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Le chansonnier populaire Aristide Bruant. Dessins de Steinlen

| charmille et derrière laquelle aboieune meute 4 À | À de «Quat’ pattes », une plaque émaillée,avec, À au-dessous du nom d’Aristide Bruant, ces deux if

mots peints en noir : Chansonnier Populaire. en nl |

| C'est le seul titre que Bruant ait jamais am- se | ra

| bitionné; il l’a conquis. Il est bien par excel- a : K | lence le & Chansonnier populaire ». |; Issu du peuple, c’est le peuple qu'il a tou- |

jours exclusivement chanté, et le peuple, en

— reconnaissance, «a dr fête à ce gamin qu'il sentait si près de son cœur! > - Aujourd’hui, ce sont les ee e Broartt — on acclame au concert, . on chante dans . les faubourgs.

Sa figure, popularisée par la gravure et l’af-

fiche, est célèbre et restera légendaire. On dit maintenant le type Bruant, et des artistes se

sont fait une spécialité de son imitation.

Au cours d’une excursion que je fis un jour avec Bruant dans les bas-fonds parisiens, et

. comme nous entrions dans un bouge où jamais

auparavant il n'avait mis les pieds, sorte de

goguette où «. chacun disait la sienne », nous

nous arrêétèmes surpris. C'étaient ses chansons qui faisaient tout le fond du répertoire de ces amateurs en guenilles.

Dès notre entrée, il fut reconnu. On l’acclama et, pendant deux heures, il tint sous le

- charme son auditoire. Il était chez lui... A sa

sortie, on voulut le porter en triomphe...

— Je ne donnerais pas ma soirée pour beau-

coup d'argent, me dit Bruant en sortant, plus ému qu'il ne voulait le paraître. ;

Et l’an passé, au mois de ; juin, le soir de ses débuts aux Ambassadeurs, lorsqu’après le quadruple rappel d’une assistance enthousiaste e et électrisée par son chant de guerre : Serrez

vos rangs !'il songea à regagner son cabaret,

- ae orgueil ne su pas. SPORE lorsqu” 1Ée

trouva, massée à sa sortie, une foule de dépe- :

naillés que les agents avaient peine à contenir

et qui l’emportèrent littéralement jusqu’à sa voiture, aux cris de: Vive Bruant!

C'était leur chansonnier qu'ils acclamaient, ou plutôt leur avocat, qui venait de plaider

victorieusement devant les repus la cause des

affamés.

La caractéristique du succès particulier de Bruant, c’est qu’il a su à la fois devenir l’idole

des misérables et se faire admettre par les

autres, les gens de la haute et les fins-de-siècle, comme il les appelle. Il a pour lui les oppres-

seurs et les opprimés.

Son succès est complet. D'où vient cette ap-

parente contradiction? C’est que Bruant est

par-dessus tout un artiste “humain. Tour à tour gais ou tristes, ses héros vivent et souffrent, et le vers célèbre

Homo sum et nihil humani à me alienum Puto

reçoit ici son application. Je trouve, du reste, dans une critique littéraire de l'œuvre de Bruant, par M. Pierre Valdagne, cette très €xacte appréciation:

€ Le procédé de Bruant est simple, Il prend < ses personnages dans les plus infects cloa- < ques; ce sont des filles, des souteneurs, ou < des assassins; leur mentalité est nulle; < comme de simples brutes, ils étalent leurs .« vices aux carrefours d’un Paris redoutable < que nous ignorons pour la plupart. Et après « nous les avoir montrés dans le fonctionne- « ment de leurs crapuleuses industries, il les < frappe brusquement d’une douleur humaine «et les fait exhaler, dans leur langue, une < longue plainte pitoyable. Il y a là un con- « traste saisissant: nous sommes par Bruant < soudainement invités à nous pencher sur des < misères morales dont le « décor » repous- < sant nous eût empêché de comprendre, sans . « lui, l'existence possible; il nous émeut sur « ces êtres équivoques et nous contraint, non <Sans puissance, à nous aercevoir qu'il ya « peut-être, et malgré nos répugnances, une « certaine solidarité entre ces gens-là et nous ».

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