UNIVERSITY
OF
Georges Ohnet
Georges Ohnet, novelist and dramatist, wasborn in Paris, April 3, 1848. He first studied law, but after the war of 1870 left the law school and devoted himself to political journalism, becoming editor of Ze Pays and afterward of the ConstitutionneL His editorials were remarkable for their force and vivacity.
In December, 1875, appeared his first drama, in five acts, Regina Sarpù Two years later, a comedy in four acts called Marthe was produced at the Gymnase, In 1877 he commenced a séries of romances or novels under the title Batailles de la Vie^ in which he endeavored to revive and reproduce the style and spirit of George Sand in struggling against the naturalisai which was invading contemporaneous literature. He was violently assailed and bitterly criticised by a part of the French press. Thèse censures, instead of injuring his réputation, served but to increase his popularity.
Under the gênerai title of Batailles de la Vie are comprised the following romances, which were published first in le Figaro^ in P Illustration^ and in la Revue des deux Mondes : Serge Panifie, " crowned ** by the French Academy ; Le Maître de Forges ; Comtesse Sarah ; Grande Marnidre ; Lise Fleuron; Noir it Rose ; Volonté ; Dernier Amour ; Dette de Haine, etc. He has personally dramatized several of his works of fiction, ail of which hâve had great success, especially Le Maître de Forges, Comtesse Sarah, etc. On the loth of July, 1885, Georges Ohnet received the cross of the Légion d'Honneur.
To Young Readers
Le Chant du Cygne does not présent many difficulties. It is comparatively simple and easy. Still, I tbinkyou willfeel gratefulfor the help Ideem advisable to gîve you. I attacb great importance to tbe grammatical références.
To most ofyou tbe study ofgrammar is more or less dry ; but when, in reading an interesting story, you are referred to an irregular verby an idiomatic rule or note, you turn toyour grammar witb pleasure. IVby ? Because you knowyou willfind tbere tbe hey to solve allyour difficulties. To my mind tbat is tbe best way to learn grammar, for it is pleasant and practicaL
In regard to tbe notes, my onlyfear is tbat Igive too many. My colleagues often (but you never) reproacb me for translating too many sentences. My excuse is tbat wben I meet an obscure meaning in a sentence I cannot resist tbe temptation ofcoming to your assistance. To tbe translation of difficult passages I occasionally add a few brief bistorical, geograpbical, or biograpbical notes, wbicb I bope mil prove useful toyou. As a dictionary is expensive, I bave prepared a copious vocabulary for spécial use witb tbis text.
Arthur H. Solial.
The foot-notes refer to pages in Keetels* Elementary Frencb Grammar
A Dieppe, dix heures venaient de * sonner à rhorloge de THôtel de Ville, lorsque la grille du jardin d*une des plus luxueuses maisons de la rue Aguado s'ouvrit,** livrant passage à une jeune miss, grande, élégante, blonde, le visage rose éclairé 5 par deux yeux d'un bleu candide, vêtue ^ d'un joli costume marin avec des ancres au col et des galons d'or aux manches. Derrière elle, sortit ^ une respectable lady habillée de soie noire, coiffée d'un chapeau cloche en paille tressée, et portant 10 deux ombrelles et une jumelle marine. La jeune miss aspira l'air vif et salé, frappa le sol de son pied chaussé d'un soulier verni à talon plat, et dit:* — Joli temps ! Harriett ! 15
La respectable lady, qui était ' visiblement une gouvernante, agita la tête, poussa une espèce de
hennissement approbatif, et, de son coude pointu, éperonnant son élève, se dirigea* vers le port.
La mer était d'un gris glacé de rose, doux comme une opale, le soleil fondait les petits nua- 5 ges légers qui moutonnaient dans le ciel clair, une brise fraîche, venant ^ du large, balançait "^ les tiges fines des tamaris et faisait ^ claqueter les drapeaux qui décoraient la grande porte des hôtels.
Sur la pelouse brûlée par Tété, foulée par le
10 passage des baigneurs, et rouge comme un vieux paillasson, les marchands de chiens promenaient en laisse, pêle-mêle, des* meutes de lévriers, de bassets et d*épagneuls. Des jeunes personnes en jersey et des gentlemen en veston de flanelle
15 jouaient au lawn-tennis, pendant que des babies blonds, aux jambes nues, enlevaient au bout d'une longue ficelle un cerf-volant en forme de chauvesouris. Le petit tramway, qui fait le voyage du Casino à la jetée, passait au trot d'un cheval som-
2o noient. Et, criant à tue-tête, des gamins du Pollet
offraient aux passants le programme des courses.
