‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 38 sur 99 · FÊTE DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

FÊTE DE L'AGRICULTURE

Lgriculture a été célébrée le 10 messi-

!8 juin I79(i). Lfi 24 prairial précédent 171)6}. un arrêté du Directoire en avait le prograimae , qui s'appliquait non seulement à Paris, mais encore à toutes les grandes villes dans lesquelles la fête pouvait être digneiuent célébrée, sous la direction des administrations centndes :

Le Directoire enéculif , considéritnl (jue si l'ngriculture est le ))remier des nrls , i*'est Burtout dans une République , assise sur un vaste lerriloire . qu'ello seule jieut auurer In liberté d'un peuple el ie soustruire à In dé|ienduncc des penples voisins; qu'elle est In source première el inépuisuble de lu pros|R-ritê publique et de la richesac nalionute ; qu'en siibslituant les jou issu ncea vraies de lu nature nui braoiiu factices du luxe el de l'oisivelê , elle maintient In simplicité et la pureté dea mœurs ; considéraol enfin que l'oubli des bnnneurs publics que mérite l'Aj^iicslliire . est une marque certaine de l'esclava^^ el de la corruption du peuple , ■rréte :

Art. I". — La fête de l'Agriculture , fixée au 10 messidor por lu loi du 3 brumaire , un célébrée dans tous les cantons de lu République , avec tout l'éclul que 1«8 localités pourront permettre.

Art. II. — Les administrations municipales sont chargées des dispositions à faire à cet égard.

Art. III. — Les administrateurs, le commissaire du Directoire exécutif , les autorités constituées , la garde nationale sédentaire et en activité , enfin tous les citoyens et citoyennes , convoqués au son du tambour et des fanfares y se rangeront en ordre sur la place publique.

Art. IV. — A quelques pas de l'autel de la Patrie , on placera une charrue ornée de feuillages et de fleurs , et attelée de bcBufs ou de chevaux. Dans les com-

munes où l'on pourra se procurer un cliar, il suivra la charrue, et sera surmonté d'une statue de la Liberté , tenant d'une main une corne d'abondance , et montrant , de l'autre , les ustensiles de labourage entassés sur le devant du char.

Art. V. — La charrue sera précédée d'un groupe de vingt-quatre laboureurs , choisis parmi les plus anciens du canton , et recommandables par la constance et le succès de leurs travaux ; ils seront précédés de leurs femmes et de leurs enfants. Tous tiendront , d'une main , un des ustensiles du labourage , et de l'autre , un bouquet d'épis et de fleurs ; les chapeaux seront ornés de feuillages et de rubans tricolores.

Art. VI. — L'administration municipale désignera celui des laboureurs dont l'intelligence ^ lu bonne conduite et l'activité , auront mérité d'être proposés pour exemple ; son nom sera proclamé à haute voix et pendant toute la cérémonie , il sera placé à côté du président.

Art. VII. — Le président prononcera un discours analogue à l'objet de la fête.

Art. VIII. — Au son d'une musique instrumentale , entremêlée d'hj^mnes , le '• cortège s'avancera dans la campagne , et se rangera en ordre dans un champ , , dont la municipalité pourra disposer.

Art. IX. — Los laboureurs se mêleront parmi les citoyens armés et , à un signal -i donné , ils feront l'échange momentané des ustensiles du labourage contre les « fusils.

Art. X. — Au son des fanfares et des hymnes , le président enfoncera dans la terre le soc de la charrue , et commencera un sillon.

Art. XI. — Les laboureurs rendront les fusils , ornés d'épis et de fleurs , et reprendront leurs ustensiles au haut desquels flotteront des rubans tricolores.

Art. XII. — Le cortège reviendra sur la place publique; le président et le laboureur honoré du prix , déposeront sur l'autel de la Patrie tous les ustensiles , ^ et les couvriront d'épis , de fleurs et de diverses productions de la terre. Cette^ cérémonie se fera également au son des fanfares et des chants.

Art. XIII. — La fête sera tenninée par des danses.

FÊTE DE l'agriculture. 129

A Paris , la fête de rAgriculture eut un éclat extraordinaire ; elle eut lieu au Champ de Mars. A l'occasion de cette fête, la statue de la Liberté, élevée lors de la cérémonie du 10 prairial, était couronnée de fleurs. L'autel de la Patrie sur lequel elle reposait avec deux renommées , était décoré d'instruments aratoires reliés entre eux par des guirlandes de feuillages. Des amphithéâtres, de forme circulaire, s'attachant à l'autel et s;'appuyant sur les talus qui bordaient le Champ de Mars, avaient été construits pour recevoir les corps constitués et les hauts fonctionnaires publics.

Le cortège se forma à l'Ecole militaire, à onze heures; il aipparut , précédé d'un fort détachement de cavalerie , de tam- Ibours , de fifres et de tambourins et d'un corps de musique.

Venaient ensuite des enfants des deux sexes, vêtus de blanc, <30uronnés de violettes, ceints de rubans tricolores et portant des <3orbeilles de fleurs , puis des jeunes filles couronnées de bluets , «ivec ceintures tricolores et guirlandes de fleurs en écharpe.

Ces dernières portaient sur leur tête des corbeilles de fruits et savaient à la main de légers instruments de jardinage.

Un groupe de femmes , couronnées de lierre et de raisins , suivait les jeunes filles.

