‹ Le Chancre SimpleChapitre 48 sur 49 · RS · texte numérisé non relu

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sible de pratiquer l’excision, lorsque les chancres siégent sur le prépuce, le frein, le sillon balano-préputial, le méat urinaire, l'entrée du vagin, le col de l'utérus, etc., d’abord à cause de la structure et de la conformation de ces parties, ensuite à cause de la très-grande douleur et de la mutilation qu’elle entraine avec elle ; des précautions très-minutieuses qu'elle exige, etenfin, parce qu'il suffit qu’une seule goutte du pus chancreux tombe sur la plaie pour que celle-ci se transforme en un nouveau chancre de plus grande étendue que le premier.

CAUTÉRISATION. — La méthode de la cautérisation, au contraire, est applicable, si non dans la totalité, du moins dans l'immense majorité des cas. Nous allons l’étudier en détail. Et d’abord, que se propose-t-on lorsqu'on cautérise un chancre ? Nous l’avons déjà dit : transformer ce chancre en une plaie simple. Pour cela, il faut donc avoir recours non pas à des cautérisations légères, superficielles et fréquemment répétées, mais à une seule cautérisation énergique et profonde, de facon à détruire le chantre dans toute son étendue et dans toute sa profondeur. La cautérisation doit tuer le chancre sur place, comme l’a dit avec raison Ricord ; elle doit être une destruction.

Quels sont les caustiques capables de produire cette destruction ? [l yen a plusieurs qui ont étélpréconisés par divers auteurs, entre autres, le fer rouge, le caustique de Vienne, la pâte de canquoin au chlorure de zinc, la pâte carbo-sulfurique et la pâte safrano-sulfurique. Nous allons les passer ‘en revue successivement, en faisant ressortir les avantages et les inconvénients de chacun.

Le fer rouge estévidemment le plus sûr et le plus énergique de tous les caustiques, et nous nous en servirions de préférence à tout autre, si les malades effrayés ne refusaient obstinément de se soumettre à ce procédé.

Le nitrate acide de mercure a eu un moment de vogue, parce que, outre son action caustique, on lui attribuait une action

spécifique purement imaginaire. Mais on s’aperçut vite qu’il ne produisait que des cautérisations superficielles, bornait son action à la surface de l’ulcère, et ne pouvait que trèsrarement atteindre toute la profondeur de la couche chancreuse, et dès lors il fut abandonné.

L’acide azotique monohydraté a été préconisé par M. Langlebert, qui trouve en lui un caustique remplaçant le mieux le fer rouge (1). Pour s’en servir, on trempe dans le liquide l'extrémité d’une allumette en bois, et on la porte ainsi imbibée sur le chancre. A ce contact, les tissus jaunissent, et une eschare se forme immédiatement. Celle-ci, dont le diamètre doit dépasser du double celui de la surface ulcérée, se détache au bout de trois ou quatre jours et laisse à découvert une plaie simple, qui ne tarde pas à se cicatriser. Quelquefois le travail de réparation se fait sous l’eschare même, qui, en tombant, laisse alors une surface parfaitement sèche.

Ce caustique a pour nous des inconvénients sérieux, D'abord, son application donne lieu à une douleur des plus vives; ensuite, une seule application ne suffit souvent pas pour détruire le chancre; enfin, on ne peut pas bien se rendre compte de l'étendue de son action et de la quantité nécessaire pour obtenir la destruction complète et absolue de la couche virulente.

La potasse caustique cautérise très-bien ; mais elle se liquéfie facilement et détermine souvent des eschares sur des parties saines. Ainsi, on a vu ce caustique employé pour détruire des chancres du col de l’utérus se liquéfier, fuser et produire sur la paroi postérieure du vagin des eschares assez profondes pour faire craindre d’avoir perforé ce conduit.

Le caustique de Vienne a été pendant longtemps préconisé par Ricord, puis abandonné par lui, à cause de l’inconvénient qu’il a de se ramollir, de couler souvent sur des parties saines et d'y produire des eschares parfois très - graves, comme cela peut avoir lieu lorsqu'on l’applique sur des

(4) Langlebert. Traité historique et prat. des mal. vénér., 1864.

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chancres siégeant, sur le prépuce, dont il peut amener la perforation.

