TRIOMPHE
Nous voici de nouveau sur la place du marché où se trouve dressée, toute reluisante, la cloche. Même chœur qu'au début du 3* tableau. La foule se presse autour de la dernière oeuvre de Wilhelm. Quelques vieux mai! res viennent à leur tour l'examiner. Mais ils hochent la tête et disent qu'elle est faite contre toutes les règles de l'art : d'après eux, elle ne sonnera Jamais, U allegretto de Dietrich, avec son comique accompagnement de bassons, est fort plaisant. Le peuple, excité par ces jaloux impuissants, se précipite vers la maison de Wilhelm. A ce moment, la porte s'ouvre et le corps du Maître, porté sur une civièi^e, sort du logis. Le cortège funèbre s'avance lentement sur la place pendant que les prêtres lancent les notes monotones de leur plaint-chant. Toute cette scène est très belle ; on ressent en l'écoutant une impression profonde.
DE VINCENT DINDY aï
Mais, ô merveille ! la cloche, comme animée d'une vie surnaturelle, s'agite d'elle-même et bientôt elle résonne au milieu de la stupéîaclion générale. L'Art, le Vrai, ont triomphé une fois de plus de la Routine et de la Bêtise. La partition se termine par un chœur général, sur le motif du Double but. Signalons (page 210) une réapparition du motif du Baptême. Les brillants accords de celui de la Victoire éclatent à leur tour aux pages 2i3 et 214, saluant le triomphe définitif du Maître défunt.
J'ai analysé peut-être trop longuement.au gré des lecteurs qui ont bien voulu me suivre jusqu'au bout, cette admirable partition. Pourtant que de choses il y aurait encore à dire sur le Chant de la Cloche ! Au double point de vue harmonique et instrumental, cette œuvre renferme les trésors les plus rares et les plus précieux. L'orchestration qui fourmille de sonorités délicieuses, est une vraie merveille. Je ne connais pas un nmsicien qui puisse subir sur ce point la comparaison avec Vincent d'Indy maintenant que, là-bas, dans le jardin de Whanfried, sous la large dalle où rampent les lierres verdoyants, repose dans l'éternelle gloire, Celui qui a écrit Tristan et Parsifal.
E qu'il faut aussi admirer chez M. d'Indy, c'est une personnalité bien marquée. Disciple de Richard Wagner, il ne s'est point laissé absorber par ce génie redoutable, qui, comme Saturne, dévore parfois ses enfants. En suivant d'une façon constante les idées du grand musicien allemand, il est néanmoins demeuré lui-même. Toutes ses œuvres principales : la superbe trilogie de Wallenstein, l'étincelante Symphonie pour piano et orchestre, la délicieuse légende de Saugejleurie, la si curieuse Fantaisie sur un thème Cévenol, aussi bien que le Chant de la Cloche, jusqu'ici sa partition la plus considérable, toutes ses œuvres dis-je, portent l'empreinte d'une originalité tour à tour pleine de charme et de puissance.
D'une sincérité et d'une probité artistiques absolues, l'auteur de la Chevauchée du Cid, marche calme et sans faiblesses dans la voie qu'il s'est tracée. Il va droit au but sans se laisser arrêter par aucun obstacle, les yeux fixés sur un Idéal sublime. Il n'a jamais connu et ne connaîtra jamais les compromissions honteuses, les concessions faites au mauvais goût du public, pour raccrocher un succès,
LE CHANT DE LA CLOGHi;
Dans notre époque de défaillances morales, et surtoiiL aujoui'd'Jiui où tous les partisans de la musique moderne scmt attristés par la défection de plus en plus accentuée, — du moins en paroles, — d'un illustre musicien de notre époque, on est heureux de saluer respectueusement un caractère aussi élevé que celui du grand artiste qui s'appelle Vincent d'Indy.
Nantes. — IMPRIMERIE NANTAISE, rut Santeuil, t