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Au centre du Champ de Mars , où se trouvait la garde iiiuuicipale, on avait construit une vaste chapelle, ouverte sur toutes ses faces , et ayant dix-huit mètres de largeur sur vingtcinq mètres de hauteur. Elle était peinte eu hlanc, rehaussée d'or, et soutenue par huit colonnes cannelées avec chapitaux corinthiens supportant des statues allégoriques. Sur les quatre pans de la chapelle , le vent agitait quatre immenses velarium de velours cramoisi. Un dais d'une grande magnilicence recouvrait l'autel dont le dôme était couvert d'or.
Au centre de l'immense estrade adossée à l'Ecole militaire, le Prince Président avait fait dresser sa trihune personnelle dans laquelle avaient pris place : la princesse Matliilde , la priru^esse Elisa Bacciochi, le prince Napoléon Bonaparte, le prince Lucicui Bonaparte, le prince de Canino, le comte (damera ta, la maison du prince, les ministres, les maréchaux et amiraux, le corps diplomatique et les principaux généraux et officiers supérieurs français et étrangers présents à Paris. L'escalier conduisant à cette tribune était orné de statues représentant la Force , la Victoire , la Prudence, l'Histoire et la Paix.
La tribune présidentielle, d'une richesse extraordinaire, était tendue intérieurement de velours cramoisi étoile d'or, agrémenté de torsades , de franges et de crépines supportant le chiffre du Président et le monogramme de Napoléon F**. Des bannic'n^s allégoriques , portant des devises et des noms de victoires, flottaient au vent. Des tapis montaient du sol au plancher supérieur, et sur les marches éUiient posés des lions, des trojiliées et d'immenses vases de fleurs.
I^s dames des membres du corps diplomatique, les familles des ministres et de tous les grands dignitaires ocîcnipaient les deux tribunes latérales. (Ihacunede ces tribunes avait trentedeux mètres de long sur vingtwieux rangs de hauteur. I/fS décorations étaient analogues a ('elles de la tribune priniripale. A droite et àgaucbe. \u\ pavillon de quinze mètres d'élévation et de vingt-deux mètres de longueur était destiné : au Séiwl,
au Corps législatif, au Conseil d'Etat, à la Cour de cassation, à la Cour d'appel , au tribunal civil , aux magistrats de l'ordre judiciaire, au tribunal de commerce, auxjugesdepaix etaux prud'hommes ; à la Cour des comptes , au Conseil supérieur de l'instruction publique , à l'Institut de France , aux Corps savants, aux ingénieurs des corps des Ponts-et-Chaussées et des Mines , aux fonctionnaires et professeurs de l'école d'Etatmajor, des écoles polytechnique et de Saint-Cyr, au préfet du département de la Seine et au préfet de police, accompagnés des corps municipaux et des commissaires de police de Paris et de la banlieue , aux consistoires des cultes protestant et Israélite , à l'Etat-major de la garde nationale de Paris, à l'Etat-major de l'armée et de la marine , à la Chambre des notaires et à celle des avoués, aux chambres syndicales des agents de change, des commissaires - priseurs , des courtiers de commerce et d'assurances.
On le voit , rien n'avait été négligé pour donner à cette solennité un caractère de grandeur dont le souvenir semblait perdu.
Deux cents mâts garnis de bannières, de trophées et de panoplies portant l'inscription de chaque numéro de régiment , avec l'indication des batailles où il avait iiguré , complétaient cette décoration grandiose. On avait voulu faire grand et on avait absolument réussi.
Un peu avant midi, le clergé arriva processionnellement « avecriiabit de chœur d'été ». On remarquait dans ses rangs le chapitre métropolitain , les chanoines honoraires de l'église de Paris, les curés et les vicaires des paroisses et des séminaires diocésains. L(î cortège était parti de l'église de Saint-Pierre du Gros-Caillou , où avait été fixée la réunion générale. Sa marche était fermée par l'archevêque de Paris , revêtu des habits pontificaux.
Le Président parti du palais des Tuileries , arriva au Champ de Mars un peu après midi. 11 traversa le pont d'Iéna , se dirigea vers la gauche de la ligne d'infanterie , la remonta au
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galop , descendit de môme la ligne de la cavalerie et traversant le Champ devant l'artillerie , vint se placer sur l'extrade. Vingt et un coups de canon avaient salué son entrée. La maison militaire, le maréchal Jérôme Bonaparte, le ministre de la guerre , le général en chef de l'armée de Paris , les maréchaux et un certain nombre de généraux français et étrangers nominativement désignés, l'accompagnaient. A la fin du cortège venait le peloton des chefs arabes conduits par le colonel Durrieu. Des Tuileries au Champ de Mars les acclamations avaient retenti. L'enthousiasme de l'armée tenait du délire :
Il y avait quelque chose de grandiose , dit un témoin oculaire , dans ce spectacle du neveu de TEmpereur passant à cheval devant le front des troupes , avec son brillant cortège , dans lequel on remarquait , revêtus de leurs burnous blancs et rouges , ces chefs arabes qui semblaient attester, par leur présence à cette solennité , le triomphe de la civilisation européenne , personnifiée par la France , sur la barbarie africaine ... .
...Le Champ de Mars offrait a ce moment d'ailleurs, un coup-d'œil que rien ne saurait décrire. Ces tribunes, remplies des grands dignitaires de l'Etat; cet autel monumental , ces immenses velarium , ces bannières flottantes , ces trophées , ces panoplies , ces lignes de troupes aux armes si diverses , si variées ; ces casques , ces cuirasses , les baïonnettes étincelant au soleil ; ces roulements de tambour, les sonneries des instruments de guerre , le cliquetis des armes , le piaffement des chevaux , le silence majestueux de la troupe , cette alternative d'immobilité complète et de mouvements précipités ; cette foule immense et enthousiaste , qui couvre les tertres de la vaste enceinte , et encadre , pour ainsi dire , ce tableau grandiose , tout contribue à produire sur l'esprit des spectateurs une de ces impressions profondes qu'il n'est donné à aucun écrivain de pouvoir rendre.