Le caustique Filhos, ainsi baptisé par le public médical, du nom de son inventeur, notre vénérable et savant maître et ami, le docteur Filhos, fut imaginé en 1842 (1), pour obvier aux inconvénients de la potasse caustique et du caustique de Vienne, dont nous venons de parler. Ce caustique est formé d’ur mélange fondu de deux parties de potasse et d’une partie de chaux. Il se solidifie et se durcit en refroidissant, et peut recevoir toutes les formes voulues, selon les usages auxquels on le destine; il n’est pas déliquescent, il n'éprouve au contact de l’air ou des tissus qu’un simple ramollissement; il est comparativement moins douloureux que les autres caustiques, son action est prompte, énergique, ettoujours bornée au point où on l’applique. Quelques minutes suffisent pour détruire un chancre. Quant à l’eschare qui se produit, elle ne présente pas la même étendue dans tous les sens. Elle s'étend beaucoup plus en profondeur qu’en largeur, et le diamètre de sa surface a le plus souvent cinq millimètres de plus que celui du caustique, à moins que la cautérisation n'ait été faite avec beaucoup de soin, car alors sa largeur est bien moindre. Cette eschare tombe du cinquième au huitième jour, et laisse à découvert une plaie simple qui marche rapidement vers la cicatrisation.

La pâte carbo-sulfurique, imaginée Ricord et à peu près exclusivement employée par lui depuis plusieurs années, est un caustique formé d'acide sulfurique uni à la poudre de charbon dans des proportions nécessaires à la constitution d’une pâte demi-solide. «Cette pâte, appliquée surleschancres, ne tarde pas à se dessécher et à former une sorte de croûte noire, qui reste adhérente aux tissus, qui fait, pour ainsi dire, corps avec eux et ne tombe que plusieurs jours après son

(1) Filhos. De la Cautérisation du col de l'utérus avec le caustique solidifié de potasse et de chaux, 1847.

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application, dans le cours du second septénaire en général. Lors de sa chute, la plaie qu’elle laisse à découvert n'est plus qu'une plaie simple, exempte de toute virulence, analogue en un mot à l'ulcération qui suit la séparation d’uneeschare. Aussi la cicatrisation ne tarde-t-elle pas à l’envahir Quelque fois même le travail réparateur est complétement’ achevé lorsque la croûte se délache, et il n’est pas rare de trouver au-dessous une cicatrice déjà formée (4). » Ce caustique, je le reconnais est un caustique profond, qui modifie au loin les

tissus avec lesquels il est un contact, et qui a, comme le-

chancre, son rayonnement périphérique d’activité destructive. Mais il a le grand inconvénient d’être d’une application excessivement douloureuse.

© Le chlorure de zine ou pâte escharotique de C'anquoin est à peu près exclusivement employé dans les hôpitaux de Lyon, depuis une quinzaine d'années, par MM. Diday (2) Rollet :3) et Dron (4), qui ont consigné leur résultats dans divers mémoires pleins d'intérêt. Ces messieurs emploient la pâte au chlorure de zinc, préparée d'après la formule de l’hôtel-Dieu, (chlorure de zinc et farine de froment, &; alcool q. s. pour faire une pâte du mélange, que l’on étend sur des bandes de sparadrap). « Après avoir bien abstergé les parties, dit M. Rollet, je taille et j’applique des rondelles de caustique de même forme et de même dimension que les chancres, Cette précaution est essentielle. Il est absolument nécessaire que Je caustique recouvre toute la surface chancreuse et qu'aucun point, même circonscrit, ne soit épargné. D’un autre côté, il est bon, sinon tout à fait indispensable, que cette surface ne soit pas dépassée; car, bien qu’en général lé’chlorure de zinc ne morde que sur les parties vives et que les parties recouvertes d’épithélium soient à l'abri, le

(4) Ricord. Leçons sur le Chancre, 1853.

(2) Diday. Gazette médicale de Lyon, 1858.