Marchant d'un pas rapide, les deux promeneuses
étaient arrivées à la hauteur de l'hôtel Royal,
lorsqu'un grand jeune homme, sortant de la cour,
25 la tête basse et l'air absorbé, faillit ^ les heurter au passage. Il porta la main à son chapeau, s'excusa avec un léger accent étranger, et se rangea ^ contre le mur. Une exclamation de la jeune miss lui fit lever les yeux, son visage pâle se colora
• ioS\ ^ 161-2. « 108». ^ 185. • 28. ' 160. « 108.
d'une ardente rougeur, ses yeux noirs étincelèrent, et, frappant ses mains Tune contre Tautre, avec une stupeur mêlée de joie :
— Daisy ! Vous ! C'est vous ?
— Sténio ! . . . s*écrîa la jeune miss, bouleversée 5 par une violente agitation. Puis, familière et impérieuse, elle prit* le bras de l'étranger, et, brusquement, cédant à une curiosité passionnée :
— Avant tout, parlez-moi de ma sœ\ir... Où Tavez-vous laissée? Comment va-t-elle**? Mais, 10 folle que je suis, vous êtes à Dieppe . . . Donc elle
y est avec vous ! . . . Sténio, mon ami, je vous en prie, où est Maud ? Vite, conduisez-moi.® J'aurai ^ tant de plaisir à l'embrasser ! . . •
— Daisy ! chère enfant ! balbutia Sténio. 15 Son grand front, couronné de cheveux noirs,
courts et frisés, se creusa comme un lac sous le vent d'orage, des larmes roulèrent dans ses yeux,® et sa voix devinte tremblante.
Au même moment, la respectable dame au cha- 20 peau cloche, qui, au premier abord, avait paru pétrifiée d'étonnement, secoua sa torpeur et se décida à intervenir.
— Ma chère, je vous en prie . . . dit-elle, en se plaçant' résolument entre son élève et le jeune *^ 25 homme. Vous savez ^ quels sont les ordres de votre père . . . S'il se doutait que devant moi . . . un pareil entretien . . . Oh ! c'est tout à fait impossible ! Songez donc, chère mignonne ! . . . Si
• 191. * 150. • 176. ^ 93. • 27\ ' io8'. « 33*. ^ 170.
VOUS n'êtes pas assez raisonnable pour m'écouter, il faut * que ce soit monsieur qui comprenne ^ . .
Suffoquée, elle fit trêve à son incohérence, et resta devant les deux jeunes gens, cramoisie, les 5 yeux écarquillés, dans un désordre d'esprit à la fois touchant et risible. Alors Daisy, fronçant^ ses sourcils délicats, et plissant sa petite bouche avec une expression menaçante:'
— Harriett, ma bonne, écoutez-moi bien. Vous lo savez si je suis docile dans les circonstances ordinaires, et si je vous aime ! . • . Mais aujourd'hui, voyez- vous, Harriett, le cas est tellement sérieux... Ma sœur, comprenez-vous, il s'agit de ma sœur, de Maud . . . Ah ! Harriett, pouvez-vous ^
15 me forcer à discuter sur un pareil sujet !
Un torrent de larmes lui coupa la parole. Des promeneurs, qui partaient ® dans un landau pour aller déjeûner à Pourville, regardèrent avec stupéfaction cette vieille dame à qui cette charmante
20 fille parlait en pleurant devant ce grand jeune homme pâle. La gouvernante agitait sa tête grise sous son chapeau cloche, sans mot di^e, avec l'entêtement résigné d'une vieille mule. Elle se décida cependant à grommeler :
25 — Mais les volontés de milord ? . . .
— Mais les supplications de miss! répliqua vivement Daisy. Harriett, il faut choisir entre mon père et moi ! . . . Vous m'avez souvent déclaré que, pour rien au monde, vous ne voudriez '
me quitter et que, quand je serai mariée, vous espérez bien rester dans ma maison pour soigner les petits babies . . * Eh bien ! Harriett, si, pour me plaire, vous ne manquez pas aujourd'hui à tous vos devoirs... Oh! j'en aurai un chagrin 5 affreux... mais, Harriett, tout sera fini entre nous ! . . .
— Daisy! mugit la gouvernante qui éclata en sanglots . . . Oh ! Daisy, tout pour Tamour de vous, chère petite, vous le savez bien ! . . . S'il vous lo fallait ma vie . . . Mais une chose si défendue ! Que dira le lord, s'il apprend * ? . . .
— C'est** moi ° qui lui parlerai... Allons, c'est fini, Harriett. Je vous aime, vous êtes une bonne vieille chérie ! . . . 15
Et, de ses lèvres roses, elle caressait le visage enflammé de sa gouvernante.
