‹ Le Champ de Mars, 1751-1889Chapitre 97 sur 99 · C 33 Kk =3Ee · texte numérisé non relu

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FÊTES DC COMMERCE ET DE l'iXDUSTRIE. 413

à des constructions légères, d'un aspect artistique fort original ; on y éleva notamment un ce Cabaret de Ramponneau » qui pendant quelques semaines , devint le rendez-vous d'un monde élégant, remuant et dépensier.

A l'Opéra, on organisa diverses représentations qui eurent un grand succès et produisirent de fort beaux résultats.

Au Champ de Mars , enfin , on prépara des fêles militaires dont l'éclat a frappé ceux qui ont pu y assister.

Une vaste tribune ornée de drapeaux et d'oriflammes, faisant face à l'Ecole militaire , avait été adossée au jardin bordant la Seine. Sur cette tribune , les places louées à l'avance coûtaient cinq francs , vingt francs et quarante francs.

Vivement sollicité par le Comité, le gouvernement avait pennis à l'armée de prendre part aux fêtes. Les exercices projetés, consistaient en courses de têtes, de bagues, de javelots et en sauts d'obstacles. Un carrousel où devaient évoluer quatre escadrons , suivait les courses ; une fantasia , exécutée par cinquante spahis , venus exprès d'Algérie sous le commandement du capitaine de la Bachêlerie, couronnait le tout.

Le vendredi 21 mai 1886, outre les personnes placées dans la tribune , plus de deux cent cinquante mille spectateurs , massés devant TKcole militaire, devant la tribune et sur les côtés du Champ de Mars , assistaient à cette solennité qui devait se renouveler , et qui se renouvela en effet le dimanche 23 mai.

Le programme était séduisant. Il fut ponctuellement suivi.

L'escadron de St-Cyr , un escadron des 7^ cuirassiers, 14^ et 16^ dragons arrivèrent sur le Champ de Mars ayant à leur tète le colonel de Rothwiller et le capitaine de l'Espée. Us se présentèrent , face à la tribune sur deux escadrons de front et deux de profondeur. Saint-Cyr était commandé par le capitaine de Ferluch ; le 7^ cuirassiers par le capitaine de Bastide : le 14^ dragons par le capitaine Menuau et le 16® dragons, par le

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nîêlée en cercle fut spécialement remarquée et valut à nos soldats les applaudissements de la foule entière.

Apivs C'^^s évolutions si diverses et qui tirent grand honneur à ceux qui les dirigeaient , les spahis exécutant une course furibonde . faisant feu de leur arme. s"armant ensuite de leur siibre recourbé, assujetti à la selle de leur cheval, simulèrent l'attaque d'un convoi.

Pour achever dignement cette journée pleine d'imprévu . les St-Cyriens. les dragons, les cuirassiers, et les spald<. partis tous de l'Kcole militaire, charirèrent en liioie. sur toute la lonirueur du l'.hcim]» de Mars et s'arrêtèrent instantanément devant la tribune. s;duHs fie salves de bravos qui ont dû retentir longteuips à leui^s nreill«^^.

14 JuiUet 1888.

LE BANQUKT DKS MAIRKS KT LA FftTE NATIONALE.

les premiers mois de l'année 1888, le onseil municipal de Paris avait inanifesté, de manière officielle, l'intention de rf^unir dans la capitale, à l'occasion du 14 juillet 1889, tous les maires de la France.

Il s'agissait d'organiser pour cette époque , dans un but purement politique, une sorte de fédération, au sein de laquelle on aurait discuté, entre autres questions, l'autonomie communale, qui reste la préoccupation constante de nos édiles.

Des circulaires furent lancées par le Conseil, mais le Gouvernement , étranger ù cette manifestation , ne pouvait admettre qu'un fait aussi important put s'accomplir sans qu'il en fut régulièrement saisi , et sans que les pouvoirs publics en eussent préalablement délibéré.

Il s'opposa donc a.vec énergie à la réalisation du projet voté par le Conseil municipal . qui , n'ayant pas qualité pour provoquer une pareille réunion , dut, malgré sa résistance, abandonner la fédération des maires.

C'est, on peut le croire, de cette idée première, utilement

modifiée dans sa foniie et dans son but , qu'est né le banquet du 14 juillet 1888.

Vers le 15 juin , désireux de faire connaître à la province tout entière, Tétat d^avancement des travaux de TExposition universelle , le Gouvernement eut l'heureuse pensée de convier les maires des chefs-lieux de canton , à la fête nationale et à un immense banquet qui devait avoir lieu dans le Champ de Mars , en présence du Président de la République , des Ministres , des Sénateurs , des Députés , et de nombreux invités , appartenant aux administrations de l'Etat.

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('a RTF. d'invitation.

dette invitation fut acceptée avec empressement par mille quatre-vingts maires et par mille deux cent vingt personnages officiels. Les tables préparées durent, en conséquence, donner place à deux mille trois cents convives.