(3) Rollet. Rech. expériment. sur la Syphilis et la mal. vén., 1861. (4) Dron. Annales de la Syphilis, 1858.

caustique est ensuite assujetti avec de la charpie, des bandelettes de diachylon ou des bandes, suivant les règles. Je le laisse en place pendant deux heures. » Pourquoi pendant deux heures, dans tous les cas sans distinction? Les chancres se ressemblent ils donc tous, et le même chancre demande-t-il, à toutes ses périodes le même degré de cautérisation pour disparaître? Voici ce que répond M. Rollet : « La première cautérisation que j'ai faite a été de deux heures. L’eschare qui en est résulté n’a paru comprendre toutes les parties malades, sans aller trop profondément. La plaie qui a succédé n’était pas virulente, elle s’est vite cicatrisée ;{le résultat n'a donc rien laissé à désirer; j'ai assigné aux autres cautérisations la même durée, afin d’avoir une base fixe pour apprécier les-effets du caustique sur toute une série de Sas. :» :

L’eschare produite par le chlorure de zinc se détache ordinairement le troisième jour, et laisse à découvert une plaie qui marche vers la cicatrisation d’une manière assez rapide, puisqu'elle est complète au bout de huit ou dix jours.

. La cautérisation avec le chlorure de zinc est bien moins .douloureuse que la cautérisation avec la pâte carbo-sulfu- rique de Ricord. M. Rollet qui l’a pratiquée sur le gland, sur la rainure préputiale, sur le prépuce, sur la peau dela verge, sur celle de la cuisse et sur le frein, déclare, d’après l'aveu même des malades, que ceux-ci n-ont pas beaucoup souffert, excepté celui qui a été cautérisé sur le frein.

En résumé, de tous les caustiques que nous venons de pas-

ser en revue, le caustique Fülhos et le chlorure de zinc sont ceux auxquels nous donnons de beaucoup la préférence,

La cautérisation est-elle une méthode de traitement applicable à tous les chancres simples sans exception, à quelque

période qu’ils se trouvent etsur quelque partie qu’ils siégent? ou bien at-elle des indications et des contre-indications précises, et, si elle en a, quelles sont-elles ? Telles sont les principales questions auxquelles nous allons essayer de répondre.

La cautérisation n’est pas une méthode de traitement applicable d’une façon générale à tous les chancres simples indistinctement. Elle a des indications et des contre-indidations basées sur le siége et la période de la maladie

On peut pratiquer la cautérisation à toutes les périodes du chancre, sauf cependant à la période de réparation, puisqu’alors la plaie a perdu son caractère contagieux et malin. Cependant le moment propice est la période de début, alors que le chancre est petit, peu étendu, car alors on à pour soi toutes les chances de succès, et la douleur déterminée par l'opération est très-minime. Dans la seconde période, lorsque le chancre se développe, qu’il a une tendance à s’étendre et ‘qu'on a à redouter le phagédénisme ou la formation d’un bubon, par suite du passage du virus dans les ganglions lymphatiques, la cautérisation est aussi très-utile et très-nettement indiquée. à

Il n’en est plus de même lorsque le bubon est formé, la cautérisation devient alors inutile. Cela résulte d'expériences faites par M. Rollet. Ce médecin a observé que, lorsqu'on cautérise le chancre, alors qu’il y a déjà formation d’un bubon, sa destruction est simplement momentanée, et que la plaie peut se réinoculer par le passage du pus dans les lymphatiques.

11 faut aussi s’abstenir de cautériser les chancres multiples l'un après l’autre; car on s’exposerait à les réinoculer sans cesse. Il fautles détruire tous ensemble, dans la même séance, ou n’en détruire aucun.

I faut, dans la cautérisation des chancres, tenir compte de leur siége. Lorsqu'ils occuperontune partie où on ne peut les atteindre que très-difficilement et très-incomplétement; il faudra renoncer à les cautériser. Ainsi les chancres du méat urinaire, les chancres uréthraux, les chancres préputiaux compliqués de phimosis congénital ou accidentel ne doivent pas être cautérisés. Il en est de même des chancres au vagin et du rectum. Dans tous ces cas, outre la difficulté de faire

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une cautérisation complète, à cause de la conformation particulière des parties, on s’expose à avoir des accidents plus ou moins graves tels que des perforations de l’urèthre et du prépuce, des perforations de la cloison recto-vaginale, des rétractions et des rétrécissements du rectum, etc.

2° Traitement curatif où rationnel. — Lorsque la cautérisation ne peut pas être pratiquée, soit à cause du siége du chancre, soit, ce qui arrive le plus souvent, à causé du refus obstiné des malades par trop pusillanimes, à quel (raitement doit-on soumettre l'individu porteur d’un chancre simple?

