‹ Le chant "authentique" du credoChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE II. — LE PREMIER MEMBRE MÉLODIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LE PREMIER MEMBRE MÉLODIQUE

C'est un fait dont il ne faut pas s'étonner, et qui nous renseigne sur la souplesse et l'élasticité de certains types mélodiques grégoriens : ils se plient avec la plus grande aisance à tous les détails, à toutes les formes des textes littéraires.

Ce fait explique aussi une autre particularité, étrange au premier abord : à savoir, que ces deux notes sol-mi si souvent employées comme cadence, apparaissent, dès le premier mot du Credo, comme intonation. Là, elles n'ont évidemment aucun caractère de chute; mais, jointes intimement à l'incise dt liaison, elles servent réellement ^intonation à toute cette pièce musicale.

§ 3- — L'Incise de liaison. Son rythme.

Le rythme de cette incise est facile à établir : toujours l'appui rythmique est placé sur le ««-13 et le «w-15; ce sont les notes modales. Doubler l'accent, note 16, (cf. Tabl. VII et VIII), serait briser l'élan irrésistible de cette ascension mélodique qui enchaîne si étroitement la demi-cadence A à l'intonation du second membre. Il arrive ainsi que dans le premier membre de phrase, y compris l'incise de liaison, tous les appuis de la mélodie se posent sur le mi et sur le sol y ce qui donne bien le sentiment de la tonalité du quatrième mode.

Une seule exception a été faite à cette loi, c'est pour le texte suivant :

Cru-ci- fi- xus é-ti- am pro nobis.

L'ictus rythmique affecte le ré-14, de préférence aux mi 13 et 15. Deux rythmes objectifs, presque également impérieux, nous sollicitaient chacun de leur côté. L'un, musical, demande les touchements sur les mi 13 et 15; l'autre, verbal, réclame des touchements, non seulement sur la syllabe finale de crucifixus, mais encore sur la finale de étiam qui repose sur le ré-xq, il fallait choisir. Nous nous sommes laissé entraîner par le mouvement rythmique des paroles. Il nous semble que la marche ternaire qui en résulte est plus large, plus noble, plus conforme à la gravité du sens littéraire.

Peut-être nous accusera-t-on de "subjectivité". La réponse est facile. Deux chemins se présentent devant moi pour atteindre le but de mon voyage, il faut bien que je choisisse. Mon choix, en tant que choix, est bien subjectif : car c'est moi qui choisis; mais ce choix, en tant qu'il se porte sur l'un des deux chemins réels et objectifs, n'a rien de subjectif. Ainsi en est-il du choix entre les variantes mélodiques ou rythmiques presque également bonnes du chant grégorien. Ce qui serait tout à fait subjectif, et condamnable par conséquent, ce serait l'invention pure et simple de rythmes qui n'auraient de fondement ni dans la mélodie, ni dans les paroles; nous savons maintenant à quoi nous en tenir.

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