Ce n'était pas chose facile. On y parvint cependant en installant le banquet et ses services dans les deux travées de l'Exposition , les plus voisines du bâtiment de la Direction des travaux , dont l'entrée est située sur l'avenue de La Bourdonnais , au débouché de la rue Saint-Dominique.

Monsieur Alphand , se chargea de l'organisation et de l'omementation de la salle , dans la([ue]le devaient se réunir les deux mille trois cents invités. Cette salle, sans y comprendre ni le vestiaire , ni les cuisines, présentait un rectangle de 50 mètres

sur 116 m. 62 c; sous les ordres de M. Alphand, et sous son inspiration, eUe prit en. moins de dix jours, et comme par miracle , un aspect artistique remarquable.

Pour cette circonstance , le garde-meuble s'était dessaisi de trente-deux tapisseries choisies parmi ses plus riches et ses plus belles. Encadrés par des tentures d'un ton calme et tranquille, elles conservaient leur valeur et leur éclat.

Ces tapisseries célèbres sont toutes connues des amateurs , il y avait là : Le sacrifice d'Iphigénie , la colère d'Achille , Enée et Didon , la chasse au cerf à Fontainebleau , l'Opéra au palais des Tuileries , l'Opéra au Louvre , le château de Marmont , Scipion brûlant et forçant le camp des Numides , la prise de Garthage par Scipion , la bataille de Scipion et d'Asdrubal , la bataille de Zama , Scipion visité par les ambassadeurs de Garthage 5 Diane implorant Jupiter, Mercure au milieu des Nymphes, le taureau de Mars dompté, le Parnasse, FEcole d'Athènes, Vénus et l'Amour, Bacchus , la distribution des Gouronnes , l'exécution militaire, la ville embrasée, Gonstantin sur le champ de bataille , le camp de Gonstantin , le partage du butin , le banquet , le passage du pont de Môle , la paix , un cirque avec la statue d'Hercule , l'évolution militaire , la toilette de Flore , l'Amour couronné.

Dans la partie supérieure de l'immense vaisseau , éclairé par un nombre considérable de lampes électriques, courait une large draperie de velours rouge , aux crépines d'or , qui complétait l'ornementation.

Les drapeaux , les oriflammes , les fleurs et les plantes rares y étant à profusion , disposés avec un art parfait , l'efiet général était merveilleux et tel qu'U n'en fut jamais de semblable.

La table mise, tout était prêt quand , le 14 juillet, de retour de la revue de Longchamps , à laquelle ils avaient assisté dans une tribune réservée , les maires vinrent visiter en détail les chantiers de l'Exposition , et prendre au banquet , les places

qui leur étaient indiquées par des écritaux , portant le nom de leur département.

A sept heures quarante , M. le Président de la République faisait son entrée. Quelques instants après on était à table.

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Pendant le repas , dissimulés par un massif de verdure , les musiciens de la Garde républicaine et la Société chorale des Enfants de liUtèce. jouaient ou chantaient leurs morceaux les meilleurs.

Au dessert , M. le Président de la République se leva et prononça le discours suivant , fréquemment interrompu par des acclamations et des bravos enthousiastes :

Messieurs ,

Le gouvernement de la République vous a conviés à venir célébrer la Fêle nationale du 14 Juillet par une manifestation de concorde et d'union.

Entouré des membres du Parlement , des représentants de la ville de Paris , des chefs de la magistrature , de l'armée et des grandes administrations publiques, il a voulu souhaiter la bienvenue aux nouveaux élus du suffrage universel , à ceux

que le vote iadépendant des conseils municipaux vient de placer à la tête des principales communes de France.

Vous avez , Messieurs , avec empressement , répondu à notre appel et , de tous nos départements , vous êtes venus apporter ici une éclatante affirmation de l'unité nationale , de la solidarité des villes et des campagnes , du dévouement de tous à la patrie commune et à la République.

Au nom du Gouvernement , je vous remercie , avec l'émotion qu'un pareil spectacle inspire à tout cœur patriote.

La fête qui nous réunit , Messieurs , couronne deux belles journées , qui laisseront dans vos mémoires un ineffaçable souvenir.

Hier, vous aviez sous les yeux ce spectacle touchant et grandiose de la glorification d'un grand citoyen , qui n'a pas désespéré de son pajs , accablé par la fortune. L'acclamation populaire vous a raj)pelé cet immense élan qui emportait naguère aux funérailles de Gambetta , la France entière, personnifiant, dans le puissant tribun , la défense du sol et de l'honneur national.

Aujourd'hui , Messieurs , vos cœurs français ont battu d'une patriotique émotion , à l'aspect de notre armée si forte , si disciplinée , si confiante dans ses chefs digpies d'elle , animée des seuls sentiments de l'honneur et du devoir. Vous avez ressenti tout ce que cette fleur de notre jeunesse , pénétrée de sa haute mission, doit inspirer de confiance et de sécurité à un pays qui veut résolument, au dedans , le calme et le respect de la loi , au dehors la paix et l'estime du monde.