Tout d’abord, ainsi que l'indique le simple bon sens, ou proscrira les alcooliques, on engagera le malade à éviter les fatigues, les veilles, les marches forcées et à garder le repos, afin d'éviter le plus possible la production du bubon. S'il est anémique ou faible de constitution, on lui conseillera un bon régime, les amers et les ferrugineux la gentiane, les pilules et l'élixir de perchlorure de fer de Rabuteau lui seront prescrits de préférence; la première en tisane, les secondes à la dose de 3 ou 4 pilules, et le troisième à la dose d'un petit verre à bordeaux par jour. Ce traitement tonique aura pour effet de relever l’organisme affaibli par la suppuration de l’ulcère et de placer ce dernier dans les meilleures conditions de cicatrisation et de guérison.

Quant aux pansements locaux, quelle que soit la substance médicamenteuse employée, ils devront être fréquents; c'està-dire au nombre de trois ou quatre par jour. Chaque fois qu’on les renouvellera on aura soin de mettre à nu la partie malade et de la laver afin d’éviter l'accumulation et le séjour du pus virulent dans les tissus environnants, car il constituent une cause réelle d’excitation, d'entretien, et souvent d'inoculation. Il faudra cependant éviter de faire saigner la plaie et dela déchirer, car chaque écorchure s’inocule aussitôt et augmente l’étendue du chancre ou en forme un nouveau.

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Quels sont les médicaments à opposer au chancre simple? Is sont excessivement nombreux : chaque auteur a préconisé le sien. Nous n’avons pas la prétention de les passer ici tous en revue, nous nous contenterons de signaler les plus connus indiquer les avantages et les inconvénients.

Tant que la distinction entre le chancre simple et le chancre infectant ne fut pas établie d’une façon irréfutable, les médecins firent usage de l’onguent napolitain contre les deux espèces d’ulcérations indistinctement. Plusieurs continuent encore de nos jours cette pratique. C’est là un traitement déplorable, aussi nuisible au chancre simple qu’il est utile au chancre infectant. « L’onguent napolitain, dit avec raison Ricord, constitue pour le chancre simple un irritant par excellence; c’est une cause d’inflammation et d’extension violente; c’est même l’une des origines les plus fréquentes du phagédénisme. » Il doit donc être absolument abandonné, ainsi que tous les corps gras en général, qui tous agissent de Ja même manièré que l’onguent napolitain, mais avec plus ou moins d'intensité, suivant le médicament qui leur est incorporé.

M. Fournier emploie souvent la charpie sèche et lui donne même le premier rang parmi les divers topiques. « C'est, dit-il, le plus simple et le plus utile peut-être de tous les pansements. La plupart des chancres s’en trouvent à merveille et guérissent sans autres remèdes. Cependant Ja charpie sèche est parfois un peu irritante à la période d’augment ou pour les ulcérations qui s’enflamment. Elle convient en revanche spécialement à la période de réparation, ou dans les cas où le travail cicatriciel ne s’opère qu'avec une certaine lenteur. (1) »

Ricord a recours d'ordinaire au vin aromatique, qu’il considère comme un des meilleurs topiques pour diminuer la

{1 Fournier, loco citato.

sécrétion; lorsque celle-ci est abondante, neutraliser la virulence et tanner en quelque sorte les parties voisines de l’ulcération, afin de les mettre à l'abri d’une contagion de: voisinage. Il fait laver le chancre avec le vin aromatique, en évitant, pour Jes raisons que j'ai données plus haut, de le faire saigner; puis il le fait recouvrir avec un tampon de charpie fine, assez imbibée du même topique pour rester humide sans couler; car, lorsque la charpie est trop mouillée, Pespèce de macération qui en résulte nuit, d’après lui, au travail de cicatrisation. Il fait renouveler les pansements 4 où 5 fois par jour. Lorsque le chancre est douloureux, il additionne le, vin aromatique de 50 centigrammes d'extrait d’opium par 30 grammes, et, lorsque ce moyen est insuffisant pour calmer la douleur, il ordonne l’opium à l'intérieur. Au moment où le chancre arrive à sa période de réparation, il accélère la cicatrisation par quelques cautérisations superficielles au nitrate d'argent. L ” Rollet, dé Lyon, emploie à peu près exclusivement les applications de charpie imbibée de nitrate d'argent au 309 au 20e et même au 10°. Cette solution n’est pas d’une application douloureuse, «des malades, dit-il (1), netardent pas à s'y habituer et à demander eux-mêmes ‘une solution plus forte qui est rarement nécessaire. La charpie, imbibéé de ce liquide et renouvelée trois ou quatre fois par jour, constitue un pansement au moyen duquel le nitrate d'argent exerce. une action permanente sur le chancre. Cette action n’est pas précisément caustique, maiselle est fortement. substitutive, et elle suffit pour modifier profondément la surface chancreuse qui ne tarde pas à perdre peu à peu sa virulence et à passer de la période de progrès à la période de réparation. ».

