‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 40 sur 99 · DEUXIEME JOURNEE · texte numérisé non relu

DEUXIEME JOURNEE

Cette journée consistera en courses à pied et à cheval , qui auront lieu , à cinq laeures du soir, au Champ de la Réunion. Des prix seront décernés aux vainc^aeurs;

En un concert exécuté dans les Champs-Elysées , à sept heures ; En un feu d'artifice ;

Et en danses et illuminations dans la grande place carrée des Champs-Elysées. Le présent programme sera imprimé et envoyé à toutes les autorités constituées, pour servir de lettres de convocation.

Nous avons voulu donner dans son entier le programme officiel des Fêtes de la Liberté^ mais il nous faut faire remarquer que les entrepreneurs et leurs ouvriers n'avaient pas terminé tous les préparatifs nécessaires; d'autre part, la température était mauvaise et la pluie tombait fréquemment. Un lourd char qui entravait la marche du cortège dut être abandonné à miroute. Cependant, tout se passa , à la place de la Bastille et au Carrousel, dans l'ordre le plus parfait.

Au Champ de Mars , quand les flammes eurent détruit les attributs de la royauté, le cortège se rendit à l'Ecole militaire et revint bientôt au tertre, précédé du Directoire exécutif.

Camot prit alors la parole et prononça le discours suivant :

Français ,

Quels événements mémorables cette solennité nous retrace ! Quelles époques glorieuses elle rassemble ! Nous célébrons , à la fois , dans cette fête , et le jour natal de la Liberté , et les journées de mort de toutes les tyrannies. Avec quel intérêt nos jeux se reposent successivement sur ces phases de la Révolution : chacune d'elles remplit notre âme d'images tour à tour terribles et sublimes. 0 ! souvenir du 14 juillet , tu ne peux frapper notre mémoire sans nous rappeler les tems , les causes qui t'ont amené , la longue oppression du peuple , les honteux débordements d'une cour dissolue , et tous les crimes amoncelés pendant quatorze siècles , du trône et du sacerdoce.

Le peuple enfin se lève contre ses oppresseurs , il sape les fondemens de leur puissance , il renverse leur Bastille ; il brise à la fois , dans leurs mains , et la verge du despotisme , et le sceptre féodal et théocratique. Oh ! qui peindra cet élan sublime ; qui rendra cette ivresse , cette exaltation des citoyens , se félicitant , se pressant , dans leur joie réciproque , leurs mains dégagées de chaînes ?

Mais , ô funeste inexpérience d'un peuple sortant de la servitude ! trop fatale confiance d'une nation sensible et généreuse ! Comme elle se laisse entraîner par de perfides démonstrations d'amour ! Comme elle croit facilement au repentir hypocrite de ses tyrans ! Forfaits qui précédâtes le jour vengeur du 10 août , vous êtes encore devant mes yeux. C'en est trop , tant de parjures ont enfin lassé la

patience du peuple ; le trône , en vain s'entoure de poip^ards : en vain , il s*arme de tous les instruments de la mort , de toute la fureur de ses complices ; le Français s'élance , il le pulvérise , il plante , sur ses débris , l'étendard de la République.

Ârrétons-nous , s'il se peut , à cette époque d'une gloire immortelle ; applaudissons longtemps à cette aurore du bonheur , que dis-je? déjà de nouveaux

événements sont sur la scène ; déjà des jours désastreux , des jours de deuil et de servitude commencent à re])araUre : au despotisme couronné a succédé le rogne des factions ; elles se disputent l'empire , elles s'arrachent le sceptre , elles se dévorent et s'engloutissent tour-à-tour ; le peuple se trouve enchaîné de nouveau, il est dans les fers du monstre qu'il croit son libérateur ; il est livré aux fureurs de «es bourreaux , alors même qu'il les invoque comme des dieux tutélaires.

L'excès de l'oppression en amène enfin le terme ; les yeux du peuple sont dessiUés ; il s'étonne, il s'indigne d'être égaré par un lâche et stupide vociférateur ; le tvran tombe , ce sera le dernier. 0 journée du 9 thermidor, c'est à toi qu'était réservée cette glorieuse époque I C'est à toi qu'elle demeuraattachée pour l'immensité des siècles î 0 journée du 14 juillet , journée du 10 août , journée du 9 thermidor, vous nvrez à jamais dans le cœur des hommes libres ! Peuple Français , cette fête «si un jour triomphal/ C'est par ton courage invincible , c'est par ta constance au milieu de tous les maux accumulés par l'erreur, l'ambition et les vengeances, que la liberté s'est enfin assise sur la base indestructible d'une constitution républicaine. Tu n'auras plus à vaincre ; tu n'as plus qu'à profiter de tes victoires. En vain , les factions ont-elles tenté d'autres efforts, ils ont été brisés par la puissance nationale. Que de vils esclaves ; que d'aveugles fanatiques calomnient la liberté , et s'efforcent de relever le trône au nom du ciel qui les désavoue; que quelques ambitieux se couvrent du manteau de la popularité pour égarer une foule crédule ; leur espoir •eradéçu.

