Les mots de ce genre ne sont jamais employés en poésie
DE LA PROSODIE
sont isolés. Exemple : Ils étaienl vingt. Ici le mot vingt est long et porte l’accent tonique.
Ce 2 e principe (ainsi du reste que les observations que nous venons de présenter à son sujet) est tout à fait spécial à la langue française et ne peut être appliqué en aucune façon à l’anglais, l’italien, l’allemand, etc.
Il importe d’observer à ce sujet que si, au point de vue de l’orthographe et de la syntaxe, la grammaire française comporte pour ainsi dire presque autant d’exceptions que de règles (ce qui a pour effet de rendre son étude si difficile, surtout pour les étrangers), il y a compensation en ce qui concerne la prosodie. En effet, les principes que nous avons posés sont immuables et aucune exception n’est possible pour la place de la longue qui reste invariablement fixée sur la dernière syllabe du mot.
Par conséquent l’étranger qui étudie la langue française ne peut avoir à cet égard aucune hésitation. Sûrement et du premier coup, il trouvera facilement l’endroit où l’on doit faire sentir l’accent tonique.
Il est bien loin d’en être de même dans les langues étrangères. Prenez l’italien par exemple. Dans le mot FI AM ma, la longue est sur la pe syllabe, dans les mots terROR , citTA, elle se trouve au contraire sur la dernière. Dans PICcolo , MASsimo, l’accent est sur la première tandis que dans vitTOria , il est sur celle du milieu. Dans ces conditions, il est bien difficile de s’y reconnaître.
Nous trouvons les mêmes particularités dans l’anglais. Là encore il n’y a aucune règle fixe et l’usage peut seul enseigner la place de l’accent 1 .
Exemple : dans MUsic (prononcez miousic) la longue est sur la l re syllabe; dans aP ART ment, elle se trouve sur la 2 e .
Nous pourrions ainsi multiplier les exemples dans chaque langue, mais il nous paraît inutile d’insister davantage. Nous
1. Remarquons que les Anglais sont bien plus logiques que nous, lorsqu’il s’agit d’introduire un mot étranger dans leux langue. Ainsi dans le mot OMnibus ils conservent l’accent tonique au même endroit qu’en latin, c’est-à-dire sur la lre syllabe En français, au contraire, nous disons omniBUS en soumettant ce mot a notre règle et en mettant la longue sur la dernière syllabe.
dirons seulement quelques mots de la langue latine dont la prosodie, d’une précision absolue cependant, est si souvent écorchée dans les morceaux religieux (O salutaris , Ave Maria , etc.), perpétrés par des compositeurs inexpérimentés.
Ceux-ci n’ont pas l’air de se douter que les mots latins sont composés de longues et de brèves dont la place est fixée d’avance. Ils mettent bravement une blanche sur une syllabe brève et une croche sur une longue. Jamais ils n’hésitent à faire tomber la syllabe ris de salutaris sur le temps fort, q.uand au contraire la longue est sur la syllabe ta. On a le droit d’être très étonné qu’une pareille ignorance soit si fréquente, surtout quand on songe que tous les collégiens ont fait des vers latins (de néfaste mémoire!!) et que cet exercice implique forcément la connaissance des longues et des brèves.
3 e Principe. Les brèves d’un même mot sont égales entre elles
Ainsi dans civilisation dont la longue est tion , les syllabes c/, vi , li, sa, sont brèves et égales. wSi l’on avait à rythmer musicalement ce mot, il faudrait
Nous avons ainsi établi les règles qui régissent la prosodie des mots pris en particulier. Il nous reste maintenant à étudier la valeur relative que peut prendre une longue (ou une brève) comparativement à une autre longue (ou une autre brève), lorsqu’elles font partie de la même phrase ou du même membre de phrase.
Pour arriver à déterminer cette valeur, prenons comme exemple une phrase réduite à sa plus simple expression,
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une phrase type composée de ses éléments primordiaux : un sujet, un verbe et un complément.
Hamilcar délivra sa patrie.
A l’aide des principes que nous avons posés, on verra qu’il y a une longue sur la syllabe car , une autre sur vra , une troisième enfin sur tri. Les autres syllabes sont brèves.
Nous pourrons donc rythmer la phrase ainsi : 1
tr
Hamil. car— dé-Ii.vra sapa, tri . e
Voici maintenant un exemple analogue tiré du Sigurd de Reyer. On verra que l’arrangement rythmique de la phrase est absolument conforme aux principes posés par nous.
SIGURD (E. REYERl
Les chasseurs ont quitté les hal. liers
Mais les phrases sont généralement plus développées que celles-ci et on comprendra qu’il serait fastidieux de s’arrêter sur les longues de tous les mots, quels qu’ils soient. Examinons donc celles qu’il convient de conserver de préférence et celles que l’on peut atténuer ou même éliminer.
Afin de pouvoir préciser et comparer l’importance de chacune d’elles, revenons à notre première phrase; sa simplicité voulue nous servira de base. Prenons en particulier chacun des termes dont elle se compose, le sujet, le verbe et le complément, et voyons ce qui se passera si on leur adjoint un ou plusieurs mots.
Ainsi, par exemple, ajoutons un adjectif au sujet. Suivant qu’on le mettra avant ou après le mot Hamilcar , on obtiendra deux versions. Nous les avons rythmées ainsi :
1. Nous aurions pu rythmer cette phrase à deux temps sans que la correction de la prosodie en souffre. Nous donnerons plus tard les raisons qui nous ont fait donner la préférence à la mesure à trois temfps.
\ï* $ ÿ y—i v-y V v v V ~~ fr
Le vaillant Hamil - car délivra sapa .tri - e ou Lien HajiiiLcar le vail- lanl
Dans la première version, la longue du premier mot s’atténue (elle disparaîtrait dans un mouvement rapide) et seule la longue du second mot subsiste dans son intégrité.
Il en est de même dans la seconde version; la longue du premier mot (car) s’atténue et la longue du sujet se trouve transportée sur la longue (liant) du second mot.
On voit donc que, lorsque le sujet est composé d’un groupe de mots, c’est toujours la dernière longue qui subsiste, quels que soient d’ailleurs l’ordre de ces mots et leur importance.
Le même principe se retrouverait si nous appliquions le même procédé au verbe, au complément direct ou indirect. La manière de rythmer chaque groupe de mots serait identique. Sans avoir besoin de revenir à notre première phrase, quelques exemples le prouveront.
Ainsi le verbe peut être accolé à un adverbe ou une négation.
1er cas :