‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 82 sur 99 · JER. VI · texte numérisé non relu

JER. VI

Prince , Soldats ,

Le Dieu de j)aix , dont nous sommes les ministres , est aussi le Dieu des années. Voilà pourquoi notre place , la place de la religion , est marquée dans cette fête j^uernère.

Il y eut toujours une relij^ion des combats. Chez le peuple juif , c'est Dieu qui dirigeait les batailles, qui ibrmait les grands capitaines, qui inspirait aux prophètes les accents les plus belliqueux. Les Romains plaçaient les dieux à côté des aigles , en tête des légions.

Constantin remporta ses grandes victoires sous l'étendard de la croix. Nos preux chevalici-s , avant d'aller combattre les infidèles , se faisaient armer et bénir par l'église. Je ne vous i)arle pas de ce drapeau de l'ancienne monarchie que nos rois allaient recevoir des mains de la religion , avant leurs expéditions guerrières , sur l'autel de Saint-Denis ; le souveni^r en est venu naturellement à tous les esprits.

Chose étonnante I l'Eglise qui prêche à tous la paix , l'Eglise dont la milice sainte ne sait verser que son sang , et a même horreur du sang ennemi , l'Eglise a toujours eu des bénédictions abondantes pour le soldat , pour ses armes et pour ses drapeaux.

L'explication de ce mvstèrc n'est pas difficile , et c'est tout le sens de cette grande solennité , militaire à la fois et religieuse.

La paix est le dessein de Dieu. C'est le but vers lequel marchent les sociétés

DISTRIBIJTIOX DES AIGLES A l/ ARMEE. 357

humaines , quand elles suivent , dans leur cours régulier, les principes de la justice et les inspirations d'en haut. La guerre n'est légitime qu'à la condition de conquérir et d'assurer la paix. Les armées sont dans la main de Dieu comme de puissants instruments de paciBcation et d'ordre public.

Le droit a besoin delà force pour se faire resi)ecter ici-bas ; mais à son tour la force a besoin du droit pour demeurer elle-même dans l'ordre providentiel. La paix est donc toujours le but , la guerre quelquefois le raoven : mojen terrible , mais nécessaire , hélas I par l'eifet des passions qui agitent le monde.

Voilà pourquoi Dieu l'approuve ; pourquoi les prophètes l'appellent sainte , êancUficate bellum ; pourquoi l'Eglise a pour elle des paroles de bénédiction , d'encouragement et presque d'amour ; pourquoi aujourd'hui , comme si souvent dans le passé , le soldat et le prêtre se sont rencontrés et se sont tendu la main.

Le soldat et le prêtre , placés l'un et l'autre sous les lois austères de la discipline, ayant au cœur les mêmes principes de conduite , qui sont l'amour du devoir pardessus toutes choses , et l'esprit de dévouement jusqu'au sacrifice de sa vie , travaillent ensemble , quoique diversement , à procurer par l'apaisement des passions, le triomphe delà justice dans les sociétés humaines.

Que de services rendus à la paix publique par cette glorieuse armée , qui vient aujourd'hui incliner son front devant la Majesté suprême ! D'où vient que ces bruits sourds qui grondaient dans les entrailles de la France et de l'Europe se sont tus tout à coup? Pourquoi ces menaces de guerre civile et d'anarchie qui jetaient l'épouvante dans les esprits sont-elles désarmées? Qui a arrêté ce travail de dissolution qui faisait de si rapides progrès? C'est ime volonté ferme et résolue, appujée d'un côté sur la volonté nationale , qui fait son droit , et , de l'autre , sur une invincible armée qui fait sa force.

Et maintenant , salut , glorieux étendards , svmbole de tant de victoires ! notre âme de j)ontife ,qui n'est restée étrangère à aucim des sentiments de i)atriotisme , s'émeut en vous revovant. La gloire en ce moment efface , à nos veux , les îmciens malheurs de la patrie. Et pourtant tant de douloureux souvenirs qui ne trouvent pas plac« ici , ne sauraient être oubliés î

0 Prince ! que la volonté d'un grand peuple a mis à la tête de ses destinées , nous comprenons ce que ces signes héroïques . que vous nous apportez comme la plus glorieuse part de votre héritage domestique , doivent dire à votre cœur.

Ah ! nous comptons sur votre sagesse ; elle vous mettra à l'abri des éblouissements de la gloire. La France a soif de tranquillité et d'ordre. Fatiguée de la licence, sans répudier la liberté, elle veut se reposer à l'ombre d'un pouvoir fort et tutélaire. Continuez à la conduire dtms les voies pacifiques où elle est entrée ! Qu'elle puisse développer tous les éléments de force et de prospérité cachés dans son sein fécond.

Au-dessus des intérêts matériels , il j a les intérêts moraux du pays. Ils sont

rame et le cœur d'un grand peuple , sans lesquels il ne peut tarder à décliner et à se dissoudre. Sojez toujours leur défenseur. La religion que vous aimez ne vous demande pas des privilèges et des faveurs , elle vous demande de lui conserver toujours ce que l'Empereur, votre oncle , lui rendit dans les beaux jours de sa gloire , la liberté de vivre et de faire le bien. Vous j gagnerez la reconnaissance des peuples , et la seule gloire , peut-être , qu'un grand cœur puisse encore ambitionner aujourd'hui.

