L APPEL AUX NATIONS
Et quant aux filles, faites-en,
Mes amis, votre proie et votre joie. Allez !
Pillez, écartelez,
Saccagez, violez !
Incendiez,
Suppliciez !
Semez partout où vous passez
L'effroi, la mort, le deuil, la misère ! Entassez
Les désastres sur les ruines ! Ne laissez
Nulle part debout villes ni hameaux,
Églises ni maisons, usines ni châteaux !
Détruisez tout ! Fouillez les cimetières
Aussi, profanez les tombeaux !
Et aux morts arrachés par vous de leurs bières,
Aux morts qui, tout autant que les vivants
Sinon plus, nous haïssent, apprenez — avant
De disperser aux quatre vents
Leur poussière —
Apprenez qu'entre toutes les vieilles lois
Divines et humaines,
Il n'en existe point dont vous n"ayez le droit
De rompre la chaîne.
Soldats, ce n'est qu'ainsi que vous triompherez
Et qu'ayant créé par votre victoire
L» CHAUT Ul' RENOl'VEAr 3
Un empire, tel que l'histoire
N'en a jamais vu d'aussi beau, vous dicterez
Et par la force imposerez
A l'univers réduit en esclavage
Une nouvelle loi,
La loi de l'Allemagne, notre loi, la Loi ! »
Il avait dit. Alors, bondissant sous l'outrage,
D'un même élan viril et fraternel, alors,
Contre les hordes de carnage,
De l'ouest à l'est, du sud au nord,
Pour défendre le droit des Peuples et la terre
Trois fois sacrée où dorment les aïeux,
Pour protéger leurs foyers et leurs dieux,
Pour conserver leur langue et leurs traditions,
Sept nations,
Alors, en armes se levèrent
Et fièrement et joyeusement déployèrent
Leurs drapeaux emmêlés, très haut, dans la lumière !
Ah ! que n'ont-elles toutes été là, d'abord,
Toutes celles qui veulent vivre,
Toutes celles pour qui vivre
C'est être indépendant et libre !
Que n'ont-elles spontanément lié leur sort
Au nôtre, que ne se sont-elles rangées
Toutes à nos côtés, dans le danger,
Sûres de partager,
France, avec nous, le jour des suprêmes victoires,
Notre moisson d'héroïsme et de gloire !
O Nations, qu'avez-vous attendu ?
N'auriez-vous pas entendu
Hurler autour de vous, depuis des mois,
Les troupeaux des races de proie ?
N'auriez-vous pas entendu
Le bruit des fers que, de leurs bras vers vous tendus,
Secouent en gémissant, le front dans la poussière,
Vos sœurs prisonnières ?
N'auriez-vous pas entendu,
A travers le fracas de la mitraille,
Les appels de ceux de vos fils qui sont venus
Verser leur jeune sang sur nos champs de bataille ?
Toi surtout, toi, dont le sein maternel
Nous a bercés, ô Reine au sourire immortel,
Aux yeux divins, à la belle couronne
g 4 LE CHANT DU RENOUVEAU
De mer céruléenne et d'orangers en fleur,
Toi dont il n'est, chez nous, personne
Qui murmure le nom sans se sentir le cœur
Pénétré de tendresse et de bonheur,
Toi surtout, toi, lumineuse patrie
De toutes les beautés, toi surtout, Italie !
Toi surtout, toi !
Aussi, de quels cris d'orgueil et de joie
Nous avons salué le sublime matin
Où, prête à réaliser ton destin,
Tu as laissé se dénouer enfin
Tes éclatants cheveux au souffle d'épopée
Qui, venu de tous les confins
Du ciel latin,
Secouait en passant, avec un bruit d'épées
Les unes contre les autres frappées,
Les lauriers d'or du Palatin !
Maintenant, Nations, vous toutes
Dont l'unité demeure inachevée,
Le jour est là que vous avez rêvé :
l'appel aux nations $5
Ne tardez plus ! Debout ! Debout !
Debout ! Car nos ennemis sont les vôtres ;
Toutes, unissez-vous à nous,
Toutes, joignez vos mains aux nôtres !
Ne tardez plus ! Debout, debout, oui, toutes, toutes !
Déjà resplendit, sur les routes
Où nous vous devançons, l'aube de la Victoire,
L'aube de la Justice et de la Liberté.
Debout pour la Justice et pour la Liberté !
Debout, debout, le jour de gloire,
Le jour de gloire s'est levé,
Le jour de gloire est arrivé !
Debout, debout, pour que plus tôt cesse la guerre,
Pour que plus tôt soient vaincus les Barbares,
Pour que plus tôt, aux cloches de l'Histoire,
Sonne le glas de leur défaite expiatoire !
Debout, debout, pour que l'humanité
Puisse, quand, aux soirs du prochain été,
Seront mûrs les raisins et les blés de la terre,
Librement et joyeusement les récolter !