M. Alphonse Guérin (2), quand il était chirurgien de Lourcine se trouvait très-bien de la décoction vineuse de tan, de

(1) Rollet. Traité des maladies vénériennes, 1861. \ (2) A. Guérin. Maladies des organes génétaux externes de la

fewume, 1864.

l'eau blanche, du perchlorure de fer et de la teinture diode, mais il donnait la préférence à cette dernière, parce que, disait-il, «elle modifie notablement la surface de lulcération et présente l'avantage de détruire, après un petit nombre d'applications, l’inoculabilité des sécrétions chancreuses. » Je crois que M. Guérin est allé un peu loin et a légèrement exagéré les avantages de ce médicament, entre autres celui de détruire la spécificité du pus chancreux.

Melchior Robert (1) employait souvent le traitement de Ricord. Il avait aussi recours à la solution de fartrate ferrico potassique, et à celle de persulfate de potasse. I avait toutefois une prédilection marquée pour cette dernière, qui lui avait paru plus activement neutralisante, et dont il s'était servi avec succès sur les soldats vénériens de l’armée d'Italie soignés par lui dans son service de l'hôpital de Marseille.

M. Dolbeau pendant son séjour à Lourcine, comme chirurgien, employait avec beaucoup de succès la solution de bichromate de potasse, qui modifiait très-rapidement les chancres, produisait leur dessiccation et amenait leur guérison dans un espace de temps très-court.

Liégeois avait institué à l'hôpital du Midi le’ traitement par l'alcool concentré. Ce traitement était très-douloureux et les malades s’y soumettaient difficilement.

- “Notre excellent ami M. N. Pascal a expérimenté l’alcoolé de guaco (2) préparé par lui, et voici les conclusions du menmoire qu'il lut,à ce sujet, à l’Académie de médecine en 1861. « En résumé, nous pensons quel’action de cet alcooléest éminemment détersive, astringente et antiseptique. Sous son influence, le pus chancreux est rapidement transformé ou décomposé, et la surface sécrétante est modifiée de telle sorte que la virulence s'arrête dans sa période de progrès, et que

(1) M. Robert. Traité des maladies vénériennes, 1860.

(2) L'alcool/de Guaco est retiré de plusieurs plantes de la famille des sffenthérées, tribu des corymbyfères qui croissent naturelleent dans ia nouvelle-grenade et sous les tropiques.

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la résorption du pus est rendue impossible. Le mode d'emploi du topique est fort simpie et son usage n’entraîne aucune espèce d’inconvénient. Pour procéderaux premiers pansements du chancre simple, on étend l’alcoolé d’une certaine quantité d’eau, de la moitié de son volume, par exemple, et ce n’est que plus tard, après quatre ou cinq jours, que l’on arrive à l’application de l’alcoolé pur, si dans cet intervalle la transformation de la plaie virulente en plaie simple n’est pas opérée (1). » Ce mémoire est accompagné de nombreuses expériences et d'observations de l’auteur et des spécialistes les plus remarquables de la France et de l'Italie.

M. le docteur Hemard, chirurgien militaire, soumet les chancres simplesà des rrigations d'eau fraiche, quatre ou huit fois par jour. Chaque irrigation dure environ une demi-minute, et se pratique au moyen d’un arwosoir suspendu au ca-binet d’aisances, où se rend le malade pour se panser.Ce médecin emploie ce traitement depuis vingtans, et il a toujours vu les chancres mous se déterger, perdre leur aspect caractéristique, se simplifier et guérir rapidement (2).

