L'AMOUR
C'est le titre du second tableau. L'enfant a grandi, il est devenu un liomme. Ouvrier habile, il va épouser, aussitôt qu'il aura reçu la maîtrise, Lénore, la jeune fille qu'il aime. Par un soir de printemps, tous deux se promènent amoureusement dans la campagne. Chaque page, dans cette scène, est à citer. Nous trouvons d'abord un court prélude, d'une instrumentation et d'une harmonisation superbes, puis ïandante en si majeur : Suit'ons tous deux... dont les premières mesures sont bâties sur le thème de l'Amour. A la fin de ce morceau (page Sa, mes. i4) se dessine à la flûte, puis aux violons, une délicate phrase, nouveau leitmotiv que nous dénommerons motif du Soir de printemps. \J allegretto de Lénore : Demain les métiers assemblés, offre un parfait modèle de déclamation lyrique. Un
DE VINCENT d'iNDY i3
septième thème caractéristiquo, celui de la Maîtrise, y apparaît (page 33, mes. ii~!. Page 34, mesure 20, un joli dessin de i'iùtc est à remarquer. Le nouvel andante de AVilhelm : Regarde au loin dans la vallée, mériterait d'être étudié mesure par mesure, mais il faut savoir se borner. Attirons néanmoins particulièrement l'attention sur le passage : L'ombre envahit déjà, et sur la phrase en ré majeur : C'est ainsi que tranquille... U allegro de Lénore, presque constamment accompagné par le motif du Double but, déborde d'un amour pur et profond.
Quelqu'un a reproché à cette scène d'être pleine de froideur. C'est une erreur complète : elle n'est pas froide, elle est chaste. Ce n'est pas un duo d'amour à la façon de Gonnod et de Massenet, où l'éréthisme règne tout le temps en maître. Wilhelm, artiste chrétien et austère, voit en Lénore la future mère de ses enfants et non une maîtresse. Ils s'aiment de toute leur âme et ils se le disent, mais sans pâmoisons et sans spasmes. Tout ce duo est d'une beauté achevée et complète : c'est un vrai tableau de maître.
Le récit du rêve de Lénore est des mieux traités. Nous y retrouvons les leitmotiven de la Victoire (page 4i, mes. i) et du Double but (même page, mesure 8 et suiv.). A la fin de l'ensemble : Que mon âme à ton âme unie, se trouve une phrase délicieuse : O pur am.our ! Langueur douce et tranquille !
Mais la nuit est presque tombée ; là-bas, dans le lointain, une cloche sonne V Angélus. Ici c'est le piano, — dont Vincent d'Indy a fait à plusieurs reprises un très heureux emploi dans sa partition —
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et la flùte qui imitent la sonnerie. Les deux dernières pages sont, elles aussi, fort belles. L'obscurité est venue, Lénore et Wilhelm reprennent le chemin de la Till<\ Le rideau se ferme sur le thème du Soir <:?ej3ràîi!É;m/)A", soupiré par la clarinette, et les dernières mesures se perdent dans un délicat pianissimo.
A ce tableau tout intime, succède une scène brillante, vive, animée, c'est :