‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 59 sur 99 · COMMÉMORATION DE LA PRISE DU TROCADÉRO · texte numérisé non relu

COMMÉMORATION DE LA PRISE DU TROCADÉRO

823 , vingt mille hommes de l'armée ■ançaise , placés sous le commandement supérieur du duc d'Angoulème , assiégeaient Cadix. Les opérations militaires étaient poussées avec une grande énergie. IjC 31 août, après un combat vif et meurtrier, les Français enlevaient d'assaut le Trocadéro et le fort San Luis , dont la possession les mettait , pour la suite de la campagne , dans une situation excellente. ^

Le 3 octobre , Cadix capitulait. C'était un fait d'annes fort honorable pour l'armée et pour son chef, mais , ce fait d'armes fut mal compris et mal jugé à Paris.

Balzac , dans une brillante étude sur Louis XVIII , dit : « Les railleries indécentes qui accompagnèrent les succès « rapides du duc d'Angoulème ne purent manquer d'arriver à « ses oreilles et de lui prouver que la propagande révolutionnaire « l'emportait sur le \'ieil esprit national «.

Lorsque le duc d'Angoulème rentra en France , il n'y fut point accueilli comme il méritait de l'être, il semblait qu'on le rendit brutalement responsable des agissements du fournisseur concussionnaire Ouvrard, dont la scandaleuse fortune outra-

geusement augmentée par l'expédition de 1823, fixait depuis longtemps l'attention des esprits les moins prévenus.

En 1826, Charles X pensa qu'il était équitable de revenir sur cette impression aussi mauvaise qu'elle était irréfléchie. Il choisit le troisième anniversaire de la prise du Trocadérv pour donner une fête militaire , dont la pose de la première pierre d'une caserne devint la raison apparente. La fête fixée à huit heures du soir, devait rappeler, dans ses grandes lignes le combat du 31 août 1823.

I^ caserne qu'il s'agissait de construire . devait occuper les hauteurs de Chaillot qui , à partir de ce jour prirent le nom de T^vcadéro.

Sur l'emplacement de la future caserne, on avait élevé un arc de triomphe , à la frise duquel on lisait :

Au prince généralissime.

Et plus bas :

Son nom , ses vertus et sa gloire Sont à jamais inscrits au Tetnple de mémoire.

Quatre bas reliefs décoraient les faces de l'arc et représentaient :

liC prince récompensant la bravoure d'un soldat sous le feu de la place de St-Sébastien ;

Le prince refusant les honneurs qu'on lui avait préparés à Burgos ;

Le prince donnant l'exemple de la valeur et du sang froid à la batterie de Santi-Petri ;

Le prince recevant le roi et la reine d'Espagne à Ste-Marie.

Cinq figures, Madrid, Barcelone, Valence, la Corogne et Cadix ornaient cinq niches ménagées dans l'attique.

Deux trophées et un ([uadrige portant la France entre deux renommées, couronnaient le monument.

Entre Tare de triomplie et le palier supérieur des rampes de Chaillot, douze colonnes militaires chargées de drapeaux et

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'armes rappelaient les actions principales de la campagne de 823. Quatre grands trophées limitaient une voie triomphale. es pots à feu , des trépieds et des girandoles éclairaient cette

oie.

Sur un tertre à droite de la position , on avait disposé pour le

dauphin et la dauphine une tente, celle-là même qui avait

ser\i au prince pendant la campagne. Quatre autres tentes

vivaient été dressées à droite et à gauche pour les ministres , le

corps diplomatique, les principaux fonctionnaires et les officiers

généraux présents à Paris.

Une enceinte réservée à l'extrémité septentrionale du Champ de Mars contenait deux mille invités , deux mille hommes pris dans les régiments de la garnison de Paris et cinq cents invalides.

Le dauphin et la dauphine arrivèrent à huit heures et demie. JiC ministre de la guerre les reçut et les accompagna jusqu'à la tente du duc d'Angoulème.