M. Desprez (3) emploie la solution de chlorure de zinc, à la dose de 30 à 40 grammes pour 100 d’eau, et quelquefois à doses égales, selon les cas, et lui donne la préférence sur toutes les autres solutions, parce que le chlorure de zinc ne cautérisant que les parties dépourvues d’épiderme, il est sûr de ne brüler que les parties malades.

Plusieurs médecins ontemployé avec succès diverses autres solutions, telles que : la solution de sulfate d'alumine pur, à la dose de 5 grammes pour 400 d’eau; la solution de fartrateferrico-potassique, à la dose de 5 à 10 grammes pour 100 d’eau; la solution de coaltar saponifié au 40°; la liqueur de Labarraque

(1) Pascal. Du guaco et de ses effets prophvlactiques et curatifs dans les maladies vénériennes, 1863.

(2) Hémard. Mém. de méd. et de chir. militaires, juillet, 4870.

(3) Desprez. Traité iconograp. des ulcérations du col de Putérus,

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mn 122 additionnée d’un poids égal d’eau; l’eau phagédénique du Codex; l’eau chlorurée,; l'eau phéniquée au 1000°, etc.

Toutes ces préparations jouissent à peu près des mêmes propriétés, et aucune d’elles ne trouve une indication particulière, parce qu'aucune n’a une action réellement spécifique. On pourra donc les employer presque irdistinctement, en ayant soin cependant de choisir parmi les moins douloureuses.

Ce que nous avons dit des médicaments liquides peut aussi s'appliquer aux diverses poudres : calomel, bismuth, oxyde de zinc, poudre de quinquina, de ratanhia, de sulfate d’alumine, tartrate ferrico-potassique, camphre, etc.

‘Dans ces dernières années, on a expérimenté un nouveau médicament dans le traitement des chancres simples : c’est l’iodoforme. Cette substance, découverte par Sérullas, en 1822, s'obtient en versant une solution alcoolique de potasse

ou de soude dans une solution alcoolique d’iode. C’est un ,

corpssolide, friable et doux au toucher. Il répand une odeur trèsforte, caractéristique, qui rappelle celle de l’iodeet du safran; sans saveur, cristallisant en petites paillettes ou tablettes hexagonales d’un jaune de soufre. Peu soluble dans l’eau, il est très-soluble dans l'alcool! d’où il est précipité par l’eau. L'iodoforme avait été étudié et'employé en glycérolés et en pommades, comme anesthésique local, par MM. Moretin (1) Righini de Pavie (2) Maitre, Franchini, Bouchardat, Humbert et Gubler. M. Demarquay (3) l’employa comme anesthésique local d’abord, puis comme modificateur et désinfectant ensuite, vers 1866. Enfin, vers 1868, M. Laillier, et après lui MM. Besnier, Ferréol (4), Simonet, Dubri zay, etc., l’'employèrent en poudre, comme cicatrisant, en

) Morétin. Mémoire sur les effets d’anesthésie locale produits part ’iodoforme (in But. de l’Ac. de Méd., 1853). (2) Righini. Expériences physiologiques sur l’iodoforme, 1860. (3) Demarquay. Note sur l’iodoforme (in Bul. de Thœærapeut. 1867) (4) Ferréol. Note sur l’iodoforme employé comme topique pour icatriser les plaies, etc. (in Bul. de thérapeut., 1868).

même temps que comme anesthésique local, dans différentes plaies, et entre autres dans le chancre simple.

Ce médicament jouit, en eflet, de propriétés anesthésiques remarquable, car nous avons vu bon nombre de malades atteints de chancres excessivement douloureux, éprouver un soulagement notable dans leurs souffrances dès le premier jour du pansement à l’iodoforme, et celles-ci disparaître totalement après le second et le troisième jour,

