‹ Le chant du renouveauChapitre 6 sur 8 · L APPEL AUX NATIONS · texte numérisé non relu

L APPEL AUX NATIONS

Et quant aux filles, faites-en,

Mes amis, votre proie et votre joie. Allez !

Pillez, écartelez,

Saccagez, violez !

Incendiez,

Suppliciez !

Semez partout où vous passez

L'effroi, la mort, le deuil, la misère ! Entassez

Les désastres sur les ruines ! Ne laissez

Nulle part debout villes ni hameaux,

Églises ni maisons, usines ni châteaux !

Détruisez tout ! Fouillez les cimetières

Aussi, profanez les tombeaux !

Et aux morts arrachés par vous de leurs bières,

Aux morts qui, tout autant que les vivants

Sinon plus, nous haïssent, apprenez — avant

De disperser aux quatre vents

Leur poussière —

Apprenez qu'entre toutes les vieilles lois

Divines et humaines,

Il n'en existe point dont vous n"ayez le droit

De rompre la chaîne.

Soldats, ce n'est qu'ainsi que vous triompherez

Et qu'ayant créé par votre victoire

L» CHAUT Ul' RENOl'VEAr 3

Un empire, tel que l'histoire

N'en a jamais vu d'aussi beau, vous dicterez

Et par la force imposerez

A l'univers réduit en esclavage

Une nouvelle loi,

La loi de l'Allemagne, notre loi, la Loi ! »

Il avait dit. Alors, bondissant sous l'outrage,

D'un même élan viril et fraternel, alors,

Contre les hordes de carnage,

De l'ouest à l'est, du sud au nord,

Pour défendre le droit des Peuples et la terre

Trois fois sacrée où dorment les aïeux,

Pour protéger leurs foyers et leurs dieux,

Pour conserver leur langue et leurs traditions,

Sept nations,

Alors, en armes se levèrent

Et fièrement et joyeusement déployèrent

Leurs drapeaux emmêlés, très haut, dans la lumière !

Ah ! que n'ont-elles toutes été là, d'abord,

Toutes celles qui veulent vivre,

Toutes celles pour qui vivre

C'est être indépendant et libre !

Que n'ont-elles spontanément lié leur sort

Au nôtre, que ne se sont-elles rangées

Toutes à nos côtés, dans le danger,

Sûres de partager,

France, avec nous, le jour des suprêmes victoires,

Notre moisson d'héroïsme et de gloire !

O Nations, qu'avez-vous attendu ?

N'auriez-vous pas entendu

Hurler autour de vous, depuis des mois,

Les troupeaux des races de proie ?

N'auriez-vous pas entendu

Le bruit des fers que, de leurs bras vers vous tendus,

Secouent en gémissant, le front dans la poussière,

Vos sœurs prisonnières ?

N'auriez-vous pas entendu,

A travers le fracas de la mitraille,

Les appels de ceux de vos fils qui sont venus

Verser leur jeune sang sur nos champs de bataille ?

Toi surtout, toi, dont le sein maternel

Nous a bercés, ô Reine au sourire immortel,

Aux yeux divins, à la belle couronne

g 4 LE CHANT DU RENOUVEAU

De mer céruléenne et d'orangers en fleur,

Toi dont il n'est, chez nous, personne

Qui murmure le nom sans se sentir le cœur

Pénétré de tendresse et de bonheur,

Toi surtout, toi, lumineuse patrie

De toutes les beautés, toi surtout, Italie !

Toi surtout, toi !

Aussi, de quels cris d'orgueil et de joie

Nous avons salué le sublime matin

Où, prête à réaliser ton destin,

Tu as laissé se dénouer enfin

Tes éclatants cheveux au souffle d'épopée

Qui, venu de tous les confins

Du ciel latin,

Secouait en passant, avec un bruit d'épées

Les unes contre les autres frappées,

Les lauriers d'or du Palatin !

Maintenant, Nations, vous toutes

Dont l'unité demeure inachevée,

Le jour est là que vous avez rêvé :

l'appel aux nations $5

Ne tardez plus ! Debout ! Debout !

Debout ! Car nos ennemis sont les vôtres ;

Toutes, unissez-vous à nous,

Toutes, joignez vos mains aux nôtres !

Ne tardez plus ! Debout, debout, oui, toutes, toutes !

Déjà resplendit, sur les routes

Où nous vous devançons, l'aube de la Victoire,

L'aube de la Justice et de la Liberté.

Debout pour la Justice et pour la Liberté !

Debout, debout, le jour de gloire,

Le jour de gloire s'est levé,

Le jour de gloire est arrivé !

Debout, debout, pour que plus tôt cesse la guerre,

Pour que plus tôt soient vaincus les Barbares,

Pour que plus tôt, aux cloches de l'Histoire,

Sonne le glas de leur défaite expiatoire !

Debout, debout, pour que l'humanité

Puisse, quand, aux soirs du prochain été,

Seront mûrs les raisins et les blés de la terre,

Librement et joyeusement les récolter !

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