‹ Le Chant de la cloche de Vincent d'IndyChapitre 6 sur 10 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

Willielm découragé, abattu, est assis près des cloches, dans l'intérieur du vieux clocher. Il se laisse aller à d'amères réflexions. Sa fiancée est morte et lui est méconnu de la foule.

Dès la première mesure s'exhale aux basses, sous des tenues de cors, un fugitif souvenir du thème de la Victoire, puis celui de la Mort revient avec persistance, comme un éloquent commentaire des paroles de découragement de l'artiste incompris que le tombeau peut seul affranchir des misères d'icibas. Uandante con moto : Autrefois Je cicais, présente un superbe accompagnement où les motifs de V Amour et du Double 6«^ jouent un rùle prépondérant. L'instrumentation confiée à la i" flûte, au cor anglais, aux clarinettes, aux violoncelles et au cor, renferme d'exquises sonorités.

Le leitmotiç de la Fonte reparaît pages g3 et 94 à V allegro plein d'enthousiasme, chanté par Wilhelm, dans lequel je signalerai notamment la phrase :

J'ai senti s'agiter en mon cœur

Une forme sublime et pourtant inconnue.

Un Al t nouveau puissant et fort.

Aux deux dernières mesures de la page gS, lorsque le Maître retombe . accablé, une magnifique phrase, d'une expression déchirante, émerge de' l'orchestre. Nous retrouvons le motif du Double but

lë LE CllANT t)E LA CLOCHE

(pages 96 et 97), aux regrets que Wilhelm donne à sa fiancée morte.

Le cantahile : Sur ton beau front... vaut une mention toute particulière. Les violoncelles divisés font entendre de nouveau le thème du Double but, qui passe ensuite aux altos et finalement fait place au leitmotiç de la Mort confié au cor anglais.

Wilhelm se plonge de plus en plus dans ses tristes réflexions. Ici je cite textuellement Sî. d'Indy dont les poétiques indications méritent d'être reproduites : « L'horloge sonne niinuil, la lune darde ses rayons à l'intérieur du vieux clocher. Tout s'anime graduellement d'un mouvement surnaturel : les charpentes craquent, les animaux héraldiques vivent et se meuvent, les gargouilles et les figures symboliques pénètrent lentement dans la tour. A l'appel des cloches, la foule des esprits sort tout à coup de l'obscurité, les follets et les elfes lumineux sautent joyeusement sur les poutres et les entablements des voûtes. Les [gnomes et les figures héraldiques font place aux esprits féminins qui appai'aissent vêtus de longues robes couleur de l'air et presque entièrement enveloppées de leurs chevelures dorées. Ils entrelacent leurs bras et forment ainsi de lentes théories qui passent et repassent devant Wilhelm, en un voluptueux balancement . » Quelle jolie description et comme en M. d'Indy le poète soutient le musicien !

Le chœur (page 99) est des plus originaux. L'imitation des cloches, obtenue au début par deux pianos, les altos et un mi grave, tenu par quatre contralti, est fort curieuse. Les esprits envahissent la scène sur un allegro leggierro à 3/4. Deux petites flûtes, le hautbois et la clarinette auxquels

DE VINCENT D INDY l'J

deux pianos joignent leuv sonorité spéciale et caractéristique, les violons, puis le quatuor, concourent à l'instrumentation de ces quelques mesures qui donnent la sensation de la fluidité, de 1^ transparence des êtres surnaturels. Ravissant le ch(eur des esprits du rôve, où les pianos continuent de jeter leurs notes claires au milieu du babil des instruments à vent. La courte danse qui suit est une petite merveille de grâce et de légèreté. Signalons la reprise du chœur avec une orchestration et un accompagnement différents. Les violons,- sons harmoniques, — les pianos et les flûtes produisent le plus poétique des effets.

Mais voici qu'une heure sonne à l'horloge extérieure du clocher. Tous les esprits disparaissent en un clin d'œil. Une gamme chromatique descendante des soprani et des ténors, reproduite à l'orchestre par la clarinette et les pianos sur un roulement de timbales, peint d'une façon frappante cet aérien évanouissement.

Brusquement les harpes frémissent. Une autre apparition surgit : c'est Lénore qui vient réconforter son fiancé. \J andante en fa dièse jnajeur : O mon Wilhelm, peut compter parmi les morceaux saillants de la partition. Page ii8, aux deux dernières mesures, signalons en passant un heureux rappel du leitmotiv du Soir de printemps. Les encouragements que l'artiste reçoit de celle qu'il a perdue, ont fourni au musicien une page splendide, mais il est juste aussi de ne pas oublier le poète qui a écrit ces fiers et nobles vers :

Ecoute-moi Wilhe'm ! Ton génie intrépide Par l'affreux désespoir ne sera point dompté ;

î8 LE CHANT DK LA. CLOCHE

Méprisa les clameurs de la foui.; stiipide,

Laisse ton âme au vol rapiile

S'élancer dans l'immensité !...

Laisse ta pensée immortelle

Planer avec moi dans les cieux.

Elève tes regards vers mon front radieux

0 mon amant ! Je suis l'Harmonie éternelle !!

Peu à peu la douce figure de Lénoi'e s'efface. Le soleil pointe à l'horizon et ses rayons pénètrent bientôt dans le clocher. Wilhelm debout, exalté, l'âme raffermie, le front inondé de lumière, semble entouré d'une auréole de gloire. Trompettes et cors lancent yor^i'.ssi'mo, comme une promesse des triomphes futurs, le motif de la Victoire qui, au début du tableau, confié aux basses, ne rappelait hélas que les succès passés, puis tout s'apaise au milieu de mystiques arpèges.

Soucieux des contrastes, M. d'Indy a placé après cette scène où le surnaturel joue le rôle principal, un tableau d'un genre tout différent, celui de :

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