‹ Le chancre et les syphilides cutanées et muqueuses et le traitement généralChapitre 57 sur 72 · MÉDICATION SULFURÉE · texte numérisé non relu

MÉDICATION SULFURÉE

de calomel. Sous rinfluence de ce médicament, une stomatite intense s'était déclarée, obligeant à interrompre le traitement. C'est dans cet état que le malade se présenta à nous et, dans l'impossibilité de continuer la médication mercurielle, je prescrivis quotidiennement deux grands verres d'eau d'Uriage. Sous l'influence de l'eau sulfureuse absorbée, non seulement la stomatite disparut rapidement, mais, bientôt et sans nouvelle administration de mercure, les plaies se cicatrisèrent. J'avais, par ce moyen, mis en liberté et utilisé le calomel accumulé depuis longtemps dans les muscles sans réel profit pour le malade.

Il arrive souvent, si vous faites analyser les urines d'un malade qui a été soumis à la médication hydrargyrique, que vous pouvez, après que l'élimination du mercure par l'urine a cessé complètement, que vous pouvez, dis-je, faire réapparaître cette élimination, en administrant de l'eau sulfureuse. Vous solubilisez ainsi et vous entraînez dans le torrent circulatoire les parcelles de mercure détenues dans l'organisme. Telle est souvent la raison de l'amélioration des syphilitiques dans les stations thermales sulfureuses.

L'eau sulfureuse, absorbée par les malades soumis au traitement mercuriel, crée, en quelque sorte, un courant incessant et rapide de mercurialisation à travers l'organisme. Le soufre utilise le mercure absorbé et favorise son élimination.

La médication sulfureuse a encore une aulre utilité

dans la syphilis, car le soufre est un reconstituant général de Téconomie, affaiblie par Tinfection syphilitique.

Les eaux sulfureuses, que j'emploie de préférence, sont Teau d'Uriage, qui a Tavantage, par sa teneur en chlorure de sodium, d'être isotonique au sérum sanguin, Teau de Challes, qui est froide, facilement transportable et qui est facilement digestible à cause du bicarbonate de soude qu'elle contient, Teau de Luchon, de la source du Pré n^ 1, qui est la plus stable des sources de cette station.

L'eau d'Uriage et Teau de Luchon doivent être prescrites à la dose d'un ou de deux grands verres par jour, un verre matin et soir. L'eau de Challes, qui est plus minéralisée, est prescrite seulement à la dose d'un verre à bordeaux matin et soir.

Le second adjuvant de la médication mercurielle, c'est Viodure de potassium, qu'on donne suivant les cas et suivant la gravité des lésions, à la dose de 2 à 6 grammes par jour.

On doit prescrire l'iodure de potassium non seulement dans la période tertiaire de la syphilis, comme on le fait ordinairement, mais aux trois périodes de toutes les syphilis graves. C'est plutôt la nature de la lésion syphilitique que la période où cette lésion se manifeste qui commande la médication iodurée. Toutes les syphilides graves réclament l'iodure de

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potassium, comme adjuvant du mercure, notamment:

Les chancres phagédéniques ;

Les plaques muqueuses récidivantes ou hypertrophiques;

Les accidents ulcéreux de toutes les périodes;

Les néoplasies embryonnaires, gommes, scléroses, eic* • •

L'iodure est surtout un résolutif. Il convient donc à toutes les néoplasies spécifiques, aux gommes cutanées et viscérales et à toutes les néoplasies scléreuses, aux artérites el aux accidents nerveux. Mais il n'est qu'un adjuvant du mercure, qu'il ne peut remplacer, car il n'agit pas sur le virus syphilitique. La syphilis traitée parTiodure seul ne peut guérir, tandis qu'elle peut guérir ordinairement par le mercure seul, sans iodure de potassium.

L'iodure de potassium a ses indications, mais il a aussi des contre-indications formelles.