Des laboureurs venaient ensuite, la tête couverte de chêne

et portant à la main des gerbes et des ceps de vigne ; ces labou-

Teurs précédaient les cultivateurs qui devaient être récompensés.

Après un deuxième corps de musique et de trompettes,

apparaissait le char de la Liberté et de l'Agriculture , attelé de

huit bœufs blancs. Assise sur une sorte de piédestal, la Liberté

tenait d'xme main une faucille et de l'autre présentait une

poignée d'épis et de fleurs. Elle était entourée d'instruments

d'agriculture et de cornes d'abondance, desquelles s'échappaient

des fruits et des fleurs. Aux pieds de la déesse, deux jeunes

ûlles, « deux vierges », brûlaient des parfums.

Quand chacun eut pris la place qu'il devait occuper , le Conservartoire de musique exécuta une symphonie à grand orchestre, ^près laquelle le Président prononça un discours immédiatement

suivi d'une marche religieuse , chantée par les chœurs du Conservatoire. .

Alors , l'ordonnateur des cérémonies publiques se leva , donna lecture de l'arrêté du Directoire, et proclama les noms des citoyens qui avaient mérité des couronnes ; les lauréats montèrent sur l'autel, et chacun d'eux reçut des mains du président celle qui lui était destinée.

Cette partie de la cérémonie achevée, les trompettes sonnèrent des fanfares et le Conservatoire chanta un hymne à l'agriculture.

Le Président se leva de nouveau. Suivi des autorités et d'une députation des laboureurs , il se rendit à un emplacement réservé où avait été préparée une charrue d'or, attelée de deux bœufs aux cornes dorées et couvertes de fleurs. Là , on s'arrêta. Les laboureurs échangèrent les ustensiles qu'ils portaient contre les fusils que les soldats leur abandonnèrent, pour les reprendre quelques instants après, parés de fleurs et de feuillages.

Aidé des laboureurs , le Président s'empara de la charrue , dont l'attelage était conduit par des gardes municipaux, et traça un siUon autour du char de la Liberté. Le siUon tracé , il l'ensemença , puis retourna au tertre , suivi des députations qui l'avaient accompagné.

Pendant cette opération , les jeunes filles exécutaient , autour du char , des danses et des chants , notamment ceux dont Jean- Jacques Rousseau avait composé la musique.

Quand le Président eut repris sa place , les jeunes garçons portant des fleurs , les jeunes fiUes des fruits , les cultivateurs des gerbes, montèrent sur l'autel et vinrent déposer ces offrandes au pied de la Liberté. A ce moment, le Conservatoire chanta un hymne dont les paroles étaient dues à Lebrun.

La fête officielle ayant pris fin, le cortège se dirigea vers l'École militaire, où il se dispersa.

Cette fête de l'agriculture , admirablement ordonnée , et qui eut , à Paris , un véritable succès , avait été réglée par le fils de l'architecte Peyre.

27 et 28 Juillet 1796.

(9 ET 10 Theruidor an IV).

la Liberté fat assurément l'une des plus es, des phis animées de cette période tmentée et féconde en cérémonies puhlipour se conformer à l'arrêté du Directoire, ira deux jours, les 9 et 10 thermidor an IV (27 et 28 juillet 1796). C'est d'elle que nous semble dater la première course de chevaux qui ait eu lieu au Champ de Mars.

I**arrôté créant la fête de la Liberté est du 17 messidor an IV ^ juillet 1796) ; il est ainsi conçu :

^ Directoire exécutif , considéraiit combien un peuple qui a conquis ss liberté <l<ttû veut la conserver, attache d'importance et d'intérêt aux solennités qui lui 'appellent, chaque année , ses combats et ses triomphes ;

'^**nudérant que l'intention du législateur, en plaçant les fêtes de la Liberté ""^'etlO thermidor, a été de célébrer, par une même institution , la destruction *>wit«8 les espèces de tyrannies qui ont pesé sur la France ; qu'ainsi ces deux "**■ ) en rappelant la chute de ta tyrannie triomvirale , doivent aussi consacrer ''* wn époques les plus mémorables de la Révolution , celle du 14 juillet 1789 , "ttmtion fit les plus grands efforts pour recouvrer ses droits, et celle du 10 août 1%, ob le trdne fui renveraé.

Considérant enfin que tout homme qui porte dans son cœur la haine de l'esclavage et qui mérite le nom de Français , s'empressera de concourir à la pompe de leur célébration , arrête :

A.rt. 1*'. — Les deux fêtes de la Liberté , fixées par la loi du 3 brumaire, aux 9 et 10 thermidor, seront célébrées avec l'éclat convenable , dans tous les cantons de la République ;

Art. IL — Les administrations municipales sont chargées des dispositions à faire à cet égard ;

Art. IIL' — Dans les cantons qui renferment plusieurs municipalités , elles se réuniront , et les deux fêtes seront dirigées dans tous leurs détails , et présidées par les administrateurs du canton ;

Art. IV. — Les administrations municipales à qui les localités et l'insuffisance des moyens ne permettraient pas d*exécuter toutes les cérémonies indiquées dans le présent programme , s'j conformeront . du moins , autant qu'il leur sera possible.

Cet arrêté était suivi de deux programmes détaillés, destinés : l'un aux grandes villes de la province, l'autre à Paris. Ce dernier était conçu dans les termes qui suivent :

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