— Je n'oublierai jamais, non, jamais, ce que vous faites pour moi... M. Sténio Marackzy, mon beau-frère, n'oubliera pas non plus, j'en^ao suis sûre ! . . .
L'étranger abaissa gravement sa tête pensive, et, se tournant vers Daisy :
— Vous voulez voir® votre sœur?... Hélas!
vous ne la trouverez plus' telle que vous l'avez 25 connue . . . Elle est bien changée, la pauvre Maud, elle est bien malade ! . . .
La petite miss leva sur son beau-frère des yeux pleins d'angoisse :
— En danger ? demanda-t-elle.
— Oui, Daisy, en danger.
Elle poussa une exclamation étouffée.
Et, suivis* d'Harriett, qui semblait marcher au 5 supplice, les deux jeunes gens entrèrent dans la cour de Thôtel. Comme ils se dirigeaient vers le pavillon carré qui s'élève sur le côté droit de la façade, ils croisèrent une jeune femme très élégante accompagnée d'une religieuse portant
10 le costume gris et la cornette blanche des sœurs des pauvres. Daisy détourna vivement la tête et hâta le pas, entraînant Sténio, comme si elle craignait** d'être reconnue ° en sa compagnie. Mais ses précautions furent inutiles. Et elle
15 entendit, derrière elle, la jeune femme qui disait, avec une expression de profond étonnement :
— Tiens ! miss Mellivan et Marackzy ! . . .
Une inquiétude soudaine serra le cœur de
20 Daisy. Mais elle était emportée par des sentiments tellement violents qu'elle passa outre. Sténio ouvrit la porte du pavillon, et, suivie de sa gouvernante, la jeune miss entra.
La religieuse s'était arrêtée et avait suivi
25 l'étranger du regard. Elle leva les yeux au ciel et dit :
— Ah! si M. M^ackzy voulait laisser mettre^ son nom sur l'affiche de notre concert, quelle aubaine pour nos petits orphelins de la mer! . . .
LB CHANT Dtr CYGNB 11
— Vous savez donc qui est Marackzy, sœur Elisabeth ?
— Son nom, madame, n*est-il pas universellement connu, à Tégal de ceux de Liszt et de Rubinstein ? . . . 5
— Oui, mais, malheureusement pour nous, depuis que sa femme est si malade, il ne veut plus se montrer en public . . . Dernièrement, à Vienne, il n*a pas consenti à jouer chez l'Empereur, pour qui, cependant, il a le plus respec-io tueux attachement, car François-Joseph est son premier protecteur ...
— Ce qu'il * a refusé à un souverain, ne Taccorderait-il pas à des enfants malheureux ?
— Une seule personne pourrait peut-être ob-15 tenir de lui. . . Oui, tenez, par Daisy Mellivan . . . Oh ! ce serait prodigieux ! On mettrait les places
à quarante francs et on emplirait la salle . . . Trente mille francs de recette assurés !
La sœur Elisabeth croisa ses mains sur sa 20 poitrine avec extase, et ses lèvres s'agitèrent comme pour une prière.
Sténio Marackzy est, sans conteste, le plus admirable virtuose qui ait jamais fait vibrer le bois sonore d'un violon. Fantaisiste comme Pa- 25 ganini, il a fait, dans ses jours d'excentricité, des tours de force avec son archet. Mais ce n'est
pas à se démancher sur la quatrième corde que le grand artiste a conquis * sa réputation. S*il a des doigts divins pour exécuter, il a une imagination de feu pour créer. C'est un improvisateur 5 d'une puissance merveilleuse, et, en même temps, d'une grâce incomparable. Tour à tour, sous son archet magique, s'envolent les mélodies qui, par un prodigieux contraste, évoquent les mélancolies hivernales des plaines immenses, traversées
lopar le Danube aux roseaux peuplés de hérons silencieux, puis les gaietés riantes des fêtes villageoises, dans lesquelles les blondes filles dansent les amoureuses czardjas avec leurs fiancés, et enfin les rudesses belliqueuses des marches, où reten-
15 tissent les sonneries des trompettes, les roulements des canons et le clair tintement des sabres. L'âme de la Hongrie tout entière, triste, joyeuse ou héroïque, chante dans le violon de Marackzy.
20 Voilà pourquoi, dans son pays, il est aussi populaire que Kossuth, et comment, en Europe, il a fanatisé tous ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre.
