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Mais Aristide Bruant n’est pas parvenu du premiercoup à cette maîtrise qui le met hors de pair
Il a travaillé, il a lutté, il a conquis lentement, vaillamment, un à un,ses galons d’officier dans l’armée des lettres, et peut-être est-ce à la difficulté de ses débuts qui l'ont forcé de vivre au milieu du peuple que nous devons le complet développement de son talent, arrivé à son apogée. : |
Les étapes lui furent dures et la route inclémente. 11 a pâti et sa souffrance propre lui a appris à compatir à la souffrance d’autrui.
De là le grand souffte de pitié qui traverse
son œuvre. $
Cette pitié à fait sa popularité.
Le peuple aime qui l'aime !
L'Homme.
« Un chien, deux chiens; trois chiens, des, « bottes ! a écritil y a longtemps déjà Geor ne 4e ges Coutteline, l’auteur de Boubouroche. Y]
« pantalon de velours à côtes que complète u
« gilet à revers et une veste de chasse à bou-
« 1ons de métal! Un cache-nez rouge au mois
« de mai, une chemise rouge en tout temps !
« Sous un vaste chapeau à la va-te-faire-lan- < laire, la tête, belle et douce, d’un chouan
« résolu. Le passant inquiet, s'arrête et inter-
<roge :
«— Bon Dieu! qu'est-ce que c’est encore .
«que celui-là ? Celui-là c’est Montmartre,
< Montmartre tout entier qui prend le frais « devant sa porte, c’est Aristide Bruant, l’au- < teur de Saint-Lazare, né à Courtenay (Loiret), «le 6 mai 1851.»
Mais les temps ont changé et si Bruant à conservé son légendaire et immuable costume,
il n’est plus à Paris de passant pour demander
qui il est.
Si le hasard a fait naître Bruant à Courtenay, Paris le revendique comme sien à juste titre.
C’est à Paris, où il est venu tout jeune, qu'il
s’est trouvé pour la première fois aux prises
avec la vie inclémente, qu'il a appris à en
connaître les misèfes, c'est à Paris que vraisemblablement il finira ses jours. Re Issu d’une famille de bourgeois aisés, il est mis au lycée de Sens et commence ses études qu'interrompent en troisième des revers de fortune.
À dix-neuf ans, en 1870, il fait partie d’une compagnie franche, les gars de Courtenay,
composée de soixante-dix lurons one
tes ct commandés par un vieux sergent. Armés de fusils à piston, de pistolets d’arçon hors. d'usage, ils forment l’ héroïque projet d'arrêter. l’envahisseur sous les murs de Courtenay et en effet, ils mettent un ee soir en ue les
quatre uhlans d avant-garde qui posent - pre- Le miers le pied sur le territoire de la commune. : Mäïis, dès le lèndemain, des masses profondes surgissent de toutes parts à l’horizon et, du fond des bois où le jeune héros s’est abrité
avec ses compagnons, Bruant assiste avec effa- 4 rement au défilé de l’armée de Frédéric- Charles,
un défilé qui dure sans interruption trois jours et trois nuits.
étre équipée n'eut d’autre résultat que de compliquer les choses. Le maire de Courtenay faillit être fusillé, mais le futur chansonnier garda de ce spectacle uneimpression profonde, un sentiment de colère dont on retrouve plus tard l'écho dans ses chansons de marche, /a Noire, par exemple : :
Frères, jurons sur ses appas
Que Bismarck n’y touchera pas.
Pour elle, à l'ombre du drapeau,
Nous nous ferons crever la peau !
Voilà pourquoi nous la chantons | - z
Vive la Noire et ses tétons !
Au lendemain de l’année terrible, Bruant vient à Paris. Il faut vivre. Il entre à la Com- ie pagnie du Nord. Là, il se lie avec quelques collègues ambitieux comme lui et qui resteront ses camarades, car Bruant est un ami sûr, dévoué, qu’on aime toujours quandon a appris à le connaître. Lise ë C'est à eux qu ‘il confie ses projets d'avenir, Car il a des projets. Sa vocation commence à poindre, il aime le théâtre, il a une voix forte, bien timbrée, il a de l’allure, de la gueule, il voudrait être artiste !
Et seul, sans maitre, il occupe ses instants de loisir à apprendre la musique, à s’essayer dans quelques compositions. :
Vivant au milieu du peuple, il avaiten germe
TEE
ce talent d'observation qui devait plus taidse a développer si merveilleusement. Une Sympa à 2 thie naturelle l'attirait vers les humbles, les rie … mécontents lesopprimés qui souffraient comme “e lui. I résolut de se faire le chantre des misé- . rables et tout le temps que lui laissaient ses + | : | | |
- heures de bureau, il le passait avec eux, s’assimilant leur langage, étudiant leurs mœurs, puis, rentré chez Jui, le soir, il s'essayait à analyser ses impressions, à les rendre en conservant aux traits qui l'avaient frappé leur ca-
: ractère pittoresque.
Il comprenait déjà quelle originalité se dégage de la langue primesautière de Ja rue et:
quelle œuvre de pitié peut sortir de la notation exacte des mille petits faits de la vie po- pulaire, mêmesous la forme ironique etlégère,