Il est contre-indiqué dans les cas suivants :

1*" Dans les cas desyphilides laryngées, car l'iodure est un agent vaso-dilatateur et il peut provoquer l'œdème de la glotte ;

2** Dans les lésions syphilitiques pulmonaires, car il peut provoquer des hémorrhagies;

3** Dans les lésions rénales aiguës, où il peut déterminer la congestion du rein, avec toutes ses conséquences : hématurie, albuminurie, oligurie, etc. ;

4** Dans les ictus cérébraux hémorrhagiques, car il augmente la congestion et peut provoquer une recrudescence de rhémorrhagie ;

5** Dans les lésions du fond de Toeil, car il peut provoquer des hémorrhagies rétiniennes, source de lésions définitives et irrémédiables;

6** Enfin, dans les cas où le diagnostic d'épithélioma ne peut être écarté avec certitude, car il favorise Textension du cancer.

Tels sont les médicaments usités dans le traitement de la syphilis, avec leurs principaux modes d'administration et leurs indications. Il s'agit maintenant de savoir comment doit être institué le traitement de la syphilis et pendant quelle durée.

Lorsqu'on se trouve en présence d'un malade atteint de lésions spécifiques en activité, à Tune quelconque des périodes de la maladie, la conduite à suivre est la suivante :

Il faut donner le traitement et le continuer tant qu'il y a des accidents, à moins que des signes d'intolérance (stomatite, diarrhée, albuminurie) ne forcent à le suspendre momentanément.

Mais, en dehors des périodes actives de l'infection, en dehors des accidents, il faut néanmoins continuer le traitement spécifique, pour éteindre la syphilis et prévenir, dans la mesure du possible, les manifestations ultérieures.

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(c La syphilis, dit Fournier, est une infection chronique; il lui faut un traitement chronique ».

Ce traitement chronique sera intermittent, successif et coupé par des périodes de repos.

A partir de la constatation de l'accident primitif, vous prescrirez la médication mercurielle pendant quatre ans, de la façon suivante :

V^ année. D'abord deux mois de traitement de suite par pilules, ou quinze jours de piqûres et un mois de pilules, ou deux fois vingt jours de frictions. Puis, vous ferez suivre le traitement un mois sur deux, pendant le reste de la première année.

2* année. Cinq mois de traitement, se décomposant comme suit : un mois de traitement, suivi d'un mois de repos, avec, au milieu de Tannée, un repos de deux mois.

3° année. Quatre mois de traitement, ainsi répartis : un mois de traitement suivi de deux mois de repos.

4® année. Deux mois de traitement, l'un au printemps et l'autre à l'automne, ou quatre périodes de quinze jours séparées par un repos de deux mois et demi.

Traité de cette façon, le syphilitique aura de grandes chances d'échapper à des accidents syphilitiques ultérieurs. Il ne faut pas oublier, cependant, que la virulence de la syphilis varie d'un individu à l'autre dans des proportions considérables, sans que nous connaissions les raisons de ces différences.

Tandis que certaines syphilis s'éteindront d'ellesmêmes, après un traitement insuffisant, d'autres donneront encore des accidents, après un traitement ininterrompu de quatre années. Dans ces cas, on se hâtera de recourir, de nouveau, au traitement mercuriel, et on le prolongera de façon à espérer arrêter définitivement l'évolution de la maladie.

Dans les cas ordinaires, après un traitement de quatre ans, on soumettra le malade à une année d'expectation sans traitement. Si, après la cinquième année révolue, il n'a pas présenté d'accidents depuis deux ans au moins, on peut autoriser le syphilitique à se marier dans la sixième année, mais on fera bien de lui imposer, immédiatement avant le mariage, un traitement spécifique d'un ou deux mois, destiné à éviter la procréation d'un enfant syphilitique.

Enfin, comme je le dirai, dans le prochain volume, en étudiant la syphilis héréditaire, on devra, dès que la femme d'un ancien syphilitique sera enceinte, lui prescrire, tout au moins pour ses premières grossesses, le traitement mercuriel.

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