UNE EXPÉRIENCE AÉROSTATIQUE
■ ^ait que le 5 juin 1783, les créateurs de l'aéronautique , Joseph Montgolfier, né le 20 août 1740, et Etienne Montgolfier, né le 6 janvier 1745, tentaient, à Annoaay, en présence des Etats particuliers du Vivardis , leur première expérience publique.
Leur aérostat , encore bien imparfait , était en toile doublée de papier et soutenu par un réseau de cordes faibles fixées à la toile. Sa forme était presque sphérique. Sa circonférence était de 110 pieds (35 mètres environ), sa hauteur de 35 pieds (11 mètres) ; un châssis de bois le tenait fixé au sol. Il cubait 22000 pieds (7145 mètres). Avec le châssis, l'aérostat pesait 500 livres. Le gonflement de ce globe se fît à l'air Chaud, en brûlant sous l'orifice, de la paille et des branchages. Quand ce fut terminé, huit hommes suffirent à le retenir à terre, jusqu'au moment où, à un .signal donné, ils l'abandonnèrent ù lui-même.
A la stupéfaction profonde , puis aux acclamations des spectateurs, H la machine », comme on disait alors, s'éleva rapidement jiisqu'à une hauteur qu'on a pu évaluer à 1000 toises (1950 mètres). Le vent, à peine sensible, la porta à 12(X) toises (2340
mètres) de son point de départ ; là, elle atterrit doucement et sans briser les ceps de vignes ni les échalas sur lesquels elle reposait.
L'expérience avait duré dix minutes.
C'est Faujas de Saint-Fond qui nous fournit en partie les indications qui précèdent , mais M. Gaston Tissandier, dans sa splendide Histoire des Ballons^ reproduit l'article publié le 26 juin par le Mercure de France , à l'occasion de l'expérience d'Annonay ; il résulte de cet article , qui semble rédigé ,par un témoin oculaire , que loin d'atterrir doucement , le globe des Montgolfier s'enflamma en tombant , et fut consumé dans son entier.
Quel que soit le sort qui lui ait été réservé , on comprend combien cette première tentative , après tout couronnée de succès 5 malgré la simplicité et l'imperfection des moyens mis en usage , dut passionner ceux qui avaient pu en être les témoins et plus encore , peut-être , ceux qui ne la connaissaient que par les rapports qui en avaient été faits.
Quand les détails de cette découverte inespérée vinrent à Paris j les savants , émus et surpris , se préoccupèrent de répéter l'expérience des frères Montgolfier dans des conditions meilleures et plus favorables.
Sous la direction des frères Robert et du physicien Charles , on s'occupa tout d'abord de l'étofie dont on devait faire choix, et on se livra à des études comparatives ; ces études achevées , on s'arrêta au taffetas enduit de gomme élastique fabriqué par Bernard. Cette question capitale résolue , on décida que le globe aérostatique qu'on allait construire n'aurait pas plus de 12 pieds de diamètre.
Toutes ces dispositions arrêtées, on eut recours, pour couvrir les frais d'exécution qui devaient être assez considérables , à une souscription publique à laquelle les personnages les plus illustres tinrent à honneur de prendre part.
UNE EXPERIENCE AEROSTATIQUE. 13
• Dès que le jour parut , on se remit à l'œuvrer, et on remplit le ballon du gaz qu'il avait perdu pendant son voyage à travers Paris. A midi , le gonflement pouvait être considéré comme suffisant.
A ce moment , le Champ de Mars se garnit de troupes ; de toutes parts , la population informée s'y rendit à son tour, les carrosses arrivaient en masses serrées ; tout Paris était là.
A cinq heures , un coup de canon retentit , et annonça le commencement de l'expérience. Dépouillé des cordages qui le retenaient au sol , le globe s'éleva majestueusement, et atteignit en deux minutes 488 toises (950 mètres) de hauteur ; là , il se perdit dans un nuage , reparut un instant et disparut de nouveau. La pluie tombait violemment , mais l'aérostat poursuivit cependant sa course pendant trois quarts d'heure, et alla tomber à Ecouen , c'est-à-dire à 20 kilomètres du Champ de Mars.
Ramassé par des paysans de Gonesse , malheureusement ignorants et brutaux , il fut mis par eux dans un pitoyable état.
2 Mars I7S4.