Prince , regardez moins le passé que l'avenir. On peut parler de paix , quand on tient dan& sa main de si vaillantes armées. Vos Aigles , des cîmes de l'Atlas aux cimes des Alpes et des Pyrénées, aurontpour leur vol sublime d'assez vastes espaces.

La Providence vous destine à l'édification d'une œuvre grande et saine.

Souvenez-vous que pour bâtir le temple , Dieu préféra Salomon à David. Continuez à reconstruire en paix la Société si profondément ébranlée , bâtissant d'une main , et de l'autre tenant toujours l'épée glorieuse de la France.

Vous avez d'ailleurs compris qu'à une époque où toutes les institutions tendent ù s'imprégner de plus en plus de l'esprit de l'Evangile , l'édifice social ne peut bien se cimenter que dans l'amour et la clémence.

0 Dieu ! maître souverain de la guerre et de la paix , qui dissipez les complots , qui calmez les tempêtes , qui brisez , quand vous le voulez , le glaive tiré pour le combat , gui conteris IcUa , venez bénir vous-même ces étendards , imprîmez-v les signes éclatants de votre puissance et de votre sainteté. Qu'en les voyant le courage s'anime , s'élève et monte jusqu'à son céleste principe : De cœlo forlitudo est.

Ne les rendez terribles qu'aux ennemis du repos public , et à ces nations , s'il s'en trouvait encore , jalouses de notre gloire et de notre prospérité , et qui tenteraient de les troubler. Qu'ils soient pour nos vaillants soldats ime sauvegarde et un gage assuré de la victoire.

Qu'ils renferment dans leurs plis glorieux la piiix et lu guerre , pour la sécurité des bons et la terreur des méchants ; et qu'à leur ombre la France respire et soit , pour le bonheur du monde , la ])lus grande et la i>lus généreuse des nations !

A une heure et demie le Président remontait à clieval et le défilé commençait.

Après le dédié et avant de retourner dans leurs quartiers, toutc^s les troupes massées par bataillons, firent un mouvement de flanc droit et de flanc gauche, et présentèrent les armes à Louis-Napobkm , ([ui , suivi de son cortège , rentra aux Tuileries, par le pont d'Iéna et les quais de la rive droite. Le soir Paris illumina ; une foule considérable remplissait les rues.

DISTRIROTION DES Aiai.RS A 1/aRMI^« !VAI

Lorsque les délégués de rarinée viMuis îles <U^imr(tMUonU« allèrent prendre congé du Prinoo Pn^sidoul, ool\u-iM Uuir utlnvssu ce discours :

Officiers . sous-officiers et soldais ,

J'ai voulu, avant votre départ y vous adn'ssor qu('I(|U0N parolrn do roliciliiliouN et d'encourageçient.

Je tenais à vous dire combien j'avais ct^^ Iieun*ux dnuN la (li*rni(«ri*Hotf«iuiitt^, dti me voir entouré des représentants de notre vaillante arinéo , t«t di* I(*h iiHHiiriM' (|iin mes sentiments d'estime et de sympathie élaie]it IrM iiH^mt'H pour totiN Ii'h corpM (|iii la composent.

Il est bien des services, sans doute, bien des inériteHdi:tiifMiréMHnnMr<''roiiipi4tiMn| mais, croyez-le, le jour de la justice ne manquera pan de venir pour cliai'iiii.

D'ailleurs, si ces récompenses sontundroi^, elleH ne nont ni h \tm yi*u% ni inu miens le principal mobile. Ce qui fait votre force et votre gloire , c'ent qiiVn Voiik parlant d'honneur et de patrie , rien n'<'Ht inquiMMiblf; avei* voum, Voihi h? v/'i'ilubl<t mobile de l'armée , celui qui ne manquera jamain , cehii Mur h'qii<^l je roiiipL^i,

Rapportez avec orteil à vos régimenls c^.h /îtendardi» , nymUnU^n y^iM'H ilit notre gloire nationale, et sur les^piels se trouve érriU; t'hiftoire de chaque r^*^rimmi', je les confie à votre patriotisme. Dit^îsâ vos frêrvf» d'aniieM qiii? um \f**nn/**i fui U;ii.joars au milieu d'eux , que je suis toujours prêt k partn^r^r leuiK tUtn^ffrn t'ttmtm jfn partage leur amour et leur dévouement inmr la prrHiuknr «ft \h pro«|y^fn(/{ tUi in France.

Chaque régiment de Ih t^àntisim de VHrh rit\pHvr>i*uU*. \Mr mut délégation des coînp^igTiies , aynuin hh téUt VétU$i^uîHyfr t*X \h musique. aUa ensuite rep^>rt/f r a u muVf^f d'artil^mV. W.^,'4tm*rn% drapeaux que lef? aîides \HUHmd de r^uiph^^^s.

L'Empire était fondé.

15 Août 1S53.

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