Ce soir enfin , vous venez de parcourir un merveilleux chantier où s'élèvent , comme par enchantement , les constructions élégantes et hardies qui doivent , dans quelques mois , abriter l'Exposition universelle.

Ces vastes travées , que nous inaugurons aujourd'hui par une fête de la solidarité nationale , cette tour gigantesque qui semble croître à vue d'oeil sous l'effort de la science de nos ingénieurs , tout se prépare pour le rendez-vous que la France a donné à l'art et à l'industrie de l'univers.

Tout sera prêt à l'heure dite ; et sur ce théâtre immense , que vous avez pu embrasser du regard , s'ouvriront , l'année prochaine , ces grandes assises du travail qui commandent la concorde entre les citoyens et les bons rapports entre les peuples.

Vous emporterez , Messieurs , des souvenirs réconfortants de votre visite à la généreuse cité républicaine qui vous réservait un accueil fraternel.

Vous avez trouvé on elle ce foyer toujours actif de la civilisation , répandant au loin sa vivifiante lumière. Vous avez vu cette patrie du goût , fertile en toutes les productions du génie , chaque jour plus animée , et mettant à profit le calme et la paix dont elle n'a cessé de jouir sous l'égide de la République.

Vous direz à vos concitoyens que vous avez rencontré ici des cœurs battant à

riinisson des vôtres , ayant vos aspirations et vos espérances ; des fils de la Révolulion fran^'uise résolus à défendre l'héritage des libertés léguées par nos pères ; des fermes républicains qui demandent le progrès au développement régulier de» institutions de la France , qui savent garder le plus parfait sang-froid en face des agitations des partis , au dehors ou au dedans de nos frontières , et ne se laissent pas plus réduire par de fallacieuses promesses qu'émouvoir par de bnijantes entreprises.

Vous emporterez de votre visite, Messieurs, le sentiment profond que les destinées de la France sont indissolublement liées à celles de la République , et qu'un siècle après la Révolution , un gouvernement ne peut avoir d'autre assise que la volonté nationale.

Ici même , sur ce Champ de Mars , aujourd'hui transformé en un champ de travail , la France entière , il y a quatre-vingt-dix-huit ans , s'est trouvée un jour réunie comme dans une fraternelle étreinte pour proclamer la solidarité nationale.

Les mêmes sentiments vous animent, Messieurs, et, en appelant ici les représentants que nos communes ont honorés de leurs libres suffrages , c'est à ces sentiments que le gouvernement faisait appel.

Rien ne saurait , plus que leur éclatante manifestation , réjouir des Français et fortifier la Patrie.

A la fraternité française !

Déjà 5 nous Tavons dit en son temps , le Champ de Mars avait vu un banquet de quinze mille couverts ; mais ce banquet , peu luxueux dans sa distribution, avait lieu à l'air libre, et d'ailleurs, on ne dînait pas en 1815 comme on dîne aujourd'hui.

Le repas du 14 juillet 1888 , nous semble être le premier qui, à Paris , ait réuni en lieu clos, au milieu d'an décor magnifique, un nombre aussi considérable de convives. Ses organisateurs nous paraissent avoir le droit d'être fiers de leur complète réussite.

Veut-on se représenter ce qu'il a fallu d'initiative , de soins , d'intelligence , pour obtenir le résultat cherché.

Il y avait , à servir, soixante-seize tables , y compris la table d'honneur, (linq-cent-cinquante maîtres d'hôtel, cuisiniers ou aides furent employés à cette tâche; pour tous les services, vingt-sept mille assiettes passèrent successivement devant les

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invités, chacun ayant près de lui cinq verres, pour les différents vins qui étaient offerts.

Ces chiffres suffisent , le reste étant à Ta venant.

Après le discours de M. Garnot, les présentations eurent lieu, puis les con\àves se répandirent de nouveau dans les chantiers , afin d'assister au feu d'artifice qui devait être tiré sur la deuxième plate-forme de la tour Eiffel , à cent-treize mètres d'élévation.

Vu du Champ de Mars , le spectacle était extraordinaire de grandeur. Sous l'arc de la tour, éclairée seulement par les illuminations voisines , et , de temps à autre , par des jets de lumière électrique, se développait, dans son imposant ensemble, le Palais du Trocadéro , brillant de milliers de feux de couleurs différentes.

A dix heures , le signal du feu d'artifice était donné. Trois artificiers , parmi lesquels se trouvaient MM. Edouard Philippe et Dida , étaient à leurs postes , et furent seuls à jouir, non sans danger, d'un spectacle que personne , sans doute, ne reverra.

Qu'on nous permette de reproduire ici le saisissant tableau publié à ce sujet par le journal le Temps ; nous ne saurions mieux faire :

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