A LA FRANCE
~ n'était pas heureux dans les guerres
qu'il entreprenait. Celle de Crimée, si on en excepte quelque gloire, n'avait rien rapporté à la France.
Celle d'Italie, assurant l'unité de
ce pays , amenait avec elle le résultat
détestable de créer sur nos frontières,
une grande puissance qui , tôt ou
tard , nous le voyons bien aujourd'hui ,
^^vv.uit en brèclie, à l'aide des amies que,
follement nous lui mettions entre les uiains, notre inûuence
dans la Méditerranée.
Cette guerre , quelle que dût être sa conclusion , était une faute irrémédiable. En 1800, notre diplomatie , nos hommes politiques, uniquement préoccupés du retour de Nice et de la Savoie à la France, et comptant sur la reconnaissance italienne, ne voyaient pas si loin , et ne voulaient songer qu'au présent, plein de promesses.
C'était, en effet, la première fois depuis 1815, qu'un accroissement de territoire échéait au pays , en Europe; la première fois qu'un pas était fait dans la voie de la reconstitution de
ruilité française. La France saluait avec joie cette victoire inespérée.
Lorsqu'il avait entrepris la guerre d'Italie , Napoléon III pensait augmenter sa popularité en France , et détourner l'attention des affaires intérieures quelque peu troublées. Dès Pentrée en campagne , il se trouva en face de difficultés imprévues.
Aller jusqu'au bout , et affranchir l'Italie entière , c'était précipiter la fin du pouvoir temporel du pape , et amener, par suite 5 l'irritation et la colère du clergé ; s'arrêter en chemin , c'était faire œuvre bâtarde , mécontenter les Italiens et ne point tenir la parole solennellement donnée.
Chacune de ces deux politiques offrait des dangers pour la dynastie. Napoléon ne suivit ni Tune ni l'autre. Placé entre l'Impératrice , qui patronnait le pape , et le prince Napoléon , qui soutenait le roi d'Italie , il hésita sans cesse , « donnant partout des conseils , qui n'étaient suivis nulle part , et mécontentant tout le monde à la fois. »
Le peuple , lui , ne s'occupait pas de l'avenir ; heureux du succès assuré au pays par le traité signé à Turin le 24 mars 18()0 , il ne se demandait pas si ce succès n'était point trompeur ; c'est avec enthousiasme qu'il fêta la cérémonie nationale du 14 juin.
Dès le matin de ce jour, la ville présentait le coup-d'œil le l)lus animé : les édifices publics , les maisons particulières , étaient partout pavoiséesaux couleurs de France et de Piémont.
A dix heures, un Te Dcum solennel fut chanté à Notre-Dame, en présence des Ministres , des membres du Conseil i)rivé , des maréchaux , des Grands Croix de la Légion-d'Honneur. des Grands Coi^ps de TKtat et des Autorités civiles et militaires. Une députalion nombreuse de Savoisiens et de Niçois assistait à cette cérémonie. Le cardinal Morlot , archevêque de Paris, officiait, entouré du chapitre de la cathédrale.
Des détachements de la Garde impériale et de l'infanterie de ligne formaient la haie aux abords de la cathédrale , dont les tours étaient surmontées de banderoles aux trois couleurs.
chasseurs , de cuirassiers et de carabiniers , occupaient le terrain que l'infanterie avait laissé disponible.
Ces divers corps formaient un eflTectif d'environ soixante mille hommes.
A deux heures , une salve d'artillerie annonça le départ de TEmpereur. Accompagné du prince Napoléon , du Ministre de la Guerre et du maréchal Pélissier, duc de Malakoff , sui\i d'un nombreux état-major, dans lequel figuraient plusieurs officiers étrangers , il passa successivement devant les lignes , qui l'accueillirent avec les plus vives acclamations.
L'Impératrice s'était rendue en voiture découverte à l'Ecole Militaire. Du balcon du Grand Salon , elle suivit la revue accompagnée de la grande duchesse Marie de Russie, et entourée des Ministres et des Présidents des Grands Corps de l'Etat.
Les divers corps de la garde nationale et de Tamiée défilèrent aux cris répétés : de Vive l'Empereur ! vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial !
A la suite de cette revue . le Ministre de l'Intérieur Billault , adressa au marquis de Lawcestine. commandant supérieur des gardes nationales de la Seine . la lettre suivante :
Mon cIhm- (irnéral ,
Les gai'des nationales du dé|)artenîenL de la Seine ont dignement figuré près de nos braves soldais dans la splenditie revue d'iiier. Leur nombre, leur belle tenue, leurs sjmj)atliies enthousiastes pour l'Empereur ont vivement frappé Sa Majesté. Je suis chargé j)ar l<]lle de vous en exprimer toute sa satisfaction.
dette réunion de Nice et de la Savoie fut le dernier succès extérieur de TP^mpire , le dernier sourire de la fortune. K'aslre palissait. Les mauvaises années, les échecs, les déboires de toutes sortes allaient se continuer pres([ue sans interruption jusqu'à la terrible catastrophe de 1870.