‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 88 sur 99 · LES COURSES DE CHEVAUX · texte numérisé non relu

LES COURSES DE CHEVAUX

~ . NUMÉRER les courses qui eurent lieu au

\ Cliauip de Mars, serait fastidieux. Depuis 1819 jusque sous le second Empire, époque à laquelle le champ de courses fut porté à Auteuil, il y en eut un nombre considérable. A l'origine . sous la Restauration , la population parisienne était franchement hostile à ce genre de sport d'importation anglaise. Elle devint un peu moins indifférente sous Louis-Philippe et sous l'Empire. Aujourcriiuî , ces hittes la passionnent. Voici ce que disait en 18513 , Achille de Vaulabelle :

•Notre svstème de courses nous paraît mieux entendu que celui des

Anglais : ces derniers admettent à ces luttes de troj) jeunes chevaux , et Tliabitude où ils sont de ne pas mesurer le temps, leur ôte tout moven de comparaison pour les courses faites dans des années et sur des lices différentes , ainsi que pour la vitesse des chevaux qui ne luttent pas ensemble. Il v a au reste dissemblance complète entre les courses des deux nations. Kn Angleterre , une course remue toute la population d'un comté. Kn France , c'est ù peine si une solennité de ce genre réunit une partie des habitants de la ville où elle a lieu. Kn Angleterre , les courses sont une institution nationale , que soutient lejmblic , et dont il fait volontairement et largement les frais ; chez nous , les courses ont lieu par ordre . et la dépense en est prise sur les fonds de l'Etat, l'ne seule course en Angleterre suffit pour élever ou détruire des fortunes ; en France , c'est à peine si (en dehors des membres du Jockej'-Club de Paris , qui ne se ruinent pas eux-mêmes , quoiqu'ils disent ) , de

^i7i M-: CIIAMI* I)K MARS.

rares parieurs y échangent de rares pièces de 5 fr. Pour réunir quelques centaines de spectateurs , nos préfets sont obligés de fixer ces luttes au dimanche ; en Angleterre , elles attirent de toutes les parties du rovaume une telle affluence, que l'amateur éloigné qui veut s'assurer un gUe , est obligé de le paver au poids de l'or, et de le retenir longtemps à l'avance. Chez les Anglais, l'avidité pour les courses semble en raison directe des pertes et des dépenses qu'entraînent ces réunions ; en France , le peuple et les oisifs s'y portent , surtout parce que c'est un spectacle gratuit. Une course chez nous n'est en quelque sorte qu'un lieu de promenade ; la masse des assistants y est calme , presque indifférente ; à Paris , quelques rafraîchissements pris dans l'intervalle de chaque lutte ; dans les provinces , quelques divertissements })eu coûteux à la lin de la journée : voilà toutes les dépenses que fait naître chez nous ce spectacle.

Mais c'est précisément cette absence de toute pensée de jeu , de toute habitude de paris, qui conserve à nos courses leur caractère d'utilité. Aussi, doit-on désirer de les voir se multiplier sur tous les points de la France ; elles exciteraient la paresse routinière etl'amour-propre des éleveurs , qui , pouvant espérer honneur et récompense , j)roduiraient plus et mieux. Les abus et les maux réels qu'elles entraînent aujourd'hui en Angleterre ne sont point à craindre ; notre population agricole , assise sur un sol qui lui appartient , a ])eu de goût pour les opérations hasardeuses.

Quand il écrivait ce qui précède. M. de Vaulabelle ne prévoyait pas la fièvre singulière ([ui s'emparerait de nous , vers la fin de notre siècle. L'amélioration de la race chevaline est restée le moindre de nos soucis. I.a « performance » du cheval nous laisse aussi froids ([ue la défornuilion du jockey; ce que nous demandons aux courses . il faut bien nous l'avouer, c'est Téniotion malsaine que procure le jeu. Nous n'avons donc rien gagné, en France . à ce que, au point de vue hippique, notre éducation devint plus parfaite que ne l'était celle de nos pères.

