voulut s'opposer à la réalisation d'un projet qui tendait à désavouer formellement son intervention.
Les journaux s'emparèrent de la question. Ils ouvrirent une polémique des plus vives , à la suite d'une pétition que Marie- Joseph Chénier, Théroigne, David, Hion et quelques autres adressèrent , le 24 mars, à la Commune de Paris :
Dans quelques Jours, disaient-ils, nous posséderons au milieu de nous nos
Il portera quatre pierres tirées des débris de la Bastille , sur les(pielles seront gravées des inscriptions relatives aux quatre événements principaux de Nancj, de Yinc«nnes, La Chapelle et le Champ de Mars, où le sang des patriotes a coulé. . . . .L'autel de la patrie sera entouré de citoyens et de citoyennes déplorant le dernier événement qui a souillé ce champ de la Liberté. Le drapeau national , entièrement couvert d'un crêpe noir, flottera au-dessus. Au moment où le cortège arrivera , les citoyens entoureront l'autel de la patrie et se retireront à l'écart. La ville de Paris et les officiers municipaux monteront seuls à l'autel. Palloj les accompagnera , il leur présentera les quatre pierres provenant des cachots de la Bastille. Ces pierres étant déposées autour de l'autel , des parfums seront brûlés en abondance dans des vases , et répandront une fumée épaisse destinée à purifier le champ de la Fédération.
Ce projet irrita la population. Un chef de bataillon se fit Técho d'une partie de la garde nationale dans une vive protestalion, où il comparait Lafayette à Brutus. Il ajoutait, non sans habileté :
Et Palloj, que je croyais juste autant que patriote , Palloj que je voulais estimer, je le vois d'une main présenter à Lafajette une épée forgée des verroux de la Bastille , et enrichie des inscriptions les plus honorables , et de l'autre graver sa honte sur la pierre et transmettre à tous les siècles Thistoire défigurée de celui qu'il
appelait son héros Que les héros de cette fête , que les Suisses eux-mêmes
soient consultés, ils ne se prêleront jamais à cette représentation barbare. . . .
Cette protestation fut communiquée au Directoire du département qui répondit par une lettre embarrassée.
Le but fut néanmoins atteint. Le Conseil général de la Commime et ses amis renoncèrent à voiler les drapeaux et à faire une cérémonie expiatoire. Ils promirent de se contenter de fêter les soldats suisses , et de remplacer les crêpes funèbres par des fleurs.
C'est alors que la lettre suivante , signée de Tallien , Tombe , Leroy fils, J.-B. et J.-F. Dospainville , fut adressée à tous les membres de l'assemblée nationale, aux comités des quarantehuit sections, aux soixante bataillons de la garde nationale, aux membres du Conseil général de la Commune , aux administrateurs du département de Paris , à ceux des districts de Sainte