Il jouit aussi de propriétés cicatrisantes manifestes, cela est indubitable et ne fait plus un doute pour nous, depuis que nous avons été témoin à l’hôpital du Midi de la rapidité avec laquelle guérissaient les chancres pansés à l’iodoforme. Dès le lendemain de ce médicament, on pouvait constater la modification survenue dans l’ulcération et sa tendance à la cicatrisation. Nous avons vu des chancres mous en voie de phagédénisme guérir en quelques jours. Comment expliquer les propriétés cicatrisantes de l’iodoforme. Dans son mémoire, M. Ferréol prétend qu'une partie de l’action de ce médicament est due à ce qu'il était pulvérisant. «On sait, ditil, combien les poudres inertes, telles que l’oxyde de zinc et le sous-nitrate de bismuth, ont d'efficacité contre certaines formes d’ulcérations ou de suintements; on a même obtenu des effets analogues en se servant de sable très-finement pulvérisé. Or, l’iodoforme est une poudre composée de eristaux très-petits à angles aigus très-vifs. [Il paraît impossible à première vue que cette disposition ne soit pas pour quelque chose dans l’action siccative et excitante qu’exerce le médicament à la surface des plaies. Et l'observation clinique le prouve ; car, employé en pommades, en glycérolés, le même corps à une autre action beaucoup plus lente et plus douloureuse. » Je partage entièrement l'opinion de M. Ferréol, en ce qui concerne l’action siccative de toute pouüre ; assurément toute plaie pansée avec une poudre inerte, sèche, et le suintement purulent en est absorbé au fur et à mesure qu’il se forme. Mais les poudres inertes n’exercent à peu près au-

cune action excitante. Cette action excitante que l’iodoforme possède à un haut degré n’est donc pas due à son état de pulvérulence. Elle tient plutôt, d'après moi, à Ja ‘grande quantité d’iode qu’il contient, et je crois que M. Petiteau est dans le vrai, lorsque, cherchant à expliquer l’action de la poudre d’iodoforme, il dit : « Selon nous, l’iodoforme jouit de la propriété de produire la cicatrisation rapidement, parce qu’il sèche d’abord les plaies étant à l'état pulvérulent, ensuite parce qu’il les excite par l’iode qu’il contient. Il jouit de toutes les vertus de l’iode, et a de plus cet avantage qu'il est pulvérulent, c’est ainsi qu’il estsiccatif et excitant, etremplit les deux conditions nécessaires à une cicatrisation rapide.(1)» T1 a donc toutes les vertus de l’iode, et, de plus, tandis que ce métalloïde est douloureux dans son application, il jouit au contraire de propriétés anesthésiques locales ma-

nifestes. x \

Comment se pratique le pansement à l’iodoforme ? A J’h6pital du Midi, où ilest devenu d’un usage journalier et général, on lave le chancre ; puis on prend la poudre avec une plume d’oie taillée en cure-orelle, on en saupoudre le chancre et on recouvre le tout d’un tampon de charpie retenu en place par une petite bande roulée. On fait deux pansements par jour. Nous préférons projeter la poudre sur le chancre au moyen d’une poire en caoutchouc, puis le recouvrir, comme le fait M. Ferréol, avec des bandelettes de diachylon imbriquées les unes sur les autres, et mieux avec une rondelle de baudruche gommée, et laisser le pansement quatre ou cinq jour en place. La guérison est plus prompte et plus sûre. sans doute parce que le médicament est maintenu en contact plus intime avec les tissus malades, et parce que le diachylon ou la baudruche procurent une occlusion de la plaie qui se trouve ainsi saturée en quelque sorte par les émanations du médicament.

(4, Petiteau. De l’iodoforme, thèse de Paris, 1871.

En somme, l’iodoforme en poudre nous paraît bien supérieur à la plupart des autres poudres et des solutions que nous avons énumérés plus haut, et c’est lui que nous emploierons de préférence. Il n’a que deux inconvénients : il est très-cher, puisqu'il coûte au minimum 1 franc le gramme ; il a une odeur très-désagréable, très-pénétrante et très-persistante, ce qui le rend souvent inapplicable en ville. Toutefois, en employant le mode de pansement que nous avons indiqué tout à l'heure, :n remédie d’une manière sensible à ce dernier inconvénient.

Maintenant que nous connaissons tous les médicaments qui ont été mis en usage dans le traitement du chancre simple, il nous reste, pour terminer ce sujet, à dire quelques mots des indications thérapeutiques spéciales auxquelles il donne lieu par son siége.

