‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 60 sur 99 · COMMÉMORATION DE LA PRISE DU TROCADERO · texte numérisé non relu

COMMÉMORATION DE LA PRISE DU TROCADERO

de la douleur et de la dissimulation du méchant. Cela est simple ; la France môme usurpée était à la légitimité. La France sous le roi légitime n'est plus rien pour la révolution.

Ponrciuoi cette noble campagne d'Espagne , la prise du Trocadéro , Lorca , Fiers , Campillo , Logrogno et tant d'autres beaux faits d'armes leur causentils tant de fureur? Cela est encore tout simple. Le coup de canon de laBidassoa a foucirojé leur dernière espérance , les a blessés à mort ; le Trocadéro les a achevés.

Poixrcjiioi encore cette fête offerte au prince généralissime a-t-elle tant affecté les partisans de l'illégitimité? C'est qu'elle a réuni toutes les gloires, qu'ils auraient voulu qu'il n'y en eût jamais d'autre pour la France que celle que nous avons aoquise sous leur domination ; gloire , au reste , qui doit nous être doublement cHère , et parce qu'elle leur est étrangère , et parce qu'elle a couvert de son écla.t et les crimes et les maux enfantés par leur gouvernement. Ce n'est pas sans fru.it que M. le Dauphin se montre aux soldats , et leur parle avec cette affabilité qui règle sa valeur sur le champ de bataille ; ce n'est pas sans émotion et sans a.mour que les Français voient près de lui cette épouse chérie , la fille de nos Rois , comme lui, comme le Roi , l'objet des vœux de la France. Ce grand jour consacré de nouveau et replacé sous les jeux de la patrie charmée , est un jour de douleur pour les révolutionnaires. Cette attaque vive et brillante ; cette prise cle possession , en quelque sorte à main armée , d'une position qu'ils avaient vouée ài xm autre usage , tout ce qui se rattache de souvenirs et de pensées à cette fô te , est pour eux , ils ne peuvent le cacher, une cause de douleur et de TBge. Ce monument du Trocadéro , aperçu de tout Paris et vu au loin des plaines fertiles que la Seine arrose , va consacrer im nom qui ne sera jamais effacé. Ils le verront eux-mêmes toutes les fois qu'ils passeront sur les ponts de la capitale ou sur ses promenades , et déjà ils croient j lire ce terrible arrêt pour la révolution :

De la ligue à jamais le trône est renversé:

Tu remportes , Bourbon , notre règne est passé.

1^ Courrier français piqué au vif répond:

^ous lisons dans le Moniteur ^ une violente philippique contre ceux qui n'ont p0* approuvé le programme arrêté par M. le ministre de la guerre pour la céréipODie du 31 août. Comme le Courrier seul a publié quelques observations à ce 0iljet, il est bien obligé de prendre pour lui la terrible sortie du Moniteur. {^'amour-propre blessé perce à chaque mot dans cette furieuse diatribe. On y apprend que tous ceux qui n'ont pas admiré le feu d'artifice militaire congu , ^^rdonné par M. de Clermont-Tonnerre , et exécuté sous sa direction , sont des

révolutionnaires qui voulaient soumettre l'Espagne au régime de la Convention , qui repoussèrent la gloire de nos armes par amour de l'illégitimité , et par haine de la légitimité.

Mais ces révolutionnaires se débattent en vain ; le coup de canon de la Bidassaa a foudroyé leur dernière espérance y les a blesses à mort; les fusées du 31 août les ont achevés ; cette fête est pour eux une cause de douleur et de rage ; quand ils se j)romèneront ou qu*f& passeront sur les ponts de la capitale , ils apercevront le monument du Trocadéro , et déjà ils croient y lire ce terrible arrêt pour la révolution :

De la liyue à jamais le trône est renversé, Tu Veinportes , Bourbon , notre règne est passé.

On ne soupçonnait pas de si grands résultats cachés sous le divertissement militaire de la hauteur de Chaillot , et Ton est forcé de s'écrier après avoir lu le Moniteur : que de choses dans un feu d'artifice ! Pourtant il est encore bien des gens qui persistent à croire que la gloire de nos armes et les principes de la légitimité ne sont pas irrévocablement liés au succès plus ou moins éclatant des chandelles romaines et des fusées volantes imaginées par M. de Clermont-Tonnerre pour donner au parisien Tidée d'une bataille , etc., etc., etc. Lorsqu^on lit dans la Gazette de France : S. E. le ministre de la Guerre , suivi d'un seul aldede-camp , paraît ù sej)t heures moins un quart , et se fait rendre compte de toutes les dispositions , on se rappelle involontairement Bossuet disant , dans l'oraison funèbre du grand Condé : « A la veille d'un si grand jour, et dès sa première

bataille, il est tranquille tant il se trouve dans son état naturel ^

Le vojez-vous comme il vole à la victoire ou à la mort ? Et lorsqu'on songe qu'il s'agit d'une part , de feu d'artifice , et de l'autre , de la bataille de Rocroi , il est bien permis de sourire , sans pour cela mériter le reproche de repousser la gloire de nos armes par amour de rillégitimité.

4 Septembre 1826.

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