Lorsque le Président fut parvenu sur l'estrade, les officiers de sa maison, le ministre de la guerre, les maréchaux et leurs aides de camp , le commandant en chef de l'armée de Paris , les présidents des comités , les officiers du ministre de la guerre et du commandant en chef vinrent se placer à ses côtés.
Les drapeaux et les étendards qui allaient être distribués à l'armée avaient été placés sur des ifs préparés à cet efiet et disposés derrière le prince Président. Le général Bressolles avait été
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chargé de surveiller ces préparatifs et d'établir la chaîne qui devait faire parveair de main en main les drapeaux au ministre et au commandant en chef de l'armée de Paris , lequel avait mission de les présenter au Président.
Aussitôt la revue passée , les chefs de corps désignés pour recevoir les drapeaux sortirent des rangs et vinrent se ranger au bas de l'escalier conduisant à la tribune présidentielle , la droite à l'Ecole militaire , la gauche dans la direction du pont , par rang de vingt.
Les chefs de corps se présentèrent dans cet ordre :
Le générai commandant l'école spéciale militaire de St-Cyr ; Le chef du 6^ bataillon de chasseurs à pied ; Les colonels des vingt-cinq régiments d'infanterie légère ; Les colonels des soixante-quinze régiments d'infanterie de
ligne; I^s colonels des trois régiments d'infanterie de marine ; Les colonels des trois régiments de zouaves ; Les colonels des deux régiments de la légion étrangère ; Les colonels des trois régiments du génie ; Le chef du l®*" bataillon de gendarmerie mobile ; Le colonel de la garde républicaine ; Les colonels des quinze régiments d'artillerie de terre ; Le colonel du régiment d'artillerie de marine ; Le commandant du P** escadron du train des parcs d'artillc Le colonel directeur des parcs des équipages militaires; Le général commandant l'école de cavalerie ; Les colonels des trois régiments de spahis ; Les colonels des quatre régiments de chasseurs d'Afriqi Les colonels des neuf régiments de hussards ; Les colonels des treize régiments de chasseurs ; Les colonels des huit régiments de lanciers ; Les colonels des douze régiments de dragons ; Les colonels des dix régiments de cuirassiers ; ^'^'^aIs des deux régiments de carabiniers.
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Le premier chef de corps placé au pied de l'estrade monta jusqu'au Président, suivi immédiatement du second, jusqu'à épuisement du premier rang. I.e second rang répéta la même manœuvre. Chaque chef, à mesure qu'il arrivait devant le Président recevait le drapeau qui lui était destiné.
Tous les drapeaux distribués, les chefs de corps se rangèrent au pied de l'estrade faisant face à la tribune.
Au signal donné par le ministre de la guerre, ces cliefs de corps remontèrent les gradins , en s'arrètant , les uns sur les marches , les autres sur le palier de l'escalier.
Le chef de l'Etat prit alors la parole :
Soldats, dit-il, l'histoire des peuples est, en grande partie, riiistoire des armées. De leui*s succès ou de leurs revers dépend le sort de la civilisation et de la patrie. Vaincues , c'est l'invasion ou l'anarchie ; victorieuses , c'est la gloire ou l'ordre.
Aussi les nations comme les armées portent^elles une vénération religieuse à ces emblèmes de l'honneur militaire, qui résument en eux tout un passé de luttes et de triomphes.
L'Aigle romaine , adoptée par l'empereur Napoléon , au commencement de ce siècle , lut la signification la plus éclatante de la régénération et de la grandeur de la France. Elle disparut dans nos malheurs. Elle devait revenir, lorsque la France, relevée de ses défaites , maîtresse d'elle-même , ne semblerait plus répudier sa propre gloire.
Soldats , reprenez donc ces aigles , non comme une menace contre les étrangers , mais comme le symbole de notre indépendance , comme le souvenir d'une époque héroïque , comme le signe de noblesse de chaque régiment.
Reprenez ces Aigles qui ont si souvent conduit nos pères à la victoire , et jurez de mourir, s'il le faut , pour les défendre.
C'était court, mais c'était clair. Chacim savait ce que cela voulait dire. Les troupes crièrent: Vive Napoléon! Vive l'Empereur 1
En Angleterre on crut à la résurrection du camp de Boulogne.
Les drapeaux qui venaient d'être ainsi distribués portaient les chiflFres du président , les initiales républicaines , et le nom des principales batailles auxquelles le régiment avait assisté.
A une heure, les chefs des divers corps descendirent les
gradins et se rendirent vers l'autel où le clergé les attendait en
grande pompe. Ils se placèrent sur le palier qui entourait la
chapelle , portant dans leurs mains les drapeaux qu'ils venaient de recevoir.
A un signal donné de l'autel , le canon tonna et la cérémonie religieuse commença. Un coup de canon annonça l'élévation. Les tambours battirent aux champs , les trompettes sonnèrent, les troupes présentèrent les armes, les drapeaux s'inclinèrent et tous les officiers sans commandement se découvrirent « pour rendre hommage à ce Dieu des armées qui a si souvent béni les glorieuses destinées de la France ».
L'archevêque Sibour procéda ensuite à la bénédiction des drapeaux. Cent-un coups de canon retentirent durant cette cérémonie.
L'archevêque prononça le discours suivant :
Sanctiûcate bcllum.