AYANT-PROPOS
Ce volume se compose de communications faites à l'Académie des sciences morales et politiques, dans ces dernières années; il complète nos publications précédentes sur les questions de banque et de circulation (1). M. Michel Chevalier, dans un rapport sur le livre de M. Horn, a combattu nos idées; le débat, ainsi engagé, résume les principaux arguments produits par le plus éminent de nos contradicteurs, et devient le point de départ d’investigations nouvelles.
On avait eu plus d’une fois occasion de remarquer de quel poids était, pour la solution du problème de la circulation, la question du change. Cependant une étude approfondie de cette grave matière au point de vue économique manquait jusqu’à la publication du livre remarquable de M. Goschen : Théorie des changes étrangers , dont nous devons la traduction élégante et fidèle à M. Léon Say, qui porle dignement un nom cher à la science.
(I) Nous nvons successivement publié: en 1864, la Question des Banques (in-8°) et les Traités de la monnaie de Nicole Oresme et de Copernic (grand in-8°);en 186o, notre Déposition dans l'enquête surin circulation fiduciaire et monétaire (in-folio); et en 1867, la Banque d'Angleterre et les Banques d’ticossc (in-8°).
Les féconds enseignements répandus par M. Goschen demandaient comme complément une étude historique sur le Change; celle-ci permet d’en apprécier le caractère, modifié suivant les exigences du commerce, du libre emploi des capitaux et des besoins de la circulation. Aujourd’hui le rôle dominant du change s’élève au rang d’un véritable régulateur du marché universel ; il exerce en même temps une influence décisive sur l 'émission de la monnaie fiduciaire. Cette question a été abordée ici avec le soin que commande un problème aussi grave, envisagé sous un aspect nouveau. La formule qui résume notre doctrine : Il faut fortifier et préserver de toute atteinte le titre métallique de la monnaie fiduciaire, trouvera, nous l’espérons, une justification suffisante dans l’étude à laquelle nous nous sommes livré, pour montrer la véritable signification qui appartient au cours du change, et l’action que celui-ci exerce sur le marché monétaire.
L’ensemble des idées relatives aux métaux précieux et à la circulation se trouve exposé dans la troisième partie. Nous avons essayé de déterminer l’importance du numéraire métallique et l’utilité de conserver aux transactions, comme base et comme moyen de contrôle, le terrain solide de l'or et de l'argent, recommandé par Adam Smith.
Dans l’étude sur le Change, aussi bien que dans celle sur les Métaux précieux et la Circulation fiduciaire, on rencontre les doctrines nouvelles produites dans divers pays, et notamment aux États-Unis et en Allemagne, au sujet de l’émission des billets de banque. Ces doctrines font bonne justice des illusions trop répandues au sujet du pouvoir magique dont serait dotée la monnaie fiduciaire. On n’apprécie peut-être pas assez les services qu’elle rend pour la promptitude et la commodité de la circulation, services entièrement indépendants
— vu
d’unc prétendue création de capital nouveau mis à la disposition de l'industrie humaine, tandis que l'on exalte beaucoup trop la facilité périlleuse de fabriquer des billets faisant office de monnaie, sans qu'ils soient doublés d’une garantie métallique. Loin d’être un levier puissant du crédit, le droit d'émission, ainsi entendu, risque fort, si l’on ne se renferme point dans une limite d’action fort étroite, de compromettre et d’affaiblir cet énergique instrument de la production, destiné à mettre en contact les ressources du capital et les besoins du travail; la Science de la richesse, œuvre remarquable du professeur Amasa Walker, des États-Unis, renferme à cet égard une démonstration vigoureuse, propre à dissiper d’étranges et funestes préjugés. Nous avons mis en relief les enseignements puisés dans ce livre, jusqu'ici presque inconnu en Europe, et qui présente un des beaux témoignages du progrès accompli par la science moderne.
La quatrième partie est consacrée au papier-monnaie , cette dernière expression des erreurs dont les promoteurs exagérés de la monnaie fiduciaire doivent porter la responsabilité.
La fausse entente de la nature du capital conduit à uue appréciation inexacte du rôle de la monnaie et des caractères inhérents «à l’instrument des échanges. Elle entraîne aussi à une méprise profonde sur la nature de ['intérêt et sur les conditions qui en règlent la marche. Quatre années se sont écoulées depuis l’enquête sur les lois limitatives du taux de l’intérêt, à laquelle nous avons été appelé. Notre Déposition aborde la question sous des faces diverses; elle contient la première exposition de nos principes sur la nature de la monnaie ( 1 ); ce document forme la cinquième partie. Un appendice
(1) Voir notamment pages 453-459.
contient quelques considérations relatives à l’influence du taux de l’intérêt sur le développement de la richesse publique.
L’étendue de ce volume n’a pas permis d’y faire entrer une étude sur la question monétaire, si vivement agitée en ce moment. Nous avons préféré séparer les deux publications, en consacrant à l’or et à V argent, employés comme monnaie propre à chaque pays , ou comme monnaie internationale, un ouvrage distinct; l’impression en est commencée, et nous espérons l’achever promptement. Nos idées à ce sujet se trouvent d’ailleurs formulées dans les quelques Notes sur la question monétaire et dans le mémoire sur l’Or et l'Argent, dont la deuxième édition comprend aussi uue analyse des débats du dernier Handelstag de Berlin et un aperçu sur l’état actuel de la question monétaire en Allemagne.
Paris, I e * février 1869.