Au Champ de Mars . la première course de chevaux date du mois d'août 1811). A cette occasion, la Préfecture de Police avait publié un avis défendant expressément à toutes personnes qui se rendraient aux courses des 21 et 22 août, d'amener des chiens, afin de prévenir les accidents que ces animaux pourraient occasionner en poursuivant les chevaux engagés.

Le 21 août, les tertres étaient occupés par un certain nombre

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de curieux ; les allées extérieures étaient laissées aux voitures , et à l'intérieur de la piste circulaient librement les cavaliers.

Trois pavillons drapés avaient été élevés dans la partie occidentale du Champ. Ces pavillons étaient occupés par M. de Chabrol , Préfet de la Seine , par le Sfecrétaire-Général de la Préfecture, par l'Intendant militaire et par les juges des courses. Deux galeries avaient été construites pour recevoir les invités de la ville de Paris.

Dans le pavillon de droite , se trouvaient le duc d^Orléans et sa famille. Dans celui de gauche , le chargé d'affaires de la Porte Ottomane, accompagné de plusieurs personnages étrangers, avait pris place.

Les courses, commencées à une heure et demie, étaient tenninées à deux heures un quart ; elles étaient au nombre de trois , et onze chevaux devaient y prendre part.

Les vainqueurs furent : une jument à M. Dreek ; un cheval à M. Narbonne , et une autre jument à M. Legrand. Ces trois chevaux devaient courir le lendemain et se disputer le Grand Prix.

Le 22 août , deux chevaux seulement se présentèrent , celui de M. Narbonne fut victorieux.

(( La course tenninée, Madame et les Princes ont quitté leur « tribune, et, en rejoignant leurs voitures, le jockey, qui avait « monté le coursier vainqueur, Fa présenté à LL. AA. RR. « Monsieur, avec son affabilité ordinaire , a parlé à cet homme (( d'une manière flatteuse. »

Pendant la Restauration , les courses se poursuivirent au milieu d'une indifférence presque générale. On courait alors le Prix iVarrondmeDwnl ^ qui était de 1,200 francs, le Prix Principal, qui était de 2,000 francs, et en&n le Prix liof/al , qui était de 6,000 francs.

Le Prix Royal de 1824 , couru par un temps magnifique , le 5 septembre , donna lieu à une certaine solennité. Monsieur, le Duc d'Angoulème, Madame, la Duchesse de Berry, y assistaient.

Le Ministre de rintérieur présidait, accompagné de M. de Chabrol , chef du Jury.

Neuf chevaux se disputèrent le prix. L'espace à parcourir était de 4,000 mètres , il fut franchi par une jument , au duc de Guiche , à la première épreuve en 5 m. 8 s. 4/5 , et à la seconde épreuve en 5 m. 13 s. 4/5.

Entre les deux épreuves , on courut une course de 4,000 m., dans laquelle étaient engagés deux chevaux anglais. liCs paris étaient considérables.

Quand Charles X fut monté sur le trône , il voulut donner quelques encouragements aux courses de chevaux. Dans ce but, il institua le Prix du Roi (6,000 francs) , payé sur les fonds de la liste civile , et le Prix du Dauphin (3,000 francs) , dont les fonds étaient fournis par le Dauphin.

Le prix du Roi se composait d'un vase d'une valeur de 1,500 fr., d'une coupe de 800 francs et de 3,700 francs en numéraire ; le prix du Dauphin était représenté par un vase de 1 ,000 francs et par une somme de 2,000 francs.

Chacun des vases portait une inscription rappelant sa provenance.

Pour le prix du Dauphin , tout cheval entier ou jument de quatre ans et au-dessus était admis à courir, à la condition de justifier qu'il était né en France , et qu'il y avait été élevé. Le prix était disputé en trois épreuves ; la distance à parcourir était de quatre kilomètres , qui devaient être franchis à raison de 650 mètres par minute.

Eu Tannée 1825, les Prix d'arrondissements furent courus au Champ de Mars , le 28 août , sous la présidence du Préfet de la Seine. Ils étaient au nombre de quatre , et avaient une valeur de douze cents francs chacun.

Pendant Tintervalle de ces courses , des chevaux lapons de quatre pieds au maximum , coururent entre eux , montés par des enfants de douze à quinze ans.

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