Lorsque le chancre siége à l'ouverture du méat, on à soin d'intercaler entre les lèvres de l’orifice un petit cône de charpie imbibé du liquide que l’on devra employer, ou de l’iodoforme sous forme de poudre, ou de glycérolé. Lorsque le chancre s'étend dans l’intérieur du canal de l’urèthre, on doit tout d’abord avoir recours aux antiphlogistiques et aux émollients, pratiquer des injections narcotiques ; éviter les érections en administrant des antiphrodisiaques, tels que le camphre, la belladone, la digitale et mieux le bromure de potassium ; faire avaler des boissons diurétiques afin de rendre les urines plus abondantes et, par conséquent, moins âcres et moins irritantes, au moment où la miction les mettra fatalement en contact avec le chancre ; puis lorsque l’inflammation sera calmée, il faut pratiquer des injections de vin aromatique, d’abord étendu d’eau et opiacé, puis pur. Quelques auteurs ont conseillé de pratiquer la cautérisation avec le porte-caustique uréthral de Lallemand. Nous repoussons absolument cette méthode qui présente des dangers très-graves.

Lorsque les chancres siégent sous le prépuce et qu'il existe

un phimosis congénilal, ou qu’un phimosis accidentel est en train de se former, il faut pratiquer plusieurs fois par jour, entre le prépuce et le gland, des injections détersives, désinfectantes et résolutives, en se gardant bien d’avoir recours aux cataplasmes, et se contenter de bains locaux plusieurs fois répétés, dans les vingt-quatre heures.

Lorsqu'on a affaire à des chancres de Panus et de la partie inférieure du rectum, la première condition sera une extrême propreté. Il faudra de plus faire prendre au malade des laxaüifs par en haut ou par en bas, afin de diluer les matières, et d'éviter ainsi les tiraillements et les déchirements de lulcère. Les chancres seront traités au moyen de mèches de charpie introduites dans le rectum, après avoir été préalablement enduites de pommade au calomel ou «’iodoforme incorporé à un glycérolé d’amidon.

Les chancres de la vulve réclament des soins tout particu= liers, qui sont d’une application en général difficile. Ce qu’il faut éviter ici, ce sont surtout les inoculations de voisinage, et pour cela assurer le mieux possible l'isolement des surfaces ulcérées. Dans ce but, on recouvre les chancres d’un tampon de charpie ou d’ouate imprégnés du médicament choisi; puis on introduit dans l’orifice du vagin, en les y étalant, des tampons aplatis de charpie destinés à éponger le pus virulent. On fixe le tout à l’aide d’un bandange en T, ou par un procédé analogue à celui que les femmes emploient pour se garnir à l’époque de leurs menstrues. Ce pansement sera renouvelé après chaque miction, puisque cet acte physiologique exige qu’il soit défait, et que, d’un autre côté, on ne peut, sans danger, laisser séjourner longtemps dans le vagin les tampons de charpie imbibés de pus virulent.

Les chancres du vagin et du col doivent être cautérisés avec le caustique Filhos ou avec un pinceau de charpie imbibé d’une solution de bi-chromate de potasse ou de chlorure de zinc; puis on pousse dans le vagin une injection à l’eau

tiède, et on pratique le tamponnement avec de la charpie ou de la ouate recouverte de poudres absorbantes. Le tampon que l’on emploie a Lourcine, depuis sa fondation, est recouvert de poudre d’alun. C’est un petit paquet composé de la manière suivante : dans une petite pièce de grosse gaze, on place un petit carré d’ouate dans lequel on met 4 gr. d’alun environ; on enferme l’alun dans la ouate; on replie la gaze autour de la ouate et l’on noue les chefs de cette pièce d’étoffe réunis en bourse avec un gros fil double dont on laisse pendre les chefs d’une longueur de 15 à 20 centimètres. Ce fil, qui pend en dehors du vagin, sert à enlever le tampon que l’on a placé, à l’aide du spéculum, jusque sur le col. On renouvelle ce pansement tous les jours, afin de ne pas laisser séjourner le pus dans la cavité vaginale, et, au bout de quelques jours de ce traitement, on arrive à la guérison des ulcérations chancreuses des organes génitaux internes de la femme.

Vu, bon à imprimer,

DOLBEAU, Président.

Permis d'imprimer, Le Vice-Rectour de l’Académie de Paris,

j A. MOURIER.

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