Chaque jour voit les Français abjurer leurs erreurs ; ils sentent enfin le besoin de s'aimer, le besoin de se pardonner, le besoin de se serrer autour de l'acte constitutionnel , leur salut unique. Non î la liberté que veulent les Français n'est point w spectre sanglant dont on effraie l'imagination des uns , et que d'autres offrent • 1 adoration de leurs séïdes ; la liberté qui reçoit nos hommages a droit aux homnïtges de tous les amis de l'humanité ; elle est fille de la nature , douce comme éutf et mère des tendres affections , comme des sublimes vertus. Son culte est pur autant que simple ; ses maximes salutaires sont innées dans les cœurs ; elles en tout ineffaçables. 0 liberté ! nous crojons les entendre ici de ta bouche même , BOUS aimons a les répéter avec toi.

Français , méritons de conserver ce don du ciel , cette liberté que notre constitution noua assure , que nous garantissent les innombrables triomphes de nos armées, et qu'ont fixée pour jamais les grandes époques que nous célébrons

aujourd'hui. Solennisons avec éclat ces mémorables journées ; livrons-nous aux douces effusions d'une joie fraternelle ; la liberté sourit aux jeux de ses enfants. Que la simplicité de ses fêtes rappellent les images qui lui plaisent; que des hymnes républicains chantent ses préceptes et ses bienfaits ; entourons son autel , jurons de pratiquer les vertus qu'elle commande, et que leur exercice constant soit désormais notre première offrande à la patrie.

Le serment prêté et les salves d'artillerie ayant fait connaître la fin de la cérémonie , le cortège quitta le Champ de Mars et se retira à l'Ecole Militaire.

Le lendemain, à cinq heures, avaient lieu les courses à pied et à cheval. A cette occasion , une grande tente avait été dressée pour recevoir les membres du Bureau central, les juges des prix, la musique militaire, les trompettes et un certain nombre d'invités.

Les prix de la course à pied étaient un sabre et une paire de pistolets de la fabrique nationale de Versailles. '

Les prix de la course à cheval étaient un cheval harnaché et une paire de pistolets d'arçon.

Afin d'être facilement reconnus et suivis pendant la durée de la course qu'ils devaient fournir , les concurrents , qu'ils fussent à pied ou à cheval , portaient , outre une ceinture tricolore , des toques ornées de plumes de couleurs différentes.

Couronnés au bruit des fanfares , les vainqueurs entendirent proclamer publiquement leurs noms.

Après les courses, la fête se continua jusqu'au soir, dans les Champs Elysées.

10 Août 1796.

(23 Thebhidob an IV)-

FKTE du 10 AOUT, EN MÉMOIRE DE LA CHUTE DU TRÔNE.

EUX de fêtes, faciles à enthousiasmer, les Parisiens avaient vu déliler devant eux , depuis ravènenieut de la République , bien des cortèges imposants ; mais on se lasse de tout à Paris, et la fête du 10 août n'eut pas tout Téclat le le Directoire voulait lui donner, ("élébrée en mémoire de la chute du 5ne, elle a%"ait été réglée par un arrêté

en date du 13 thermidor an IV {31 juillet 1796), et fixée au

23 thermidor.

L'arrêté directorial qui l'instituait est ainsi conçu :

Art. l". — La fête du 10 août sera célébrée le 23 de ce mois dans toulca les communes de la République. Les adminiatratioBs ceatrales et municipales feront les proclamations nécessaires pour inviter les citoyens à célébrer cette époque mémorable.

Art. II. — Dèa le matin , tous les fonctionnaires publics , dans chaque commune , se réuniront ; ils se rendront sur la place publique , précédés d'un détachement de la garde nationale.

Art. III. — Le Président rappellera au peuple assemblé , l'histoire abrégée du 10 août ; il suspendra ensuite à l'arbre de la Liberté , l'inscription suivante :

Au iO août.

Honneur aux iraves qui renversèrent h trône ! Les Français ne reconnaissent plus tTautres maîtres que les lois.

Cette cérémonie se fera au bruit d'une musique guerrière.

Art. IV . — Les instituteurs de la jeunesse qui habiteront dans la commune , s^ rendront avec leurs élèves sur la place publique ; ils s'engageront , à haute voix , en présence des corps constitués , à n'inspirer à leurs élèves que des sentiments républicains , du respect pour les vertus , les talents , le courage , et de la reconnaissance pour les fondateurs de la République. Des chants civiques suivront cet engagement solennel.

Art. y. — On se rendra ensuite , de chacune des communes , dans le chef-lieu du canton, autant que les localités et les distances le permettront; on jr exécutera des jeux , des courses à pied et à cheval , ou d'autres exercices en usage dans le pajs.

Art. YI. — Les places seront fixées dans le lieu des courses et jeux , pour les corps constitués de chaque commune.

Art. VII. — Les pères et mères des défenseurs de la patrie , auront , dans ces jeux , une place distinguée ; une inscription entourée de lauriers , désignera leur place.

Art. YIII. — Les juges des jeux seront choisis parmi les instituteurs de la jeunesse ; ces juges seront placés sur une estrade , et tiendront à la main des palmes et des couronnes de lauriers . qu'ils donneront aux vainqueurs.

Si quelques citojens du canton veulent proposer d'autres prix , ils se concerteront , à cet effet , avec l'administration du chef-lieu , qui proclamera à l'avance quels sont les prix destinés aux vainqueurs des jeux.

Art. IX. — Des danses dans le même lieu termineront la fête.

A Paris , la fête avait lieu au Champ de Mars et aux Champs Elysées.

Au Champ de Mars , elle se composait de courses à pied , de courses à cheval et de courses de bagues. Des exercices aérostatiques la terminaient.

Autour du champ , la foule avait pris place. Le Directoire exécutif, le corps diplomatique et les autorités constituées occupaient le tertre.

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