C'est alors que dix bataillons de la garde royale commandés par le maréchal de camp de St-Hilaîre, se formèrent sur la rive gauche de la Seine , à droite et à gauche du pont d'Iéna et commencèrent un feu de mousqueterie. Des pièces d'artillerie les soutenaient. D'autres bataillons postés sur la rive droite et représentant les Espagnols, répondirent à ce feu. Au bout d'un quart d'heure, les bataillons de la rive gauche se foimèrent en colonne d'attaque , traversèrent le pont et refoulèrent les Espagnols qui se replièrent sur les rampes de Chaillot. Les rampes attaquées à leur tour et enlevées , les vaincus se reformèrent en arrière de la position.

Cette petite guerre tenninée , le daupliin et la dauphine se rendirent à l'arc de triomphe et posèrent la première pierre de la caserne. Des salves générales d'artillerie et de mousqueterie et un bouquet de bombes terminèrent cette fête militaire , dont le Moniteur fit un pompeux récit.

La fête , annoncée , pour ce soir, dit le Courrier Françau , a eu lieu malgré l'incertitude du temps ; quelques gouttes de pluie , qui tombaient par intervalle,

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n'avaient point empêché une affluence considérable de se rendre au Champ de Mars et dans les environs. Les hauteurs de Chaillot étaient illuminées. La fâte a commencé à plus de huit heures : on a vu pendant une heure et demie un fea croisé de chandelles romaines plus ou moins nourri , une canonnade à bombes lumineuses , et ensuite des flammes de bengale ; on savait , par le programme , que tout cela représentait l'attaque du Trocadéro et la pose d'une première pierre. Quand les fusées ont cessé de briller dans l'air, on a présumé que le fort était pris et la pierre posée , et les spectateurs ont repris paisiblement le chemin de leur domicile.

Le Constitutionnel est encore moins enthousiaste. Après avoir reproduit le récit du Moniteur^ il ajoute :

Il est présumable que cette relation avait été envoyée à^ avance au Moniteur; le nombreux concours de citoyens qui s'étaient rendus au Champ de Mars et dans les environs , pour jouir de la fête militaire , dédiée à Mgr le Dauphin , trouveront sans doute que les pompeux récits du journal offi ciel s'accordent peu avec ce qu'ils ont vu. La fête a semblé mesquine , incomplète , et peu digne de l'auguste prince qui en était l'objet.

Le Moniteur riposte, non sans aigreur :

D'où vient que les journaux libéraux sont si irrités d'une fête donnée en mémoire de la prise du Trocadéro ? Qu'y a-t-il de si offusquant pour eux dans c-e souvenir d'une action si digne de la valeur française , et d'une campagne si glorieuse et si utile pour notre patrie !

Les uns regrettent que cette campagne ait renversé ce bienheureux gt)uvernement des Cortès , qui devait faire , selon eux , le bonheur de l'Espagne , à peu près comme l'Assemblée nationale et la Convention ont fait le bonheur de la France , et qui avaient en effet débuté de la môme manière.

D'autres , n'osant pas avouer qu'ils regrettent que la révolution d'Espagne , commencée par la captivité du roi , n'ait pas reçu le complément de ce premier acte , s'indignent de l'état actuel de ce pays , et triomphant aux moindres apparences de mauvais temps , reprochent au Ministre de la guerre d'avoir rappelé le souvenir d'une action qui est la gloire de notre époque.

Que regrettent les uns? L'illégitimité. De quoi sont blessés les autres? De la légitimité.

La légitimité a adopté de bonne foi et avec orgueil la gloire de la France sons les gouvernements même les plus atroces. L'illégitimité repousse la gloire de la France et la repousse avec horreur. Elle lui fait mal ; et quelqpie effort qu'elle fasse pour en paraître satisfaite , on voit que son sourire forcé est celui

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