OBSERVATION. V
Une jeune fille épouse par amour un jeune homme qu’elle enrichit. Le jeune homme dans le premier jour de son mariage, rencontreune ancienne maîtresse, et pratique le coït avec elle. — Puis, immédiatement après, il rentre chez lui et renouvelle le coït avec sa femme. A quelques jours d’intervalles, un chancre se déclare chez cette dame. Le mari reste intact. Le jeune homme avait le prépuce très-long; il n'avait pris aucun soin de propreté après le premier coït. Quant à sa femme aucun soupçon d’infidélité ne pouvait être élevé contre elle.
Il est donc parfaitement évident que la contagion médiate par l'intermédiaire d’un individu, homme ou femme, resté sain, existe. Toutefois, on la rencontre fort exceptionnellerent et les médecins devront se tenir en garde contre des individus qui exploitent cette variété pour dissimuler la source véritable de leurs chancres.
Nous avons vu que le chancre simple se produit toujours par contagion, c’est-à-dire par le contact du pus chancreux sur un point quelconque de la surface cutanée ou muqueuse du corps humain. Il nous reste à savoir maintenant si cette contagion du pus chancreux donnera toujours lieu à la production d’un chancre. Autrement dit, quelles sont les conditions que réclame la contagion pour s’exercer ? Ces conditions peuvent être classées en deux grandes catégories : celles qui tiennent aux tissus sur lesquels le pus est déposé, et celles
(4) Ricord. Leconssur le chancre. 1860.
qui tiennent à la matière virulente elle-même. Nous les exa minerons suceessivement.
Et d’abord les conditions qui tiennent aux tissus sur les-
“quels le pus est déposé. 11 faut, avons-nous dit plus haut,
pour que le chancre se produise, que les tissus sur lesquels est déposé le pus chancreux présentent des conditions de réceptivité, qui les rendent propres à subir son influence. «Or, dit avec raison Ricord (2), que nous aurons souvent à citer dans le cours de ce travail, — pourrait-il en être autrement ? — La condition la plus favorable à la contagion est une solution de continuité, une éraillure, une plaie’ d’origine quelconque, surtout récente, siégeant sur les organes qui se trouvent exposés. C’est, en effet, sur les parties les plus susceptibles de se laisser déchirer, en raison soit de la finesse des tissus, soit de dispositions anatomiques spéciales, que nous voyons le chancre se développer le plus souvent. Cela explique, par exemple, sa prédilection pour la commissure inférieure de la vulve, pour le frein, pour la muqueuse préputiale, etc. Supposez, au contraire, qu’une partie des téguments, bien intacte et recouverte d’un bon épiderme, soit exposée, durant un temps plus ou moins long, au contact du pus virulent ; ce contact sera presque à coup sûr sans résultat, et la contagion ne se produira pas. C’est grâce à l’immunité des surfaces exemptes de toute érosion et pourvues d’une doublure épidermique résistante, qu’il nous est permis de toucher et de manier chaque jour un grand nombre de chancres sans subir nous-mêmes la contagion. La même raison vous explique encore comment l’on peut échapper à la contagion dans un rapport avec une femme affectée de chancres. Cette immunité s'étend même aux muqueuses que recouvre seulement un épithélium beaucoup moins épais et plus facilement vulnérable. » C’est ce que démontrent péréemptoirement les deux expériences de Cullerier que nous avons rap-
(1) Ricord, loco eitato.
Labarthe. S
portées plus haut. Nous avons hâte d'ajouter, après cette citation du grand maître, qu'il ne faudrait pas se figurer que la pénétration du pus virulent ne peut se faire que par des solutions de continuité. On tomberait dans une grave erreur, Le pus chancreux peut quelquefois ouvrir lui-même la brèche nécessaire à son action spécifique. Il suffit pour cela qu'il reste un certain temps en contact avec la muqueuse, surtout si elle est délicate et fine. Le virus, très-âcre, très-irritant, détermine une excitation analogue à celle que produisent toutes les substances irritantes que l’on applique sur les tissus. Son premier effet est uneirritation simple, puis survient un érythème, puis une érosion, puis enfin l’ulcération caractéristique. {l est aisé de comprendre que les chancres développés par ce dernier genre de contagion sont plus longs à paraître que ceux qui naissent sur une surface cutanée ou muqueuse dénudée, et que leur apparition est subordonnée au plus ou moins de finesse des tissus sur lesquels le pus a été déposé.
Il nous reste, pour terminer cette question de la contagion, à dire quelques mots des conditions qui tiennent à la matière virulente elle-même. l
Tout pus provenant d’un chancre simple est-il contagieux ? Oui, à condition qu'il n’ait pas subi d’altération, La quantité du pus est indifférente, puisque nous avons vu M. Puche produire du chancre avec une goutte de pus mélangé à un demi-verre d’eau. L'âge du pus est aussi indifférent, puisque Ricord a pu conserver le pus virulent, dans des tubes trèsbien fermés, pendant dix, quinze et même dix-sept Jours, sans lui rien enlever de ses propriétés virulentes. Nous lisons. même dans un ouvrage de Sperino un fait qui prouve que le pus du chancre peut conserver pendant très-longtemps ses proprieltés contagieuses, alors même qu’il esL. desséché. « Une lancette, — dit l’'éminent syphiliographe italien, de dont je m'étais servi pour une inoculalion, n’avait pas été essuyée, et se trouvait encore couverte vers la pointe d’une