Fils d'un maître de chapelle du palais royal
25 de Pesth, il n'a pas grandi en liberté, comme les sauvages Tziganes qui parcourent ^ les plaines danubiennes. Son instruction musicale a été très soignée, et son éducation d'homme est parfaite. Remarqué par l'Empereur et Roi, un
jour qu'il exécutait le solo de violon d*un O Saltftaris composé par son père, et emmené à Vienne pour jouer dans les concerts de la cour, il produisit * tout de suite une sensation profonde. Pendant tout Thiver il fit fureur, et ne 5 séduisit ^ pas moins les femmes par sa beauté que par son talent. Il avait vingt ans,° une tournure de gentilhomme, Tair pensif et des yeux de jais brillants et doux, où brûlaient toutes les flammes de rOrient. 10
Les Viennoises aux cheveux couleur de soleil raffolèrent de ce beau garçon brun comme la nuit. Sténio fut Tenfant gâté du grand monde autrichien, et porta le poids de son heureuse fortune avec une aisance incroyable. Il ne se donna pas une 15 seule fois des airs de parvenu. Sans effort apparent, il se montra Tégal des plus grands seigneurs, et alla de pair avec les archiducs. Il dépensait Targent aussi facilement qu'il le gagnait. Jamais une infortune ne le trouva la main vide. Mais 20 quand un prince de la finance le priait de venir faire de la musique dans ses salons, il avait des exigences folles.
Sacré grand homme dans son pays, ce qui est rare, Sténio entreprit^ la conquête de T Europe, 25 et vint en France où, tour à tour, les grands virtuoses essaient® leur talent sur cette pierre de touche unique qui s'appelle^ le public parisien. Fantasque et nerveux, prompt à Tengouement et
^ 176. « 212". ^ 191-2. • io8". ' 109*.
au dédain, maïs vibrant avec une sincérité irrésistible aussitôt qu'on le met en contact avec une véritable nature d'artiste, ce public fit à Marackzy des ovations délirantes.
5 La première fois qu'au Cirque d'Hiver, accompagné au piano par Planté, il joua sa prodigieuse Marche des Honveds, il y eut, à la fin du morceau, une minute indescriptible, pendant laquelle toute la salle fut debout, criant, frappant des pieds et
iodes mains, comme emportée par un coup de folie. Le succès du virtuose hongrois fut instantané et foudroyant. Certains journaux, refuges d'impuissants, à qui l'envie sert * de doctrine, risquèrent quelques venimeuses attaques. Mais Sténio pla-
15 nait trop haut pour que de ces fangeuses embuscades on pût l'atteindre.^ La bave des méchants ne flétrit pas une fleur de ses couronnes. Il passa triomphant et heureux.
Pendant dix ans, jeune, beau, riche, fêté, il par-
20 courut l'Europe au bruit des applaudissements, semant sur son chemin les mélodies comme des perles, et faisant la fortune des impresarii et des éditeurs. Cependant, chaque année, vers le mois de juillet, il disparaissait,*^ et,
25 jusqu'au mois d'octobre, on n'entendait plus le son divin de son violon. Ainsi qu'une étoile filante, qui trace un sillon brillant et plonge brusquement dans la nuit, le grand artiste, au beau milieu d'une tournée triomphale, s'éloignait
30 sans qu'on pût savoir ce qu'il était devenu.^
Et pendant que les reporters s'ingéniaient à forger des histoires et à décrire * sa prétendue retraite, Sténio, enfermé auprès de Pesth, dans une petite propriété qu'il avait achetée à son père, se délassait de ses fatigues, et, près du vieux maître 5 de chapelle, redevenait enfant. Plus d'improvisations fougueuses, plus de rêves traduits ^ en coups d'archet colorés : l'étude des maîtres, réconfortante et sereine. Marackzy, retombé docilement sous la férule de son père, passait ses soirées à in- 10 terpréter Mozart, Beethoven et Weber, rafraîchissant son âme ardente aux sources pures de l'inspiration idéale.
Et c'était touchant de voir ce sublime artiste, traité en écolier par le vieillard, recommencer 15 patiemment le passage dont l'exécution avait paru ° défectueuse, et faire, pour les vieux meubles de la maison, pour les rosiers grimpants de la fenêtre, pour les oiseaux du jardin, une musique céleste que le public fanatisé eût écoutée à genoux. 20 Puis, l'automne approchant, il reparaissait à Vienne, et reprenait ses tournées artistiques à travers le continent.
Comblé d'honneurs, riche de gloire et d'argent, il était arrivé ** à la trentaine sans que jamais son 25 front eût été assombri par un déboire ou par une peine. C'est alors que, cédant aux sollicitations du célèbre manager Burnstett, il se décida à traverser l'Océan et aller jouer en Amérique.